Air France: les syndicats s’opposent à l’idée de licenciements secs

Comme on pouvait s'y attendre, le Comité Central d'Entreprise (CCE) de ce 4 septembre fait planer une légitime anxiété sur la situation de la compagnie française ces prochains mois. Réduction des vols, licenciements, refonte des programmes été… Bref, si la pression est mise sur les syndicats, pas question pour les salariés de tout accepter. "Chantage" dénoncent les représentants du personnel prêts à en découdre avec la direction.

"Ne croyez pas que nous allons accepter un chantage sans réagir", souligne un représentant syndical après le CCE, et de poursuivre: "La menace de réduire de 10 % le programme long-courrier est un serpent de mer utilisée par Air France pour faire pression sur les syndicats". La compagnie n'a pas précisé le nombre d'avions ou de lignes qui seraient supprimés, mais le secrétaire général de na CFE-CGC indiquait une fourchette large avant le rendez-vous: entre 9 et 14 lignes supprimées. Chaque avion entrainant environ 350 emplois, selon les estimations syndicales, ce sont a minima 3000 emplois qui seraient concernés. Selon nos premiers contacts en interne, les salariés s'insurgent contre les menaces, à peine voilées, de licenciement ainsi formulées par la direction ce vendredi 4 septembre pour mettre la pression sur les négociations en cours sur Perform 2020.
 
Ce que les syndicats rejettent massivement, c'est la capacité de la direction à fournir des éléments d'analyse économique jugés "crédibles et responsables". Pour un cadre de la direction qui souhaite rester anonyme, "Le fait de ne pas prendre de décisions claires et lisibles conduit la compagnie à agir au coup par coup sans avoir de stratégie écrite dans le temps qui permettrait de remobiliser le personnel autour des objectifs", désignant clairement Frédéric Gagey comme le maillon faible d'une chaîne qui peine à se rétablir. Et de conclure: "Aucune décision n’est prise, aucune ligne de développement n’est expliquée. Rien". L'Unac Air France n'écrit rien d'autre dans son tract : "(La direction) n'a jamais pris le temps, ou conscience de l'importance de la nécessaire pédagogie vis-à-vis des salariés, la direction continue de nous infantilise".

La menace d'une action rapide, faute d'accord syndical rapide, a fortement choqué les représentants du personnel qui évoquent "la possibilité d'atteindre un minimum de réussite avec une meilleure organisation interne". Et de conclure "quand on arrive à supprimer un gâteau par mesure d'économie, on se dit que le gestionnaire est loin d'avoir toutes les compétences pour diriger une entreprise comme Air France".

Rancœur, interrogations, inquiétudes, jamais Air France n'aura navigué dans autant d'incertitudes. Le risque ? Une forte démobilisation du personnel. De nombreux cadres quittent ou veulent quitter l’entreprise. Enfermé dans une tour d’ivoire, Alexandre de Juniac veut réformer à marche forcée. Il n’est pas simple d’être le nouveau Willie Walsh (le patron emblématique de British) qui a réussi à dicter ses volontés aux salariés de la compagnie britannique. Imposer pour éviter de dialoguer risque d'être un mauvais pari dans une entreprise surveillée de très près par l'un de ses principaux actionnaires, l’État.

Si l'été a confirmé les bons résultats (déjà anticipés par ceux du mois de juin dernier), ce sont les six prochains mois qui seront compliqués. La compagnie reste dans le flou, tant sur les contours du plan alternatif que sur le bien-fondé des objectifs de Perform 2020. Prochains rendez-vous, les discussions syndicales prévues les 9, 16 et 23 septembre puis le prochain CCE qui se tiendra les 24 et 25 septembre, avant un conseil d'administration le 2 octobre et un CCE extraordinaire prévu le 5 octobre, selon les syndicats. Vaste programme, dans un timing serré.