Deplacements Pros, le quotidien du business travel, du voyage d'affaires



Mercredi 22 Août 2018

Aux USA, on repense le job de travel manager



Ne dites pas aux Travel manager français qui portent encore ce titre que leur métier et leur poste vont disparaître. "Balivernes, mille fois entendues", diront-ils. Ils balaieront d’un revers de main cette assertion en vous expliquant que l’avenir est aux métiers de niche plus qu’aux postes généralistes. Et pourtant, aux États-Unis, la mutation des métiers du voyage d’affaires a commencé, y compris dans les très grandes entreprises.



Les évolutions programmés du travel management
Les évolutions programmés du travel management
Le sujet en lui-même n’est pas nouveau. Quel avenir pour un poste de Travel managers dans le pays qui a créé le métier et qui lui a donné ses lettres de noblesse ? Au-delà de la seule activité, c’est toute l’image de cette profession qui bouge. La montée en puissance de la technologie, l’intégration du BTO (Business Travel Outsourcing), l’autogestion budgétaire et la dématérialisation totale conduisent les entreprises à repenser les métiers du déplacement professionnel en s’appuyant sur un regard loin d’être nouveau : le "Mobility management".

En deux ans, le nombre de travel managers en poste sous ce nom aux États-Unis a baissé de 25 %. Si le titre a disparu, la fonction n’a pas été supprimée. Au contraire, renommés et intégrés au sein des directions achats, les TM se sont orientés sur une vision élargie du déplacement professionnel, de la relation « voyageurs » voir de l’organisation générale du travail au sein de la société. Cette vision, déjà développée au sein des GAFA, repose principalement sur la responsabilisation du voyageur. Élément clé de toute évolution.

C’est ce change management, visiblement attendu par les professionnels eux-mêmes, qui a donné naissance à une nouvelle vision du Mobility Manager qui s’appuie principalement sur les fournisseurs pour organiser et piloter les déplacements professionnels. Pour Dawn Ringrose, spécialiste canadienne de l’organisation du travail, "La répartition des décisions entre l’acheteur et le voyageur est devenu le but essentiel des directions achats qui veulent simplifier l’organisation des déplacements professionnels". En clair, la simplification des outils d’acquisition d’un voyage d’affaires (avions, hôtels, location de voitures, frais annexes…) doit permettre aux gestionnaires financiers une meilleure maîtrise des coûts via une dématérialisation qui, elle, repose sur la fameuse responsabilisation évoquée plus haut. Google, Facebook, IBM, Walmart, sont autant d’entreprise qui travaillent activement sur ces changements dont on sait aujourd’hui que les économies potentielles à réaliser pourraient atteindre de 5 à 9 % sur les budgets actuels.

L’autre pan de ce pari organisationnel repose sur les capacités de l’agence de voyage. Alors qu’aujourd’hui elle veut devenir spécialiste de l’audit des entreprises en matière d’économies des déplacements professionnels, on se rend compte chez les clients qu’elle peut être le socle de l’organisation des voyages d’affaires selon des règles bien établies, qui dépassent le simple cadre d’un SBT maîtrisé. Plus précisément, la gestion automatique des émissions, que voudrait bousculer la distribution directe, est un pan qui sensibilisent les clients. C’est l’autre partie du projet qui transforme le Travel manager en acheteur dédié, à la casquette multiple, et dont les décisions reposent à la fois sur son analyse opérationnelle, financière mais aussi technique. Pour éviter une lourdeur au moment de prendre les décisions, ce Travel manager devenu acheteur multi-niveau devient l’un des pivots de l’évolution des déplacements professionnels et porte en lui le pouvoir décisionnel en fonction du périmètre qui lui a été accordé par sa direction. On le voit, la responsabilisation dépasse le cadre du voyageur pour donner à l’acheteur un volume et une ampleur professionnelle rarement atteinte.

Si tout cela se tient sur le papier, il va falloir analyser les expériences menées ci et là par certaines entreprises américaines qui ont été plus loin dans l’intégration technologique de leur devoir de décision.
Certaines ont confié à l’intelligence artificielle le soin d’analyser l’intérêt du voyage, d’en établir un retour sur investissement et de mesurer, via la veille permanente, les enjeux réels du voyage d’affaires qui s’engage.
D’autres, jouent la carte de l’humain en s’appuyant sur le ressenti du salarié et sur le besoin qu’il manifeste à rencontrer les clients ou les partenaires. Enfin, tous sont d’accord pour dire que l’organisation des déplacements intra entreprise, à la rencontre des filiales ou des unités de recherche, doit désormais être mieux maîtrisée via la technologie, avec des rendez-vous trimestriels balisés dont on connaît à l’avance le coût global.

Encore une fois, sur le papier, tout cela semble d’une logique imparable. Mais la logique ne se frotte pas toujours à la réalité du terrain. Ce qui est sûr, du moins acquis, c’est que l’évolution du métier de Travel manager est désormais engagée sans pour autant que le titulaire du poste soit écarté de ces évolutions. Au contraire, car dans la plupart des entreprises qui se sont engagées sur une évolution du métier, ce sont justement les TM qui pilotent ces innovations et les nouvelles plates-formes opérationnelles.

Changer de process n’est jamais chose facile dans une entreprise où le poids de l’habitude est traditionnellement plus fort que celui de l’innovation. Tout le monde sait, le répète, la longue chaîne qui s’est mise en place dans l’évolution du voyage d’affaires ne saurait se limiter aux seules observations actuelles sans prendre en compte les mutations qui s’annoncent. La consolidation des fournisseurs, les changements de méthodologie, la montée en puissance des technologies de communication vont venir perturber des marqueurs sociaux, trop jeunes pour avoir été validés et déjà trop anciens pour révolutionner le monde du voyage d’affaires.

Les prochaines conférences organisées sur le sujet, en particulier à la GBTA, donneront le ton des deux ou trois prochaines années en matière de gestion du voyage d’affaires, mais surtout de la place du Travel manager dans cette nouvelle organisation. Pas de doute, tout est à faire.

A New-York,
Philippe Lantris.




1.Posté par J-M Kadaner le 24/04/2018 11:10
Excellent article, qui identifie de manière très pertinente les enjeux actuels de notre domaine de prédilection.
Ce qui est décrit, est en forte accélération dans les Grandes Entreprises, comme dans les petites, avec des solutions innovantes, et souvent une réflexion plus large que les Voyages Professionnels, nous sommes confrontés à une digitalisation à marche forcée des relations humaines, commerciales et logistiques.

2.Posté par PaulT le 24/04/2018 11:46
Bonjour Monsieur Lantris

C'est indéniablement la direction prise ici en Suisse par les services achats qui globalisent la fonction pour ne pas multiplier les sources de décisions. Mais cette vision a un effet pervers, elle oblige l'agence de voyage à une réelle connaissance individuelle du voyageur... Ce qu'elle ne sait pas faire. Il y a donc deux obligations : repenser les process d’automatisation et de suivi des voyageurs et former sa TMC à un nouveau regard sur les besoins de la société.
Tâche complexe pour certains fournisseurs
Bien à vous
Paul T.

3.Posté par C. Lelièvre le 24/04/2018 15:26
L'AFTM s'est intéressée depuis longtemps à cette évolution du métier, notamment en rédigeant dès 2013 (!) un livre blanc sur le "Mobility management" que j'ai eu l'honneur de piloter (en téléchargement gratuit ici : https://www.aftm.fr/media/livre-blanc-profession-travel-manager-n-5-mobility-management-edition-2013/).
Chacun sait que l'appellation "Travel Manager" n'a pas la même signification sur un continent nord-américain où l'on parle plus volontiers de "travel buyer" et de "travel arranger". Entre les deux, la notion de "travel manager" avait du mal à trouver sa place dans un modèle très externalisé.
L'orientation vers le "mobility management" montre toute la richesse de notre métier et aussi son utilité. Il y a plein de bon sens dans cet article, que les spécialistes sauront analyser et mettre en pratique. Preuve, s'il en fallait, que notre métier, que certains auraient voulu enterrer prématurément, est encore bien vivant !
Il serait dommage de limiter cette évolution à un simple changement de nom ou de titre dans les organigrammes comme c'est trop souvent le cas pour être dans le vent. "Etre dans le vent est une tentation de feuille morte" disait Gustabe Thibon.
Cessons de philosopher et agissons car ce changement va aller bien au-delà d'un seul métier et toucher de nombreux acteurs dans la profession !

Claude LELIEVRE
Vice-président de l'AFTM