Bernard Kleynhoff, Président de la CCI Nice Côte d’Azur : «Qu’importe si c’est Air France, Emirates ou Qatar qui le fait, mais il faut ouvrir Nice sur le Monde»

Porter un regard au-delà de l’Europe, voilà résumée en quelques mots l’initiative de la CCI Nice Côte d’Azur et de son aéroport, le second en France avec plus de 11 millions de passagers. Pour Bernard Kleynhoff, le patron de la CCI Nice Côte d'Azur, «Il est temps de ne plus limiter le transport aérien à Paris. Nous devons aussi avoir des lignes directes ouvertes sur le monde».

Pas de langue de bois pour Bernard Kleynhoff, Président de la CCI Nice Côte d’Azur: «Nous avons besoin d’un changement de cap et de simplification des autorisations pour améliorer la desserte de la Côte d’Azur au bénéfice de nos entreprises et nos emplois». Pour cet industriel niçois, patron de deux entreprises dans l’univers de la carrosserie et de la peinture, défendre le droit aux voyages qu’ils soient loisir ou business est une mission forte de la CCI: «Nous devons offrir toutes les opportunités qu’offre le transport aérien sans nous sentir bloqués par une législation restrictive».

Pour sensibiliser les utilisateurs de l'aéroport, entreprises ou non, c’est donc une pétition qui a été mise en ligne sur le thème : «Je signe direct». Et le contenu est sans ambiguïté : «STOP à la réglementation archaïque limitant les droits intercontinentaux de trafic aérien. OUI au développement de nouvelles liaisons directes vers l’Asie et les pays du Golfe». Côté arguments, là aussi le message est simple : «Ouvrir les droits de trafic aérien à Nice pour mieux les distribuer entre Paris et la capitale de la Côte d’Azur afin de desservir directement et dans les meilleurs délais l’aéroport Nice Côte d’Azur par de nouvelles liaisons». Rencontre avec un Président atypique qui se veut transparent et efficace.

DéplacementsPros: Pourquoi vous êtes-vous engagés dans ce combat qui vise à ouvrir les destinations internationales au départ de Nice ?

Bernard Kleynhoff : Je tiens d’abord à préciser que nous sommes, depuis quelques mois, confrontés à une volonté politique de réforme territoriale qui, quelle que soit la forme qu’elle prendra, doit permettre à nos territoires de se développer sur le plan économique. Ce développement passe tout naturellement par le transport aérien et la capacité de l’aéroport de Nice à accueillir ou à développer des vols directs de et vers des destinations capables à la fois d’apporter des touristes mais également de permettre à nos entreprises d’aller se développer.
Que constatons-nous sur place ? Tout d’abord que l’obtention des droits de trafic est bloquée, certainement pour des raisons politiques, par ceux en charge de les attribuer. Nous avons vu il y a quelque temps Emirates tenter d’obtenir de nouveaux droits au départ de Nice de Lyon sans y aboutir. Il m’apparaît donc naturel que la Chambre de Commerce et d’Industrie soit à la pointe d’une mission comme celle engagée avec la pétition que vous venez d’évoquer, mais également qu’elle puisse dire aux politiques que cette réforme territoriale doit passer par une pression administrative moins forte. Je pense que nous sommes bien armés pour réfléchir à notre avenir.

DéplacementsPros: Concrètement, vous demandez quoi ?

Bernard Kleynhoff : Que les compagnies qui souhaitent s’établir au départ de Nice pour proposer des vols directs que ce soit vers l’Asie ou les États-Unis puissent le faire sans être empêchées par une législation tatillonne et complexe. Il est vrai que pour se développer en Europe, nous ne rencontrons pas les mêmes difficultés grâce à l’accord d’open sky en vigueur. Mais cela n’est pas suffisant pour assurer le développement de la Côte d’Azur et le rayonnement de nos entreprises.

DéplacementsPros: Lorsque l’on regarde les chiffres départ de Nice, on se rend compte que le gros du marché du voyage d’affaires se fait en Europe actuellement!

Bernard Kleynhoff : Mais l’attractivité de la Côte d’Azur ne se limite pas simplement aux entreprises qui y sont installées. Je n’ai pas besoin de vous rappeler l’attirance naturelle de la région, que ce soit en Europe aux États-Unis ou en Asie. Nous le constatons tous les ans, les touristes veulent venir découvrir notre territoire mais sont souvent limités par la réalité du transport et je dirais plus particulièrement par le peu de vols directs au départ de leur pays d’origine, principalement sur le long courrier. Je ne souhaite pas que ce combat se limite à la simple vision des entreprises au départ de Nice. Nos sociétés interviennent également dans l’univers du réceptif. L’apport de nouveaux clients est donc une source de rentabilité pour elles et conduit à une activité économique accrue pour la région.

DéplacementsPros: Votre initiative n’est-elle pas un peu contre d’Air France ?

Bernard Kleynhoff : Pas du tout. Qu’importe si c’est Air France, Qatar Airways ou Emirates qui apporte une solution à notre problème. J’irai même plus loin en disant que personnellement, je serais très heureux si Air France pouvait nous proposer des vols directs vers l’Asie ou les USA au départ de Nice. J’entends bien l’argument qui dit que lorsque l’on part de province vers des destinations lointaines, que ce soit avec des compagnies européennes ou des compagnies du Golfe, il y a toujours une escale dans un hub. Mais je ne pense pas que cette situation soit gravée dans le marbre et qu’elle ne puisse pas évoluer dans le temps. Je reste persuadé qu’il peut y avoir des vols directs vers la Chine au départ de Nice et que ces vols seraient aussi attractifs pour les entreprises que pour les touristes chinois qui veulent venir sur la Côte d’Azur. Il n’y a donc de ma part aucune attaque contre aucune des compagnies aériennes présentes à Nice, mais bien la volonté de dire que l’aéroport de Nice est une plate-forme crédible et bien équipée. Voilà aujourd’hui la ligne directrice de l’action qui a été engagée.

DéplacementsPros: Globalement, pensez-vous que la DGAC soit devenue une alliée non déclarée d’Air France ?

Bernard Kleynhoff : Ce n’est pas mon problème de savoir si telle ou telle structure dans le transport aérien a des préférences pour telle ou telle compagnie. Je demande simplement à la DGAC d’être objective dans la distribution des droits de trafic sur des aéroports où la place reste disponible et où la demande formulée par l’ensemble des acteurs économiques est forte. Ce que nous demandons doit représenter concrètement 150 000 passagers supplémentaires par an.
Regardons le trafic des aéroports français: Paris capte environ 90 millions de passagers. Nice à peine 11,5 millions. Que se passe-t-il chez le voisin européen ? En Allemagne, Francfort accueille 58 millions de passagers, Munich 38 millions et Berlin 26 millions. Portons le même regard sur l’Italie ou à Rome, 41 millions de passagers sont accueillis contre 36 à Milan. Enfin je ne voudrais pas enfoncer le clou, mais l’Espagne a également une excellente répartition des passagers aériens à Madrid, avec près de 40 millions et à Barcelone avec 35 millions. Vous constaterez que ces chiffres sont nettement plus équilibrés qu’en France où la tradition jacobine reste fortement ancrée alors que nous discutons maintenant depuis des mois d’une réelle réforme territoriale.

DéplacementsPros: Nice est-elle capable d’accueillir beaucoup plus de passagers?

Bernard Kleynhoff : Nous pouvons aller jusqu’à 18 millions de passagers par an avec la construction des nouvelles infrastructures qui sont en cours. Nous pouvons également envisager une extension de l’aéroport et concevoir de nouvelles aérogares. Mais aujourd’hui, commençons par bouger la taille des avions. Un gros porteur, c’est 20 à 30 % de voyageurs en plus. Cette simple hausse du nombre de passagers ne nous obligera pas dans un premier temps à faire bouger nos installations. Nous ne sommes pas opposés à l’idée d’être des entrepreneurs en matière d’accueil de passagers aériens, à la condition bien sûre d’obtenir les droits dont les compagnies ont besoin.

DéplacementsPros: Êtes-vous certain que le marché est bien là, au départ de Nice Côte d’Azur ?

Bernard Kleynhoff : Encore une fois, avant de faire des études coûteuses, il faut être certain que nous aurons les droits de trafic. Quand Emirates demande trois ouvertures supplémentaires, c’est que la compagnie a bien analysé le besoin. Quand Qatar Airways quitte Nice pour exploiter ses droits de trafic à Paris, c’est au détriment de nos territoires. Je ne sais pas où et comment se situe réellement le marché, mais ce n’est pas la question prioritaire. Ni le besoin que nous exprimons dans l’immédiat. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Obtenons les autorisations et travaillons sur les études de marché.

DéplacementsPros: Êtes-vous optimistes sur le résultat de cette pétition ?

Bernard Kleynhoff : Je suis déjà confiant sur la mobilisation que j’ai pu constater autour de cette pétition et je voudrais d’ailleurs préciser que nous avons réfléchi avec l’aéroport de Lyon à la meilleure façon d’optimiser cette demande qui pourrait exister ailleurs qu’à Nice.
Je suis ensuite confiant sur le résultat car l’ensemble de cette action va dans le sens souhaité par la réforme territoriale que j’évoque dans vos colonnes. Je ne pense pas que l’on puisse dire à un territoire de se développer sans lui donner toutes les autorisations pour lui permettre d’être de plus en plus compétitif. Je reviens encore une fois sur l’exemple allemand que je donnais à l’instant, la gestion des Landers passe par des discussions permanentes avec les autorités de l’aviation civile même si,parfois, comme nous ils n’obtiennent pas satisfaction pour la hausse des fréquences à l’international. Enfin je crois que l’égalité des territoires passe par cette fameuse liberté d’action qui me semble essentielle chez nous, région touristique et économique.

Entretien réalisé par Marcel Lévy.