Donald et Kim à Singapour… Un drôle de voyage d’affaires !

Il vit à Singapour et se passionne pour l'actualité du monde. Notre rédacteur de ce jour est la victime, collatérale, d'une rencontre qui bouscule la vie quotidienne de la Ville-État. Singapour accueille en ce début de semaine un sommet entre deux chefs d'état. Un dictateur malin et un caractériel imprévisible mais élu par son peuple. Bref, le monde dépend du bon vouloir nucléaire de ces deux hommes. Effrayant, non ?

Disparu en 2015, Lee Kuan Yew, le charismatique Leader et Créateur de Singapour, serait fier de voir sa Cité Etat devenir le centre du monde le temps de cette rencontre entre deux acteurs du Voyage d’affaires hors du commun. Singapour a probablement été choisie pour sa neutralité. Elle est un proche allié des Etats-Unis et de la Chine et dispose de liens diplomatiques avec la Corée du Nord.

La sécurité est un autre critère de choix. L’île est suréquipée en caméras, la police est discrètement omniprésente et la population dispose d’un sens civique terriblement développé. Enfin, accueillir 3000 journalistes accrédités sera un jeu d’enfants compte tenu de la capacité hôtelière de l’île.
Welcome to Singapore !

Un voyage d’affaires à fort enjeu

Au-delà de l’évènement et de l’enjeu, l’analyse des conditions de voyage de Donald et Kim révèle des différences sensibles en matière de politiques voyages entre la Maison Blanche et le Palais de Ryongsong. Une chose est sûre, le Duty of Care importe plus que la maîtrise des coûts.

• Transport aérien : Air Force One vs Air Force Un
Donald a voyagé avec sa suite à bord du Boeing 747 Air Force One. Aucun détail ne filtre sur Seat Guru mais on peut parier sur des conditions de vol optimales pour un vol transpacifique de plus de 17h avec une escale probable.

Kim a choisi Singapour, entre autres raisons, pour sa relative proximité avec Pyongyang : le rayon d’action de l’Iliouchine-62 surnomme « Air Force Un » a l’inconvénient d’être inférieur à celui, théorique, des missiles intercontinentaux de l’armée nord-coréenne. Peu d’informations disponibles sur le niveau de confort du vieil appareil. Personne n’a pu confirmer si le siège de la classe avant était totalement flat et si le champagne servi à bord était millésimé. A notre grande surprise, il a finalement choisi de voyager sur un Boeing 747-400 d’Air China. Pour quelles raisons ? La nostalgie du Jumbo Jet ? Besoin de Miles pour accéder au statut Gold Star Alliance ? A l’heure où nous publions cet article, nous ne pouvons confirmer les raisons de ce changement.

• Transferts : Mercedes vs Cadillac
Dès la descente de son avion à l’aéroport de Paya Lebar, Donald a eu le privilège de prendre place à bord de « The Beast », sa Cadillac One noire Moteur V8 dont le coût unitaire est estimé à 1.6 millions de dollars US. On retiendra un autre chiffre : 13 cm, ce qui correspond à l’épaisseur des vitres pare-balles de la puissante berline. Donald a parcouru la dizaine de kilomètres qui le sépare de son hôtel, en toute discrétion, accompagné d’une délégation d’une trentaine de véhicules dont une ambulance, Duty of Care oblige.

Kim, qui n’a pas à sa disposition d’industrie automobile nationale, a fait le modeste choix d’une Mercedes Benz Limousine Haute Sécurité. Le temps de son trajet, Kim a pu jouer avec le système d’aération spécialement destiné à contrer une éventuelle attaque chimique ou admirer East Coast protégé par une vitre de 6cm d’épaisseur, soit, vous l’aurez noté, plus de deux fois moins que celle de « The Beast ».

• Hôtels :
Donald a choisi l’hôtel Shangri-La de Singapour situé sur Orchard Road. Il dispose de 747 (comme Air Force One) chambres et a accueilli en novembre 2015 un sommet entre les Présidents Chinois et Taiwanais.
Probablement pour sa note de 4.5/5 sur Tripadvisor, Kim a fait le choix de l’hôtel St Regis. Situé non loin de Botanic Garden, il devrait permettre au Président, adepte du Bleisure, d’aller admirer le magnifique jardin d’orchidées et les arbres centenaires du Parc.

• Moyens de paiements :
Kim a choisi LA solution idéale. Ne pas payer. Il a d’ores et déjà prévenu qu’il ne paierait pas l’hôtel pour cause de budget travel annuel déjà dépassé. Le contribuable singapourien que je suis se félicite déjà de l’opportunité de contribuer financièrement à la pacification de l’Asie du Nord. C’est pour nous, Kim !

Cet évènement est une fierté pour le peuple singapourien. Une reconnaissance pour ce jeune État qui est devenu en cinquante ans une référence dans l’ensemble de la région et le monde entier.

Plus sérieusement, on espère tous que cette guerre d’egos trouvera une issue favorable lors de ce sommet et pouvoir dire "J’étais à Singapour lors de cet évènement déterminant pour la paix en Asie et dans le monde", comme d’autres étaient à Berlin ou Moscou à la fin des années 80.

Aujourd’hui, sera une belle journée même si un peu compliquée en terme de logistique. J’avais pensé prendre une RTT pour l’occasion… C’était oublier qu’il n’y a pas de RTT à Singapour.