Le bout du monde n’est qu’à 228 km de Paris…

En 1975, il fallait 1h45 pour effectuer, en train, le trajet Paris-Le Havre. En 2004, la durée de transport est à ce jour supérieure de 22% ! Mais dans un avenir proche, qu’en sera-t-il ? La réponse n’est pas dans le rapport de Monsieur Philippe Duron, député PS président de la commission sur "l'Avenir des trains d'équilibre du territoire", mais elle est dans la colère des industriels normands, qui craignent l’impact majeur des conclusions de cette commission.

Sans aucune liaison aérienne désormais et avec un nombre limité de trains (11 à venir au lieu de 23 actuellement !), comment rester une région industrielle proche des centres de décision ? Comment recruter les talents quand ces derniers savent qu’ils devront affronter des trajets routiers de 3 à 4 heures pour rejoindre un aéroport Parisien et se connecter au monde ? Comment motiver les salariés à la mobilité quand le seul trajet en train possible coûte plus de 70€ en seconde et 106€ en première ? Bienvenue au Havre en Haute Normandie.
 
Les dommages de cet isolement sont énormes et condamnent la région Haute-Normandie à une désertification industrielle à court terme. Preuve en est la faible performance économique du tissu industriel et commercial de cette région et le coût intrinsèque exponentiel des déplacements d’affaires qui sont un des vecteurs principaux des décisions d’implantation ou d’explantation !
 
L’opposition politique reste silencieuse et laisse à penser que seuls les acheteurs et les stratèges d’entreprise (et encore…) savent calculer en Coût Total d’Opération et comprendre le danger que cette «désertification» annoncée comporte.
 
Si vous doutez de ces affirmations, regardez l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie qui, toutes les trois, ont développé un réseau d’aéroports régionaux et de plateformes multimodales connectées à l’Europe et au reste du monde. La santé des deux premiers est au top et l’Italie sort de sa torpeur… La GBTA le faisait remarquer au travers d’une étude portant sur les déplacements aux USA où il apparaissait qu’un Dollar dépensé en voyage d’affaires rapportait, en moyenne, $1,41 aux entreprises mobiles.
 
Alors qu’en est-il du futur des Havrais ? Et bien une chose que le monde entier pourrait leur envier : la fierté d’habiter au bout du monde… Malheureusement, ce n’est pas cela qui nourrit les gens et fait avancer un pays.
 
Yann le Goff
Acheteur