Le réveil du transport aérien africain ?

Le développement du transport aérien est d’abord relié à la capacité de chaque transporteur d’exercer son activité, non seulement dans son propre pays mais vers les pays étrangers. En clair, le secteur ne serait certainement pas développé au rythme soutenu de 5% par an si les accords d’ »Open Sky » n’avaient pas été mis en route.

Cela est d’abord arrivé aux Etats Unis en 1978 sous l’administration Carter. 15 ans plus tard, les effets des accords de Schengen se sont concrétisés en Europe dans le secteur aérien. Depuis, de nombreux autres accords de ciel ouvert ont été signés en Asie mais également entre l’Europe et les Etats-Unis, et entre ces derniers et les pays du Golfe. Le tout pour la plus grande prospérité de cette activité et l’intérêt des clients, pour lesquels cette libéralisation du ciel a eu des effets si bénéfiques, non seulement parce que cela a fait baisser considérablement les tarifs, mais également parce que la qualité du service s’est indubitablement améliorée.

Bref, vive la dérégulation et les accords de ciel ouvert, même si cela a pu entrainer certaines turbulences pour les compagnies aériennes qui ont mis du temps à s’adapter à une concurrence dont elles se seraient bien passées.

Le mouvement s’est tout normalement étendu à l’Afrique. Dès 1999, le 14 novembre pour être précis, 40 pays, autrement dit la quasi-totalité des Etats du continent, ont signé la Déclaration de Yamoussoukro et se sont engagés à ouvrir leurs frontières pour la plupart des libertés du transport aérien : de la première à la 5ème liberté, ce qui recouvre tous les droits de trafic hormis le cabotage, c’est-à-dire le trafic domestique à l’intérieur des Etats. Cette déclaration a été entérinée le 12 juillet 2000 par les chefs d’Etat à Lomé au Togo. Formidable avancée capable de donner un coup de fouet au transport aérien dont les signataires ont amplement souligné combien il était indispensable à la prospérité du continent.

Et depuis, rien ou très peu de choses. Certaines compagnies, telles de Royal Air Maroc ou Ethiopian Airlines, ont bien utilisé leurs droits en ouvrant 31 destinations pour la première et 45 pour la deuxième, mais à part cela, rien de très significatif ne s’est passé. Il faut dire que les Etats ne se sont pas montrés très enthousiastes pour ouvrir leur espace aérien, espérant ainsi préserver leurs transporteurs nationaux qui n’ont pas pu vraiment prendre leur envol.

Alors il faut saluer l’initiative prise le 28 janvier dernier à Addis Abeba lors du sommet de l’Union Africaine, où 23 des pays déjà signataires de la Déclaration de Yamoussoukro se sont engagés à mettre en œuvre l’espace aérien unique entre leurs pays. Il faut tout de même noter que 17 pays eux aussi signataires de la Déclaration de Yamoussoukro se sont abstenus et parmi ceux-ci l’Algérie, le Cameroun, le Maroc, le Sénégal et la Tunisie, pour ne parler que des plus importants. Cela montre qu’il y a encore du travail à faire.

Certes, le Maroc a déjà montré la voie de la libéralisation en signant des accords d’ »Open Sky » avec l’Europe et en utilisant déjà de nombreux droits africains et ce, depuis des années. Il est d’ailleurs à noter qu’après un passage très difficile pour sa compagnie nationale qui a pris de plein fouet la concurrence des « low costs » européens, le pays a tiré de très grands bénéfices de cette libéralisation. Ajoutons que la Royal Air Maroc a été obligée de se réformer en profondeur pour survivre et que les résultats sont maintenant tout à fait probants.

La Tunisie n’a pas non plus signé l’accord d’Addis Abeba et c’est bien dommage. Le pays a bien entendu une peur farouche que la dérégulation ne tue sa compagnie nationale qui est bien mal en point. Mais justement, Tunisair n’a pas pu faire sa révolution culturelle car elle s’est toujours abritée derrière son gouvernement, lequel a tout fait pour la protéger. Seulement il faut bien faire face aux réalités. Si le pays veut se développer, il a besoin d’une arrivée massive de touristes, or ceux-ci utilisent essentiellement les « low costs ». Alors il faut bien que ces derniers puissent opérer dans le pays. Cela se fait timidement car finalement, un accord de ciel ouvert avec l’Europe doit être mis en vigueur dans le courant du premier semestre de 2018, mais il ne concerne pas Tunis et c’est bien dommage.

Saluons néanmoins l’initiative que les chefs d’états africains ont prise et souhaitons que cela ne constitue qu’une première étape dans la libéralisation complète du ciel africain, condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, au développement du continent.

Jean-Louis BAROUX