Pourquoi avons-nous soigneusement évité de donner notre avis sur la journée des droits de la femme ?

Tous les ans, le 8 mars, dans un éditorial ou une tribune libre, nous abordons le délicat sujet de la place des femmes au sein du voyage d’affaires. Hier, que nenni ! Il faut dire que les deux dernières années, le moindre mot était analysé et décortiqué dans tous les sens, ce qui nous a valu quelques volées de bois vert pour avoir porté un regard sur les femmes qui voyagent.

C’est là tout le paradoxe de cette journée des droits de la femme. Malraux disait, sans aucune arrière-pensée : "On a tous au fond de notre cœur une femme, notre mère, à laquelle personnellement je pense tous les jours depuis des décennies". Si l’on regarde les communiqués qui nous sont parvenus à la rédaction à la veille ou le jour même pour mettre en avant les femmes dans leur activité professionnelle, on se rend compte que la vision marketing de cette journée dépasse les espérances des meilleurs publicitaires du moment.

On ne compte plus les sondages bidons publiés ce 8 mars, les compagnies aériennes qui composent des équipages exclusivement féminins, les offres de services uniquement réservés aux femmes ce jour là et les petits cadeaux, que personnellement je trouve mesquins, comme un verre gratuit après 18 heures ou une pizza livrée avant 20 heures. Comme si on considérait que ce soit là un cadeau pour lui éviter de cuisiner !!! À croire, que les champions de la communication considèrent finalement la femme comme un produit comme un autre et ne se privent pas de la mettre en scène pour faire du business.

Dans le domaine du voyage d’affaires, il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte de la place des femmes dans notre métier. Elles sont acheteuses, cheffe de produits, directrices commerciales, contrôleuses du ciel, conseillères en voyage, spécialistes de l’hôtellerie ou de l’aérien, dirigeantes de TMC. J’en oublie des dizaines. Il y a une trentaine d’années, on évoquait la féminisation des métiers statiques du voyage en raison de "l’incapacité des femmes à se déplacer autant que les hommes". On les cantonnait ainsi à cette fonction de mère de famille ou d’épouse qui n’aurait pas été capable de traverser le monde pour aller convaincre telle ou telle entreprise. Heureusement, les choses ont bien changé. Aujourd’hui, je n’ai jamais entendu de critiques de ce type et encore moins d’allusions à la féminisation du métier. Je pourrais même citer des dizaines d’exemples où les femmes jouent un rôle important pour ne pas dire essentiel dans le développement de leur société.

Et cette journée des droits de la femme, bien des fournisseurs la gèrent au quotidien. Prenons pour exemple ces hôtels qui ont su adapter des services spécifiquement féminins pour respecter les attentes de leurs clientes. Pour autant, je n’ai jamais été partisan de ces étages réservés aux voyageuses d’affaires. Je trouve que cela fait un peu ghetto et entretient cette idée de fragilité que contestent bien des voyageuses d’affaires.

Que faut-il alors retenir de cette journée ? Tout d’abord que cette complémentarité homme/femme est essentielle au bon fonctionnement de notre environnement professionnel. C’est un travail d’équipe qu’elle accomplissent à l’occasion de chacun de leurs déplacements en allant défendre les intérêts économiques de notre pays.

Voilà donc ce que nous pensions de ces 24 heures ou toute la communication s’est féminisée, y compris au sein du gouvernement venu défendre une parité qui apparaît parfois un peu stupide à force de vouloir être imposé. Il en va de l’intelligence des hommes d’accepter et d’intégrer cette parité qui doit se mettre en place naturellement sans excès ou texte de loi. Je peux comprendre que rien n’empêche une femme de faire un métier masculin mais au titre de respecter la parité, doit-on l’obliger à manier un marteau piqueur ou être forte aux halles de Rungis ? Certes, il y a encore du travail à faire que ce soit en matière de rémunération, de place dans la hiérarchie des entreprises ou au sein de nos organisations politiques européennes. Je fais confiance au temps pour atteindre cet objectif. D’autant plus que la vraie prise de conscience de ce besoin d’équilibre se fait autant chez les hommes que chez les femmes. Peut-être plus même chez les hommes !

Enfin, et ce sera peut-être ma seule dérive dans le jugement porté sur cette journée de la femme, je crois profondément qu’au-delà des simples différences physiques, il y a entre les hommes et les femmes cette attirance et cette séduction qui rend plaisant le quotidien, avec respect et équilibre.

Personne ne saurait me reprocher d’écrire, j’aime les femmes, toutes les femmes, et surtout la mienne.

Marcel Lévy