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Vendredi 22 Décembre 2017

SNCF : pourquoi aime-t-on la détester ?


Ma grand-mère, vénérable femme qui a élevé dix enfants, disait avec malice : "Il y a des claques qui se perdent sur des joues que l'on aime". Il en va de même pour la SNCF, capable d'irriter le plus patient d'entre nous tout en assumant une tâche titanesque : faire rouler tous les jours des centaines de trains.



SNCF, on l'aime ou pas ?
SNCF, on l'aime ou pas ?
Il y a du Dr Jekyll et Mister Hyde dans le regard porté sur cette vénérable institution dont nous sommes tous les propriétaires, même si elle nous maltraite. Prenez son boss, Guillaume Pepy, face aux entrepreneurs du voyage réunis en convention à Lille fin novembre, il botte en touche les questions sur la dette et le TGV renvoyant au Ministre et au Gouvernement les décisions importantes. Il n'est donc qu'un exécutant dont la seule mission est de s'assurer que le travail est fait. Au mieux, bien fait ! Comme nous, il pense que l'Etat est responsable de tous ses maux. Un peu faux, un peu vrai.

Explications. Lors du lancement des dernières LGV, Emmanuel Macron tue dans l'œuf les velléités de développement de la grande vitesse. Finies les dépenses somptuaires, place à l'austérité. Les Toulousains crient au scandale… Bref, on se met à haïr SNCF. Mais d'un autre côté, le maillage du Sud-Ouest permet à des dizaines de milliers d'habitants d'aller d'un point à un autre, de Bergerac à Bordeaux, de Limoges à Libourne. C'est le grand écart permanent que doit assumer la SNCF.

Eduquer, voilà bien le maître-mot que l'on doit détailler en régions. Chaque infime village veut aujourd'hui son arrêt de train. Démagogie des édiles ou réalité technique ? A l'époque de la voiture, du car et du bus, on imagine aisément qu'il est possible de trouver des situations alternatives à des trains pas toujours très pleins. Il faut écouter la population mais aussi utiliser le meilleur moyen pour offrir des transports en commun adaptées aux besoins. Et garantir, ainsi, le service au public.

Quand il y a des pannes à Montparnasse (ou ailleurs), c'est la Saint Pepy. Mais pour la dernière, malin, il n'est pas monté au créneau. C'est SNCF Réseau le seul responsable. Là on les hait tous. Car au final, la nébuleuse des sociétés construites autour de SNCF noie le responsable. Du moins pour le voyageur de base dont le seul objectif est d'aller d'un point à un autre. Mais là encore, si l'on regarde de plus près, on constate que SNCF seule n'a pas les moyens de maintenir des infrastructures nationales à un haut niveau. Il lui faut faire des choix. Difficile alors de maintenir les lignes les moins utilisées sans faire appel aux deniers publics.

Même constat sur les tarifs. SNCF crie haut et fort que le nombre de petits prix explose… A condition d'acheter tôt, de partir à des moments bien précis. Bref, les pros n'aiment pas du tout cette politique du yield qui voit un Paris Marseille A/R vendu plus cher qu'un vol vers New York. C'est tout le paradoxe de la rentabilité versus service public.

Peut-on alors résoudre cette quadrature du cercle ? Est-il possible de faire mieux avec ce dont dispose SNCF ? A priori, oui disent les syndicats qui pointent du doigt les dysfonctionnements du groupe… Mais se refusent à abandonner le moindre avantage social. Retraites, durée du travail, facilités de circulation… Bref, chacun voit midi à sa porte mais refuse de l'entrouvrir à toute solution qui met en péril les acquis.

Faut-il alors haïr ou aimer SNCF ? Impossible de répondre à cette question sans un brin de malhonnêteté de part et d'autre. C'est toute la difficulté de l'exercice. Chaque nouvel événement ajoute des points à l'un ou l'autre. Seule certitude, c'est la capacité des équipes à innover qui fera le service. Et rendra possibles les déplacements professionnels par le rail. Selon Rachel Picard, la régularité et la vitesse du Bordeaux Paris lui a permis, depuis la rentrée, de conquérir d'incroyable parts de marché. On peut parier que les plus nombreux à bord, ce sont bien les voyageurs d'affaires...

Hélène Retout
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Tags : Pepy, SNCF



1.Posté par Toin le 21/12/2017 07:59
Il y a des raisons objectives de ne pas apprécier la SNCF. Elle privilégie le TGV au détriment des lignes locales (TER) sans pour autant que le TGV soit remarquable. Il est régulièrement en retard quant il n'est pas annulé, il tombe en panne sans que les voyageurs soient pris en charge correctement, il est cher et pas propre, on mange mal à bord. Encore une fois comparez avec le Shinkansen japonais ; tout le contraire !
En plus ces dernières années, le train est devenu dangereux avec plusieurs accidents mortels. On peut séttonner que les plus hauts responsables de la SNCF n'aient pas eu à rendre de compte et n'aient pas démissionné (cf. son président Guillaume Pépy). Ce n'est donc pas un parti-pris...

2.Posté par Natu le 21/12/2017 08:08
Madame Retout, vous vous félicitez de la nouvelle ligne Paris-Bordeaux. Elle prendra des passagers aériens à Hop...Le TGV vers Lyon et Strasbourg a entraîné la fermeture de la desserte aérienne par Air France ! C'est peu réfléchi de s'auto-concurrencer. Air France va mal en court-courrier, la SNCF ne gagne pas d'argent...et puis notre pays est petit, quel intérêt de le sillonner d'autoroutes, de ligne TGV et aériennes ? Pourquoi vouloir toujours aller plus vite ?! Est-ce que cela permet de réduire le nombre de sans emploi (5 millions) ? Est-ce que cela contribue au bonheur des populations installées le long des autoroutes, des voies de tgv et aériennes ?!

3.Posté par PAT le 21/12/2017 10:27
Occasion, si Hélène Retout le permet, de donner une deuxième vie à cette chronique qui remonte à cinq ans et dont les termes n''ont guère changé :

https://www.deplacementspros.com/SNCF-le-coup-de-Pat-regarde-du-cote-des-regions-Surprenant-_a18325.html

Et finalement, pourvu que ça dure ?

C'est bien la question.

4.Posté par Tom le 21/12/2017 14:59
Bonjour,
Ahhhh la comparaison avec le Shinkansen... Alors comparons, oui.
Ce train dessert 50 gares sur tout le Japon, là où le TGV, sur un territoire une fois et demi plus grand (France métropolitaine), en dessert plus de 180. Avec tout ce que ça implique comme retards possibles parce qu'en France on assure des correspondances là où le Japon ne le fait pas. De plus, plus de 80% des retards de trains en France sont imputables à des causes extérieures : personnes aux abords des voies et intempéries notamment.
Les prix et le temps de trajet ? Tout à fait comparables. Tokyo-Kyoto environ 110€ pour 500km en 2h30, 114€ pour un Paris-Mulhouse pour 490km en 2h35.
Pour la restauration, là d'accord, des efforts sont à faire.
La propreté maintenant. Voyez l'état dans lequel sont laissés les TGV par les voyageurs. Quand des groupes de japonais sont présents, TOUS leurs detritus sont ensachés et déposés en bout de voiture, pratique qu'ils appliquent certainement aussi dans leur pays. Une simple question de respect et d'éducation finalement, mais de la part des usagers.
Je ne dis pas que la SNCF est exempte de reproches, loin de là. Mais les comparaisons à l'emporte-pièce ne feront jamais avancer le débat.

5.Posté par PAT le 21/12/2017 18:58
Tom a raison avec son commentaire.

A la différence du Shinkansen, le modèle économique, social et d'aménagement du territoire choisi en son temps pour le TGV a été d'en faire un outil de desserte fine et profonde des territoires. Un modèle défendu par Mireille Faugère qui fut la patronne du TGV en son temps et qui s'honorait que le TGV ne ressemble pas au Shinkhansen, seulement pour une élite d'affaires, mais au contraire un train populaire accessible à tous.

Au début, TGV était nettement moins cher que Shinkansen : les prix semblent s'être rapprochés depuis. C'est peut-être ça le problème et qui, tant qu'à faire, fait que d'aucuns lorgnent sur le modèle Shinkansen.

Aujourd'hui, des énarques, polytechniciens et autres conseillers d'Etat susurrent le recentrage sur un réseau noyau (une notion qui vient des rapport Nora et Guillaudat, qui ne semblent même pas référencés sur Google aujourd'hui, c'est dire si c'est moderne !).

Il suffit de jeter un coup d’œil aux dessertes Ouigo pour avoir une idée de ce réseau noyau. C'est sûr, ça va coûter moins cher à exploiter. Mais on dit quoi aux voyageurs, clients, usagers, consommateurs, contribuables qui sont au-delà du trait ? Et ils vont dire quoi leurs représentants élus ? Ils seront d'accord ? Chiche...



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