Côte d’Azur France : « Il nous faut un calendrier et des normes ! »

Côte d’Azur France est l’agence chargée de la promotion du littoral de Saint-Tropez à Menton. Une destination touchée de plein fouet par la crise liée au coronavirus. Claire Behar, sa directrice générale, dresse un bilan et tire des perspectives.

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Comment les professionnels du tourisme de votre destination vivent-ils le choc de la crise sanitaire ?

Claire Behar : C’est une situation inédite où offre et demande sont gelées. Le tourisme représente 15 % du PIB de la région. On n’a aucune certitude sur la possibilité d’une reprise cet été mais ce qu’on sait d’ores et déjà, c’est que cette période très importante en termes de tourisme professionnel et événementiel qu’est le printemps est morte. Ça a commencé très tôt, bien avant le confinement avec l’annulation du dernier week-end de la Fête du Citron de Menton et du Carnaval de Nice. Puis, bien sûr le confinement a pris le relais. Pour ne prendre que l’exemple de Cannes, ses 6 événements majeurs (Midem, Midcom…), ce sont 62.000 participants pour 170.000 nuitées d’hôtels.

Ces voyages d’affaires, et cette activité MICE qui vous ont tant fait défaut, pensez-vous qu’ils repartiront en septembre ?

Nous l’espérons car ce type de séjours représente 20 % des quelque 7 milliards d’euros que génère le tourisme sur notre territoire, avec, on le sait, des voyageurs qui dépensent 180 € par jour et par personne, soit le double d’un touriste leisure. Mais nous n’avons aucune certitude pour au moins deux raisons. D’une part parce que nous dépendons énormément de l’aérien, notamment pour la clientèle internationale. Le tourisme pro est acheminé par 500.000 vols par an, or nous n’avons pas de visibilité sur la reprise de l’aérien, ni sur la réouverture des frontières. D’autre part, et ce point concerne avant tout le MICE, parce que même dans le cas d’événements prévus au 4ème trimestre 2020 et maintenus ou encore reportés du printemps à l’automne, certains fournisseurs ne peuvent savoir s’ils pourront assurer leur part en l’absence de publication des nouvelles normes. Il nous faut au plus vite un calendrier et les nouvelles normes. Ces deux exigences sont évidemment liées car ces nouvelles normes, il va falloir s’y préparer, ce qui demande du temps.

Comment votre structure agit-elle pour soutenir l’industrie ?

Précisons d’abord que nous ne sommes pas seuls. Il y a bien sûr les mesures gouvernementales de soutien aux entreprises, même si, malgré cet effort, nous savons que beaucoup ne survivront pas à l’épreuve que nous traversons. Il y a aussi une mobilisation de tous les acteurs locaux au premier rang desquels le Département des Alpes-Maritimes et la Région, mais aussi les villes, métropoles, la CCI sur les fonds d’aide dont ceux avec l’Etat, et aussi nous, le CRT Côte d’Azur France sur la partie anticipation de la reprise et actions de promotion. Par la voix de David Lisnard, le président du CRT Côte d’Azur France (et maire de Cannes, ndr), nous interpellons les pouvoirs publics sur la nécessité d’annuler les charges fiscales et/ou sociales de certaines entreprises en danger. Il faut aussi la reconnaissance d’un état d’urgence sanitaire pour permettre aux entreprises de bénéficier d’un accompagnement financier concret des assurances et un engagement plus poussé des banques, notamment sur les délais de remboursement.

Outre cet appel au soutien financier des entreprises du secteur, comment organisez-vous la sortie de crise ?

Encore une fois, nous n’avons pas de calendrier donc cette sortie de crise sera très différente selon que la période estivale sera blanche ou non. Nous avons bon espoir que ce ne sera pas le cas. Dans cette perspective, l’été sera évidemment capital. Il va falloir adapter notre communication. 50 % de notre clientèle habituelle est internationale. Il faudra faire sans et puiser dans le marché français. Nous en appelons d’ailleurs Atout France à réorienter son action vers le marché français dans cette période si particulière. Concernant le business travel, il faudra, là aussi, rapidement réorienter plus fortement notre communication en direction des marchés français et européens au détriment de marchés plus lointains. Il faudra rassurer, montrer et démontrer que tout est mis en place pour que les conditions sanitaires soient parfaites. Plus globalement, et c’est une des leçons de cette crise, il nous faudra réfléchir à sécuriser notre destination. Ce sera fait mais pour l’instant, l’urgence, c’est le soutien aux entreprises et, encore une fois, l’obtention d’un calendrier et des nouvelles normes sanitaires.