Interdiction du territoire américain : une déflagration pour le pavillon aérien européen

La décision du président américain d’interdire l’accès des Européens au territoire américain est un coup très rude pour les grands groupes aériens européens. Et plus encore pour nombre de petites compagnies… Air France vient de détailler les vols qu’elle entendait maintenir dans les prochains jours.

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Donald Trump a donc décidé d’interdire pendant trente jours – à compter de ce vendredi 13 mars à 23h59 heure de Washington – l’accès des États-Unis aux ressortissants des 26 pays européens de l ‘espace Schengen, et à ceux (hors Américains et personnes disposant d’un titre de résidence permanente) ayant séjourné les 14 jours précédents sur le Vieux-Continent.

Ce « travel ban » décidée par le président américain est une catastrophe pour les compagnies aériennes européennes. On pourrait en revanche penser qu’il s’agit d’une bonne nouvelle pour les transporteurs britanniques et pour Aer Lingus, les ressortissants du Royaume-Uni et d’Irlande n’étant pas concernés – du moins pour l’instant et probablement pour des raisons tout aussi économiques que politiques – par la décision de la Maison-Blanche. Même les compagnies de ces deux pays ne pourront plus « feeder » leurs vols transatlantiques avec la clientèle européenne, ce qui compromet leur rentabilité…

L’impact sera bien sûr autrement plus important pour les groupes Air France-KLM et Lufthansa. L’activité des «majors » européennes était déjà très impactée sur leurs dessertes asiatiques. D’où d’ailleurs leurs décisions récentes de redéployer une partie de leurs flottes sur l’axe transatlantique. Or, ce dernier est plus important encore que l’axe Europe-Asie pour les compagnies européennes. Le gouvernement français a déjà annoncé qu’il était prêt à soutenir Air France-KLM.

Pour Air France, le marché US – avec ses dessertes de 20 villes outre-Atlantique – représente 20% de son chiffre d’affaires. Au sein du réseau long-courrier, le transatlantique est l’un de ses principaux générateurs de marge. Le transporteur français a annoncé ce jeudi que ses vols se déroulaient normalement ce vendredi 13. Du 14 au 28 mars inclus, il prévoit de maintenir les dessertes d’Atlanta, Chicago, Détroit, Los Angeles, New York JFK, San Francisco et Washington. A ce stade, Air France est dans l’attente de précisions de la part des autorités américaines sur la possibilité de maintenir la desserte de Miami, Boston et Houston.

Avec la coentreprise qu’elle constitue avec Delta, KLM et Virgin – qui représente environ 23% de la capacité transatlantique totale – Air France travaille par ailleurs à la mise en place d’un plan de continuité commun de la desserte des États-Unis pour ses clients au-delà du 28 mars.

Les «majors américaines» (United, Delta, American) devront elles aussi prendre des décisions dans les prochaines heures sur le maintien ou non de tout ou partie de leurs dessertes entre l’Europe continentale et les États-Unis.

Pour certaines «petites» compagnies françaises, l’impact pourrait être plus important encore. On pense d’abord à La Compagnie qui opère uniquement la ligne Paris-New York. Corsair, pour sa part, vole sur Miami et doit ouvrir New York en juin. French bee doit inaugurer aussi ce mois de juin une même desserte entre Paris et New York. La low-cost long-courrier du groupe Dubrueil assurait par ailleurs son vol sur Tahiti via San Francisco ; l’escale technique s’effectuera désormais en Guadeloupe, à Pointe-à-Pitre, la plus grande base antillaise d’Air Caraïbes, compagnie sœur de French bee. Air Tahiti Nui est dans le même cas de figure, qui relie Paris à Papeete via Los Angeles.

Toujours au départ de France, la low-cost long-courrier Level, opérant depuis Orly sur Montréal (vols saisonniers) et New-York (Newark), peut compter sur la solidité de sa maison-mère IAG. La situation est en revanche beaucoup plus inquiétante chez Norwegian Air, déjà en difficulté. La low-cost norvégienne envisageait il y a encore trois mois d’ouvrir une nouvelle route long-courrier directe de CDG vers les États-Unis, à destination de Chicago, en plus de New York, Los Angeles, Miami-Fort Lauderdale, Orlando, Denver, San Francisco et Austin. Elle vient d’annoncer la suppression progressive de toutes ses dessertes des Etats-Unis (dont Paris) sauf Londres. Et se bat aujourd’hui pour sa survie…