Journées des Dirigeants Manor à Monaco : des débats denses et sans fioritures !

Les 26èmes journées des Dirigeants Manor se sont déroulées ce week-end à Monaco. Avec à la clé des débats sur tous les sujets chauds du moment, les conséquences de la faillite de Thomas Cook pour la profession (et l’APST), la question de la création d’une garantie suite aux disparitions d’Aigle Azur et XL Airways, le calendrier NDC chez Air France et les GDS, les discussions sur la rémunération avec la SNCF… Et en prime des réflexions sur l’avenir du réseau, et plus globalement sur le futur du secteur du voyage.

Le GIE Manor (72 licences, 320 points de vente) a organisé une journée et demi de débats intenses, dans le cadre de ses Journées des Dirigeants, au Monte-Carlo Bay Hotel & Resort. Tous les sujets d’actualité ont été abordés. Jean Korcia, président du réseau, a évoqué en introduction le septembre noir du tourisme, avec les faillites de Thomas Cook, Aigle Azur, XL Airways, Adria Airways….

- Publicité -
L’intervention de Marc Rochet, Pdg de French Bee

Sur Thomas Cook, Georges Azouze (Costa Croisières) a rappelé les énormes ardoises laissées aux TO en France. Charles-Hélion de Villeneuve (Austral Lagons – Le Monde à la Carte) a fait le même constat tout en notant que l’évolution des ventes était plutôt favorable depuis septembre, «d’autres réseaux (ayant) compensé la perte de Thomas Cook». René-Marc Chikli (SETO) a souligné l’impact très important à la fois pour les agences de voyages, les tour-opérateurs et les hôteliers.

Sur Aigle Azur et XL Airways, Manor soutient les démarches des Entreprises du Voyage pour faire avancer l’idée d’une garantie mis en œuvre en cas de défaillance d’une compagnie aérienne. Jean-Pierre Mas, le président des EDV, estime qu’une telle garantie n’est peut-être pas la solution idéale, mais elle est nécessaire à défaut d’une autre «car la situation ne peut pas durer». Et il a ajouté qu’une fenêtre venait de s’ouvrir en Europe avec la nouvelle réglementation européenne.

Zoran Jelkic n’est pas favorable à une telle garantie. «Elle va favoriser les compagnies fragiles au détriment des compagnies les plus solides. Il faut surtout mieux contrôler», souligne le directeur général France d’Air France-KLM, préconisant plutôt une assurance volontaire du client. Marc Rochet est sur la même ligne. Le Pdg de French Bee a rappelé les conditions drastiques pour créer une compagnie, noté que les outils de contrôle existaient mais que ni IATA ni surtout la DGAC n’avaient su anticiper les difficultés déjà anciennes d’Aigle Azur et XL Airways. Et l’ancien président d’Air Caraïbes de souligner l’influence très néfaste du CIRI. Arnaud Visbecq a profité du débat pour annoncer que Présence Assistance Tourisme allait proposer une telle assurance optionnelle d’ici la fin du mois, qui devrait coûter 3,5€ par dossier (aller-retour) et par compagnie aérienne.

Le sujet suivant concernait la SNCF. Olivier Pinna, directeur du marché Affaires, Entreprises et Agences de Voyages au sein de la compagnie ferroviaire a d’abord indiqué que «les ventes en agence de voyages avaient augmenté de 18% depuis le début de l’année», puis rappelé que la SNCF était sur le point de trouver un accord équilibré avec les EDV. Jean-Pierre Mas a souligné qu’une baisse limitée de la rémunération des agences était dans les tuyaux, avec une place plus importante consacrée aux accords bilatéraux. «Et Manor en bon négociateur devrait tirer son épingle du jeu» a-t-il ajouté.

Mot de bienvenue de Jean Korcia, le président de Manor, dans le cadre de la soirée de gala Amadeus au salon Empire du Grand Hôtel de Paris

Plusieurs participants ont par ailleurs regretté que les agences ne puissent toujours pas réserver Ouigo, la SNCF rappelant que cela nécessitait d’importants développements technologiques.

Un débat animé a porté sur la norme NDC. Différents intervenants ont convenu qu’il s’agissait d’un réel progrès. Mais cette offre permettant le recours à davantage de services ancillaires et offres corporate va mettre plus de temps que prévu à être opérationnelle.

Stéphane Durand, qui vient de reprendre les fonctions de Georges Rudas dont la présidence d’Amadeus France SAS, a rappelé la récente intégration d’un contenu NDC au sein de Selling Platform Connect. «La solution technologique est prête (…). Aujourd’hui, une dizaine de compagnies aériennes ont signé avec nous des accords NDC. Et nous sommes en pleine négociation avec Air France». Mélanie Bestard a confirmé de son côté que la technologie était prête sur Sabre, même s’il reste des zones d’ombres sur la partie commerciale.

Zoran Jelkic (Air France) a pour sa part noté que la norme NDC est une vraie rupture technologique, et que certains projets sont très avancés – y compris avec l’un des adhérents Manor, Amplitudes – et devraient aboutir dès avril prochain. José Martinez (Amplitudes) a constaté que l’on s’était «tous un peu endormi, GDS, SBT… La technologie vient nous disrupter. Les trois ou quatre prochaines années seront décisives pour la décennie suivante».

Au cours des débats a aussi été abordée la question de la propriété du PNR, des datas… «Chacun pense que le client lui appartient, qu’il s’agisse du distributeur, du producteur ou du fournisseur», constate Grégory Mavoian (Globeo Travel), rappelant que la cœur du métier était d’abord la connaissance du client, de ses goûts et habitudes…

Serge Papin et François-Xavier Izenic

François-Xavier Izenic, l’animateur des débats, a ensuite fait le point sur les nouveaux acteurs qui attaquent le marché du tourisme, et notamment le voyage d’affaires. Certaines jeunes pousses disposent de moyens très importants, dont WTMC, TripActions, TravelPerk, TravelBank et Rocketrip, voire les françaises Fairjungle et Supertripper. Mais leur force de frappe n’est en rien comparable à celle considérable des GAFA, lesquelles s’inscrivent dans une logique de plateforme et misent toujours plus sur l’aérien, le voyage et le loisir, en attendant probablement le moment opportun pour s’attaquer au voyage d’affaires.

Manor a eu aussi la bonne idée d’inviter Serge Papin à parler de l’évolution de la distribution aujourd’hui. L’ancien patron de Système U a rappelé qu’il fallait se singulariser par la marque, porter des valeurs, se fixer une ambition. «Quelle vision avez-vous de Manor en 2030 ?» a-t-il ainsi interpellé les adhérents du réseau. Avec de conclure sur un conseil : «On ne peut pas tout faire, il faut choisir son terrain de jeu….puis augmenter son niveau de jeu !».