Corsair, Air Caraïbes, Air France : des actionnariats en pleine recomposition

Le pavillon aérien français joue sa survie. Les compagnies s’emploient ainsi, aujourd’hui, à renforcer leurs actionnariats et leurs fonds propres, qu’il s’agisse de Corsair avec des entrepreneurs antillais, du Groupe Dubreuil Aero avec la CMA-CGM, ou encore d’Air France-KLM avec les États français et néerlandais.

Les «petites» compagnies aériennes françaises risquent d’être les grandes perdantes de la crise actuelle. Et l’hiver prochain s’annonce comme la saison de tous les dangers. L’activité redémarre très lentement, elles ont des coûts fixes élevés et souvent peu de trésorerie. Et le volontarisme de leurs actionnaires, bien souvent, ne suffit pas. L’État français voulait bien aider Corsair à condition que ses actionnaires fassent leur «part du chemin». Or, il était criant qu’Intro Aviation (53% du capital) manquait de surface financière pour recapitaliser le transporteur aérien. Pour rappel, ce groupe d’aviation privé allemand a racheté l’an dernier Corsair au géant allemand du tourisme TUI (désormais actionnaire à hauteur de 27%, les collaborateurs de la compagnie détenant les 20% restants). Et il est encore moins évident de trouver un nouveau partenaire par les temps qui courent.

Corsair pourrait finalement être reprise par des entrepreneurs antillais, selon le magazine Challenges qui parle d’un attelage original comprenant aussi le département de la Guadeloupe. Ce dernier, pas davantage que le Conseil régional, n’a toutefois confirmé son implication dans le dossier probablement encore loin d’être bouclé. L’État en revanche, convaincu que Corsair joue un rôle vital pour l’Outre-Mer, aurait confirmé son appui à ce plan de reprise.

Rachat de 30% du capital de Groupe Dubreuil Aero par CMA CGM

La Tribune a par ailleurs annoncé que l’armateur CMA CGM allait prendre une participation de 30% dans le capital de Groupe Dubreuil Aero, le pôle aérien du groupe vendéen, comprenant Air Caraïbes Atlantique (long-courrier), Air Caraïbes régional (arc antillais) et French bee (low-cost long-courrier). La prise de participation est liée à une augmentation de capital de 50 millions d’euros, selon le journal économique.

Il est aussi question aujourd’hui de recomposition actionnariale pour Air France. La compagnie française a obtenu sept milliards d’euros de prêts par l’État français. Et les Pays-Bas ont fait de même pour KLM en garantissant 3,4 milliards de prêts (en direct ou via un pool bancaire). Ces aides permettront « de tenir moins de 12 mois », selon Ben Smith, le directeur général du groupe franco-néerlandais, qui a indiqué que des discussions étaient déjà en cours avec les actionnaires sur la manière de renforcer le bilan. Wopke Hoekstra, le ministre néerlandais des Finances, a de son côté confirmé récemment être prêt à discuter d’une éventuelle recapitalisation du groupe. Aujourd’hui, la France détient 14,3% du capital de l’entreprise, les Pays-Bas 14%.

Le soutien essentiel des territoires

La question de la solidité de l’actionnariat se pose aussi pour d’autres compagnies aériennes. Air Austral est pour sa part adossé à l’île de la Réunion, son capital étant détenu à 86,97% par une société d’économie mixte holding, la Sematra, elle-même contrôlée à 85% par la Région et le département de La Réunion. La compagnie a ainsi pu s’assurer un financement, soit un prêt d’actionnaire de la Sematra (pour 30 millions d’euros) et un Prêt Garanti par l’État français d’un montant de 56 millions d’euros.

L’importance de certaines compagnies aériennes est énorme pour l’activité économique – et notamment touristique – des territoires, comme Air Corsica pour la Corse (son actionnaire majoritaire est la Collectivité de Corse) et Air Calin pour la Nouvelle-Calédonie, ou encore Air Tahiti Tui pour la Polynésie française : elle transporte à elle seule la moitié des touristes. Et on a pu entendre cet été des échanges autour du statut de cette dernière, la compagnie polynésienne souhaitant être classée comme entreprise stratégique, et obtenir un prêt direct par l’État (à l’instar d’Air France), voire une prise de participation de celui-ci.

D’autres compagnies s’appuient en revanche sur un actionnariat privé. ASL Airlines France est la filiale du groupe irlandais ASL Aviation Holdings DAC. La Compagnie Boutique Airline compte pour sa part une quarantaine d’actionnaires, des hommes d’affaires et familles surtout, dont Charles Beigbeder, Cogepa, Michel Cicurel, le groupe belge SPDG et, le plus important d’entre eux, Motier, la holding de la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette (20%). S’ils ont lâché XL Airways l’automne dernier, ces actionnaires n’ont en revanche jamais cessé de réaffirmer leur volonté de soutenir La Compagnie, laquelle a obtenu un prêt bancaire garanti par l’État de 10 millions d’euros.