Covid-19 – Les compagnies aériennes n’ont pas fini d’en baver

Des dizaines de milliers d’emplois ont été supprimés ou sont menacés alors que les plus grandes compagnies aériennes du monde doivent faire face aux conséquences de la pandémie de coronavirus.

- Publicité -

Il est aujourd’hui très difficile d’estimer le nombre d’emplois perdus chez les transporteurs du monde entier. Les différents calendriers et la diversité des mesures adoptées (congés sans solde, retraites anticipées,réductions de salaires ou encore les licenciements secs) ne permettent pas encore de chiffrer de façon précise ces pertes d’emplois. La seule certitude, c’est que la majorité des transporteurs a mis en oeuvre des réductions d’emplois touchant une part importante de leur personnel.

Alors que les cas de coronavirus ne cessent d’augmenter dans le monde et que la reprise d’une activité à taux plein n’est pas attendue avant 2 ou 3 ans, il apparaît certain qu’aucune compagnie aérienne ne pourra faire l’impasse sur la réduction des coûts de personnel.

Et des coupes franches sont déjà à l’ordre du jour. Le président d’Emirates Airline, Tim Clark, a déclaré à BBC World News le 11 juillet que « probablement jusqu’à 15 % » des effectifs de la compagnie seraient réduits en raison de la crise du coronavirus. Cela équivaut à environ 9 000 emplois sur les 60 000 que compte Emirates Airline, et représente une augmentation par rapport aux 6 000 postes que la compagnie prévoyait de supprimer.

En mai dernier, Qatar Airways, un autre opérateur du Moyen-Orient, a également annoncé des suppressions d’emplois touchant jusqu’à 9 000 postes – soit environ un cinquième de ses 45 000 employés – tandis qu’Etihad a licencié « des centaines » de personnes.

Mais c’est en Amérique du Nord que les exemples les plus frappants de suppression d’emplois apparaissent. United Airlines a averti début juillet que 36 000 employés, soit 45 % de son personnel total, risquent de perdre leur emploi alors que le transporteur a réduit ses activités.

D’autres transporteurs aux États-Unis ont jusqu’à présent été moins explicites quant à leurs plans de suppression d’emplois, mais la plupart ont laissé entendre que le pire était encore à venir. Des dizaines de milliers de membres du personnel d’Alaska Airlines, d’American Airlines, de Delta Air Lines, de JetBlue Airways et de Southwest Airlines ont pris des congés sans solde ces derniers mois ou ont participé à d’autres programmes de réduction des coûts.

Mais l’augmentation des cas de coronavirus dans le pays et l’expiration en octobre de la loi fédérale CARES – qui accordait un soutien salarial au secteur tout en imposant le maintien des employés – font que ces postes et d’autres encore sont menacés jusqu’au quatrième trimestre.

Au Canada, WestJet a annoncé le 24 juin que 3 000 emplois supplémentaires allaient être supprimés, ce qui laissera à l’opérateur environ 5 000 employés sur un effectif de 14 000 avant l’apparition du coronavirus. Air Canada a déjà supprimé environ 20 000 postes, soit 60 % de ses effectifs avant l’apparition du virus, sur une base temporaire.

En Amérique latine, les transporteurs sont parmi les plus touchés au monde, car les gouvernements ont largement refusé de renflouer les opérateurs. En conséquence, des milliers d’emplois sont menacés, les compagnies aériennes étant rapidement à court de liquidités. Parmi les nombreuses conséquences de cette situation désastreuse, Aeromexico, Avianca et LATAM Airlines ont toutes demandé la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites aux États-Unis.

En Europe, alors que l’on s’approche de la fin des programmes de soutien, la situation est également tendue. Air France (qui a bénéficié d’un plan de renflouement de la part du gouvernement) a déclaré le 4 juillet qu’elle devra supprimer 6 560 emplois d’ici la fin de 2022 de son effectif actuel de 41 000 personnes, dont 7 600 postes lorsque l’unité régionale Hop sera ajoutée à l’équation. De son côté, le groupe Lufthansa a indiqué le 7 juillet qu’il a toujours un « excédent de personnel d’au moins 22 000 postes à plein temps » et a appelé les syndicats et autres organismes représentant les employés à se mettre d’accord sur des « mesures liées à la crise » pour éviter les licenciements « dans la mesure du possible« . Le groupe basé en Allemagne comptait plus de 135 000 employés au moment de la crise. Il a également accepté une aide financière importante de l’État pour survivre au ralentissement économique.

British Airways, quant à elle, mène des consultations sur la suppression de 12 000 emplois et la révision à la baisse des conditions de travail d’environ 35 000 employés. La compagnie nationale britannique employait environ 45 000 personnes au moment de l’apparition de la crise sanitaire. L’opérateur concurrent Virgin Atlantic a annoncé, en mai dernier, qu’il supprimait 3 500 postes – soit environ un tiers de ses effectifs. 

Fin avril, la compagnie aérienne scandinave SAS a déclaré que 5 000 de ses employés, sur un total de 11 000 étaient définitivement licenciés. Fin mars, TAP Air Portugal a licencié « temporairement » 90 % de ses effectifs, soit environ 14 000 personnes. A la mi-mars, c’est Norwegian qui a suspendu la majorité de ses services et licencié 7 300 employés – soit environ 90 % de ses effectifs.

Parmi les plus grands opérateurs européens à bas coûts, Ryanair vise à éviter de supprimer 3 000 emplois de ses quelque 19 000 salariés en renégociant les contrats avec les pilotes et les équipages, tandis qu’EasyJet a déclaré fin mai qu’elle prévoyait de supprimer environ 30 % de ses effectifs, soit quelque 4 500 emplois.

En Australie, la compagnie nationale Qantas a annoncé fin juin que la restructuration du groupe impliquera le licenciement de 6 000 postes dans l’ensemble de l’entreprise. Qantas continuera également à « licencier » 15 000 personnes supplémentaires, dont la plupart sont associées aux opérations internationales, jusqu’à ce que les vols reprennent. Le groupe comptait un peu plus de 30 000 employés au début de la crise.

Chez les transporteurs asiatiques, comme le détaille le site flightglobal.com, les annonces de suppressions d’emplois ont été moins nombreuses, les principaux acteurs, dont Singapore Airlines et Cathay Pacific, déclarant qu’ils cherchent à éviter les licenciements obligatoires pour l’instant en adoptant d’autres mesures d’économie, comme les congés sans solde et les réductions temporaires de salaire. Dans ces cas et dans d’autres, les transporteurs de la région ont été aidés par les gouvernements qui ont apporté leur soutien aux compagnies aériennes.

En effet, d’autres grands transporteurs de la région, dont ANA, China Airlines, Garuda Indonesia, Japan Airlines, Korean Air et Malaysia Airlines, ont également introduit des mesures visant à réduire les coûts liés à l’emploi, mais n’ont pas annoncé la suppression d’emplois comme c’est le cas ailleurs.

Il en va de même en Inde, où des transporteurs comme Air India, IndiGo et SpiceJet ont jusqu’à présent opté pour des mesures comprenant des réductions de salaire et des congés sans solde, plutôt que de licencier du personnel.

En Chine continentale, les grands opérateurs, dont Air China, China Eastern, China Southern et HNA Group, n’ont pas rendu publiques leurs réductions d’effectifs.

Enfin en Afrique, le plus gros transporteur du continent, Ethiopian Airlines a tenu à démentir les rumeurs faisant état de nombreux licenciements à venir. Quant à South African Airways dont la situation économique est précaire depuis bien avant la crise sanitaire, elle est en cours de restructuration et prévoit de poursuivre ses activités avec seulement 1000 employés contre près de 5000 en mars dernier.