Covid-19 ou l’itinéraire bousculé d’un voyageur d’affaires fréquent

Quelle est aujourd’hui la réalité des déplacements professionnels, dans le contexte de crise sanitaire, pour le responsable et les collaborateurs d’une PME française, surtout lorsque celle-ci travaille beaucoup avec l’étranger ? Quid du recours à la visio, de l’évolution de la politique voyage, du choix de ne pas passer par un professionnel pour gérer les voyages d’affaires ? Éléments de réponse avec Thierry Bœglin, le directeur et co-fondateur de Poseidon.

Poseidon est une PME d’une vingtaine de personnes, créée en 1998 à Boulogne-Billancourt. Aujourd’hui business unit du groupe Maytronics, elle a développé un dispositif de détection de noyade en piscine publique. Elle propose également, depuis peu, un outil visant à mesurer la distanciation physique entre nageurs dans les piscines. Thierry Bœglin voyageait très régulièrement pour son travail avant la crise sanitaire. Objectif, développer l’entreprise à l’étranger, en Europe et notamment dans les pays scandinaves, aux Etats-Unis et depuis une dizaine d’années en Asie. « Ce dernier continent est aujourd’hui notre priorité car la pratique de la nage y est moins développée. Un contrat avec Singapour porte à lui seul sur l’équipement des 26 bassins olympiques du pays».

Ces vingt dernières années, le directeur de Poseidon aura ainsi sillonné les quatre coins de la planète, de manière intense. « J’ai le statut Flying Blue Platinum For Life et suis membre d’autres programmes de fidélité. J’utilise aussi les low-costs« . A-t-il pu néanmoins voyager depuis mars 2020 ? « Je n’ai effectué que deux ou trois déplacements professionnels, et uniquement en Europe. J’ai annulé un certain nombre de voyages programmés avant la crise, sur des destinations où il est toujours difficile de se rendre, tels le Canada et l’Asie».

Faudra-t-il être vacciné pour voyager ? « C’est la vraie question à se poser dans les mois à venir. J’avais des réunions régulières en Israël où est basé le siège de Maytronics. Aujourd’hui, je suis convaincu de ne pas pouvoir me rendre là-bas avant d’avoir été vacciné. La politique du groupe, c’est veiller à la santé des collaborateurs et être exemplaire. Pas question d’invoquer un mobile impérieux pour faire du business. Et il faudra probablement présenter un sésame pour prouver qu’on a bien été vacciné, pour se rendre dans un certain nombre d’autres pays hors d’Europe, quand les frontières rouvriront».

Avec la pandémie, une partie des échanges avec ses clients a par ailleurs basculé en virtuel. « On utilisait la visio depuis au moins quatre ans, pour les réunions internes surtout. Nos clients en revanche n’étaient pas trop outillés et réceptifs, et pouvaient même être réfractaires à l’idée d’échanger sous cette forme. Depuis le début de la crise, nous avons fait l’acquisition de quelques outils afin de gagner en « efficacité visio ». Aujourd’hui, je constate que cela marche très bien pour assurer le suivi client ou dans le cadre d’un premier contact avec un prospect. » (…). Et pour les refresh formations, au lieu d’aller voir le client trois fois par an, nous n’irons dorénavant qu’une fois si tout va bien, éventuellement deux s’il y a un petit souçi. Mais pas davantage».

Objectif après la crise, une baisse de 20 à 25% des dépenses de voyages

Compliqué en revanche d’aller plus loin en distanciel avec un prospect, une fois communiquées toutes les informations et qu’on se rapproche d’un accord. « Il faut alors se voir, faire visiter des sites déjà équipés…. On arrive à la limite de la visio». Et Thierry Bœglin de rappeler qu’une relation de confiance se gagne dans la durée, qu’elle passe par la rencontre avec l’autre, qu’un contrat est souvent le fruit d’un long travail. « Les premiers contacts avec le gouvernement de Singapour datent de 2003 et la signature de 2017…». Dès que les conditions sanitaires seront remplis et que les frontières rouvriront, il ira d’ailleurs voir rapidement son client singapourien.

Pour le directeur de Poseidon, aucun doute que son entreprise s’est engagée dans une baisse durable des dépenses de voyages, avec comme objectif leur diminution de 20 à 25% par rapport à celles antérieures à la crise. « Mais cela dépendra aussi des futures politiques tarifaires dans le secteur du transport. Nous utiliserons peut-être davantage encore la visio si les prix des billets d’avion s’envolent». Pas de changements prévus en revanche dans la manière de voyager. « Nous avons fixé aux collaborateurs des consignes, des plafonds… Mais nous voyagions déjà très exceptionnellement en business». En revanche, les questions environnementales l’interpellent davantage aujourd’hui, d’autant que les pays scandinaves y sont particulièrement sensibles. « Sur ce point, je n’ai pas toutes les réponses. Nous n’allons pas aller au Danemark en train, il faut aussi être pragmatique. Pour un voyage en France en revanche, il faut autant que possible privilégier le rail, pour des questions environnementales mais aussi d’efficacité. Même si la low-cost est parfois moins cher que le TGV…».

« Une agence, une TMC ? J’ai plus vite fait de trouver seul la solution qu’il me faut »

Comme beaucoup de PME, Poseidon ne travaille pas avec une agence de voyages ou une TMC. Thierry Bœglin gère lui-même ses déplacements, en direct. « Il existe des outils formidables aujourd’hui tel Google Flight, permettant de trouver les bons compromis entre horaires, connections et prix. Ensuite, peu importe la compagnie, l’alliance, le mode de transport… Pourquoi ne pas d’ailleurs combiner train et avion quand c’est possible…». Au niveau hébergement, le directeur de Poseidon privilégie les hôtels du groupe Accor, quelle que soit l’endroit du monde il va. L’assurance d’éviter toute mauvaise surprise, dit-il.

Poseidon a pourtant travaillé avec une agence entre 1995 et 2005. « J’avais un interlocuteur privilégié, qui connaissait mes besoins. Mais le temps qu’il fasse les recherches et revienne vers moi, j’avais plus vite fait de trouver la solution tout seul, en allant sur les bons moteurs». Thierry Bœglin ne pense pas non plus que l’agence lui permettait de réaliser des économies. « Sur un Paris-Oslo je ne suis pas sûr qu’elle va me proposer une low-cost même si celle-ci est vraiment moins chère. Et j’ai pu constater certaines aberrations dans les politiques voyage de notre maison-mère Maytronics, qui travaille avec une agence. Je m’interroge quand je vois certains collègues qui viennent nous voir ici à Boulogne, en provenance d’Israël, et qui passent par Istanbul plutôt que de prendre un vol direct, tout ça pour gagner 30 euros. Être efficace, c’est trouver les bons horaires et aussi permettre d’éviter les escales dans la mesure du possible…».