Covid-19, quel rôle pour l’OACI ?

Jean-Louis Baroux est un acteur reconnu du monde des compagnies aériennes et créateur du World Air Transport Forum et de l’APG World Connect. Cette semaine, il revient sur l’importance et le rôle majeur de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), son action essentielle, dans le contexte de l’épidémie de coronavirus.

Le transport aérien se meurt, non pas à petit feu, mais à grande allure. Il est globalement à l’arrêt depuis plus de deux mois et personne ne peut avancer une date de reprise de l’activité. Il est à craindre que lorsque celle-ci sera connue, nombre de compagnies auront disparu, et ce ne sera bon pour personne et d’abord pas pour l’économie en général.

Le mal vient de ce que les États ont pris la main sur le transport aérien alors qu’il était jusque-là géré par les organismes internationaux, les gouvernements se contentant, si l’on peut dire, de gérer leur propre espace aérien et les droits de trafic afférents. Seulement on n’entend quasiment plus la voix des gestionnaires traditionnels que sont l’OACI et l’OMS. Ils sont en charge la coordination de la santé et du transport aérien international et c’est au fond d’eux que dépend la reprise de l’activité.

L’OACI
C’est l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale, en anglais ICAO. Cet organisme est le vrai gestionnaire du transport aérien. Il a été créé suite à la Convention de Chicago en novembre 1944. Il a en charge d’édicter les règles qui permettent à ce secteur d’activité de fonctionner de manière fluide et totalement sécurisée. Il est composé de délégués des États qui envoient auprès de lui des représentants ayant rang d’Ambassadeurs . Ce n’est pas rien.

Pour exercer son autorité, il fait appel aux organismes gestionnaires du transport aérien de chacun des 193 pays signataires de la Convention. En France ce rôle est dévolu à la DGAC. Ces mêmes organismes nationaux sont contrôlés par sept bureaux régionaux de l’OACI basés à Bangkok, Le Caire, Dakar, Lima, Mexico, Nairobi et Paris.

Autant dire que cette organisation dispose du vrai pouvoir quant à la mise en opération du transport aérien. Et cela a très bien fonctionné jusqu’à présent. Sous son impulsion, le transport aérien est devenu de plus en plus sûr et de plus en plus puissant. En fait sa force consiste à pouvoir « Black Lister » toutes les compagnies d’un pays qui ne respecte pas les règles édictée par l’OACI. Cette capacité est suffisamment dissuasive pour que tout le monde se soumette à ses décisions.

Seulement depuis l’arrivée malencontreuse du Covid 19, on n’entend pas beaucoup la voix de l’OACI. Or elle est nécessaire, voire déterminante pour la remise en route de l’activité. En effet le transport aérien ne peut pas se satisfaire des décisions de chaque État si elles ne sont pas coordonnées et compatibles avec celles des autres États. Il est donc urgent que l’OACI édicte des règles sanitaires communes permettant les nouveaux échanges entre les pays.

Faut-il ou non des masques et si oui où : dans les aérogares, dans les avions ? Doit-on maintenir la distanciation entre les passagers ? Faut-il tester les clients et si oui quand et où ? Comment assurer la décontamination des lieux de passage ? La crainte est que si chaque État apporte sa propre réponse, celle-ci ne soit pas acceptée par les autres et qu’il faille une négociation pays par pays pour démarrer les exploitations. On voit bien que cela peut prendre un temps infini, sans assurance du résultat, chaque équipe de fonctionnaires nationaux voulant imposer sa propre manière de voir.

L’action de l’OACI est donc essentielle. Elle peut et doit sans doute être coordonnée avec les pratiques recommandées par l’OMS. Or que ce soit l’OMS ou l’OACI, aucune de ces institutions ne propose des directives, uniquement des recommandations. C’est totalement insuffisant car cela ne résout pas la coordination entre les aviations civiles des États. On peut alors voir un pays exiger un test de dépistage du Covid 19 alors qu’un autre État ne le fera pas. Alors aucune liaison aérienne ne pourra se faire entre ces pays. Et de crainte de se trouver en « quarantaine » de 14 jours, les clients ne prendront pas le risque de voyager.

Voilà pourquoi l’OACI ne doit plus émettre des recommandations, mais des directives qui seront alors appliquées par les Aviations Civiles des États membres. Ainsi tous seront amenés à mettre en œuvre les mêmes mesures sanitaires et le transport aérien pourra redémarrer.

Les compagnies sont prêtes, elles n’attendent que le feu vert des autorités, lesquelles attendent celles des autres pays pour se prononcer. A ce petit jeu, il ne se passe plus rien. L’incertitude règne et ni les clients, ni les agents de voyages, ni les aéroports et ni les transporteurs ne savent sur quel pied danser.

Il est plus qu’urgent de sortir de cette ambiguïté.