Edito – Troisième confinement ? Mais quand le premier a-t-il pris fin ?

Quand Emmanuel Macron a déclaré, vendredi dernier, que le terme de « confinement » n’était pas adapté aux mesures prises dans les 16 départements placés sous surveillance, la panique s’empara de moi. C’est exactement ce que je m’étais dit, la veille au soir, lors de l’annonce desdites mesures par Jean Castex, et, considérant cette concordance de pensée -attestant du fait que les grands esprits se rencontrent, je crus, fébrilement, aux premiers symptômes d’une crise de macronisme aigüe.

J’appelai mon médecin qui, vu la gravité de la situation, accepta d’annuler une douzaine de vaccinations pour me recevoir en urgence. Diagnostic : « Non, vraiment, pas de quoi vous inquiéter, mon petit gars, vous êtes même en totale contradiction avec le chef de l’Etat. » Soulagement quant à mon indépendance d’esprit, utile dans mon job.

Quel « déconfinement » ?

Il est vrai que j’aurais pu tirer pareille conclusion moi-même avec un peu plus de sang-froid et d’attention… Que les nouvelles mesures ne changeraient à peu près rien au quotidien de 95 % des populations concernées, ça, oui, on avait remarqué mais, à la différence du Président, ce n’est pas le terme « confinement » que je trouvais inapproprié, mais celui de « troisième confinement ». Et ce n’est pas du tout pareil, c’est même l’inverse ! Premier, deuxième ou vingt-huitième rebond (du virus), oui. Troisième, ou deuxième, ou premier confinement, non. Car, pour qu’il y ait succession de confinements, il faut bien qu’ils soient entrecoupés de « déconfinements ». Et ce n’est pas le cas : depuis un an, nous sommes soumis à un seul et même confinement, dont seules les règles changent, pour se renforcer ou s’assouplir

Bien sûr, entre les différentes phases de ces 12 derniers mois, chacun a pu faire le constat de grosses disparités – l’un des points de bascule étant essentiellement l’ouverture, ou non, des établissements scolaires. Parce qu’elle bouleverse la vie de millions d’enfants et de parents. Parce que, contrairement aux autres mesures, elle ne se contente pas de mettre en sommeil un droit, elle contrevient à une obligation, emblématique de la République made in France : celle de scolariser nos enfants. Mais rouvrir les écoles ne vaut pas « déconfinement ».

Alors, évidemment, je comprends que pour des raisons de commodité, on peut, si l’on veut, ajouter un adjectif ordinal à « confinement ». Mais ce n’est pas anodin, ça pose même un sérieux problème. Car cela implique que la période estivale 2020, notamment, fut celle du « déconfinement » et que, par là même, on se résigne à une nouvelle normalité agoraphobe, paranoïaque, recluse et conséquemment anxiogène.

Souvenez-vous, l’été dernier

Souvenez-vous, l’été dernier… C’était, bien sûr, un retour à plus de liberté, une bride relâchée. Mais jusqu’où ? Ca fait un quart de siècle qu’on prétend, avec une certaine pertinence, que le monde est un village global. Et le fait de ne pouvoir s’y déplacer de hameau en hameau, fussent-ils américains ou asiatiques, ne serait pas une forme de confinement ? C’est, au contraire, bel et bien un confinement dont les limites ne sont certes pas les cloisons de notre domicile mais les frontières de notre pays. Les modalités changent, le confinement demeure.

Souvenez-vous, l’été dernier… Même dans ces lieux de sociabilité paradigmatiques que sont les bars et restaurants, on se voyait soumis à des protocoles absurdes (ce qui ne signifie pas « inadaptés », je ne sais pas, je ne suis pas épidémiologiste), dont, perso, je n’avais fait l’expérience que dans une certaine caserne de Montélimar, où je gâchai quelques mois de ma jeunesse. « Mettez votre masque-commandez votre boisson-enlevez votre masque-buvez-remettez votre masque-allez aux toilettes-enlevez votre masque-rafraichissez-vous-remettez votre masque-retournez à votre table… » Gaaaaaaarde à vous ! Fixe ! Mais ne rompez pas : confinés derrière des masques, des règles, des gestes qualifiés à raison de « barrières » – confinés, toujours.

Chanson populaire

Ainsi, à quoi, pour reprendre les éléments de langage en vigueur, ressemblerait le « quatrième » confinement, s’il devait advenir ? Une demi-jauge pour les BTS à Rennes ? La fermeture des cordonniers de l’agglomération nancéienne ? Celles des commerces de quatrième nécessité à Privas ? Le passage à un rayon de déplacement autorisé de 6,75 kilomètres ? L’exclusion des cousins au second degré du « motif familial impérieux » ? L’interdiction – même pour raisons professionnelles – de se rendre à Aix-la-Chapelle ? Les possibilités sont infinies.

C’est pourquoi il vaut mieux se poser la question « quand sera-t-on véritablement déconfiné ? » Et là, la réponse s’impose à nos esprits aussi facilement que la ritournelle d’une chanson populaire. On ne sera plus confiné quand, de nouveau, on pourra voir : des foules sentimentales, la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs, des mariages à Bamako et des amoureux qui se bécotent sur les bancs publics.