G.Bourguignon (La Phratrie) : « Nous aurons beaucoup de travail à la rentrée »

La nouvelle étape du déconfinement, ce mercredi 9 juin, concerne aussi le MICE, avec la reprise des salons et foires, et l’assouplissement de certaines règles (*). Un moment très attendu par les professionnels de l’événementiel, lesquels ont un impérieux besoin de relancer l’activité en présentiel. Quid du rythme de la reprise et des évolutions de fond dans le secteur ? Éléments de réponse avec la directrice déléguée de La Fonderie Pantin, Gaëlle Bourguignon, laquelle pilote également l’offre événementielle corporate de La Phratrie.

La Fonderie Pantin organise depuis plus de trente ans des projets événementiels de tous types : conventions, séminaires, voyages de récompenses, learning trips, roadshows et autres événements grand public. Cette entité du Groupe La Fonderie est également le vaisseau amiral d’un nouvel acteur de référence du secteur, La Phratrie, né de l’association de La Fonderie avec les agences évènementielles Happy Prod et Vista.

A quand la reprise du MICE ?
Gaëlle Bourguignon : Il y a un attentisme chez un certain nombre de nos clients. Ils ne savent pas trop ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Sur ce point, nous sommes à même de leur apporter des réponses, sur le pass sanitaire, les gestes barrières, le port du masque, les jauges… La reprise commence à se faire sentir au niveau des demandes. Et nous organisons deux gros événements en présentiel à la fin de ce mois de juin, en plein air, l’un sur une journée et l’autre sur deux jours.

Aujourd’hui, nos clients veulent réunir leurs collaborateurs. Les entreprises ont envie et besoin de se retrouver physiquement. Mais il faut compter un mois, dans le plus court des cas, entre la décision d’organiser un événement et sa tenue. Il est clair que nous aurons beaucoup de travail à la rentrée. Nombre d’entreprises ont reporté leurs événements à septembre et aux mois suivants. Et si l’on ajoute le nombre d’opérations prévues traditionnellement à cette date, nous allons être confronté à un goulot d’étranglement. Il va être difficile de trouver des lieux. Et nous avons besoin de salles plus grandes pour un même contingent, au regard des règles sanitaires. Cette contrainte aura un impact sur les prix. Mais on peut compter sur les liens tissés dans la durée avec nos prestataires pour qu’ils tiennent compte de la fragilité du secteur.

L’heure est donc à l’optimisme…
Oui en effet, d’autant plus que certains de nos clients ont des moyens conséquents pour organiser de belles opérations en présentiel, faute d’avoir pu le faire ces derniers mois. Mais nous allons néanmoins continuer à vivre un certain temps avec une épée de Damoclès, dans la crainte d’une éventuelle quatrième vague. On se doit ainsi de continuer à travailler sur deux options pour nos événements, l’une en présentiel et l’autre en digital.

La pandémie aura obligé les acteurs du MICE à s’adapter…
Ces dix-huit derniers mois nous ont poussé à travailler sous de formats plus courts, sur d’autres contenus, avec de nouveaux outils, et différemment avec nos intervenants. Il fallait en effet que les événements digitaux soient les plus conviviaux possibles. Le propre de l’événementiel reste en effet de partager une émotion commune. L’objectif des derniers mois restait donc le même, mais avec un chemin autrement plus sinueux à emprunter pour l’atteindre. La dimension voyage a également été très affectée pendant la crise. Nous avons ainsi sorti une offre baptisée « homecentive » pendant la pandémie, faute d’avoir pu organiser des voyages de récompense à l’étranger.

Vous pouvez aussi surfer sur la familiarisation aux nouveaux outils de visio…
Oui en effet. Et cela se traduit par exemple dans notre volonté de faire davantage rayonner les événements au delà d’un instant T. Le digital permet aussi d’entretenir un lien dans la durée, entre deux opérations en présentiel.

Quel est, d’après vous, l’avenir du digital dans le secteur ?
Aujourd’hui, nous avons complètement intégré le fait de se demander au préalable s’il faut organiser un événement en présentiel, en hybride ou en 100% virtuel. En octobre 2019, nous avons eu la bonne idée de racheter un spécialiste du digital, Weconext. Nous avons tout de suite mis en place des process de travail avec eux, associant leur expertise technique à la nôtre en matière de contenu, de scénographie des événements… Nous avons même monté un studio à l’agence, l’East Studio. Il est évident que certaines réunions organisées autrefois en présentiel le seront désormais en digital. Et ce dans certains cas afin de s’inscrire dans une démarche RSE. Cela fait déjà un moment en effet que les questions environnementales sont très importantes, que les entreprises demandent à leurs prestataires d’être aussi vertueux qu’elles. Cette dimension RSE est désormais un pré-requis quand on monte une recommandation.

Les événements seront par ailleurs plus « transformatifs » à l’avenir. Il faut que l’annonceur se pose les bonnes questions sur la finalité de son événement, la teneur du discours à tenir. Nous devons aller vers plus de partage, de bonnes pratiques, de nouvelles manières de parler, afin aussi de fidéliser les collaborateurs et d’attirer de nouveaux talents. Et c’est la valeur ajoutée de notre agence que d’y répondre. C’est aussi l’une des traductions de l’évolution de notre métier.

J’émettrais enfin un souhait pour l’avenir : que les clients cessent de démultiplier les appels d’offres ! Le choix de travailler avec une agence traduit une marque de confiance. On peut comprendre que deux ou trois agences soient sollicitées sur une opération. Mais être mis systématiquement en compétition avec une dizaine d’autres agences génère de grandes difficultés pour nous tous. Évoluer sur ce point serait un grand progrès.

(*) Les salons et foires sont de nouveau autorisés depuis ce mercredi 9 juin, sans contraintes jusqu’à 1000 personnes, mais avec le pass sanitaire à présenter à l’entrée pour les événements rassemblant 1 000 à 5 000 personnes. Le 30 juin enfin, les limites de jauge sont supprimées, en tenant toutefois compte des situations locales si elles sont encore très disparates ; le pass sanitaire, lui, sera en revanche toujours de rigueur au delà de 1 000 personnes.