Jean-Philippe Doyen (Sixt France) : «notre offre mobilité s’adapte aux nouveaux usages des entreprises»

Le secteur de la location de voitures traverse une passe difficile. La reprise est lente chez Sixt comme chez ses concurrents, notamment sur le segment du voyage d’affaires. Recapitalisé, le loueur entend continuer sur la voie de l’innovation et de la diversification, avec sa plateforme Sixt One et sa nouvelle offre Sixt+. Interview de Jean-Philippe Doyen, président de Sixt France.

Comment percevez-vous la santé du marché de la location de voitures en France aujourd’hui ? Comment se présente l’été ?
Jean-Philippe Doyen : Mi-juillet, d’après les dernières statistiques officielles du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), le marché de la location de voitures reprend doucement en France, depuis quelques semaines. Mais nous sommes aujourd’hui encore assez loin des niveaux enregistrés les années précédentes. Nous étions ces jours-ci à 60% de départs en moins par rapport à la même époque l’an dernier. La chute dépassait les 95% en plein milieu du confinement ! La tendance sur l’été est chaque semaine un peu plus favorable. Néanmoins, aucun acteur du secteur ne prévoit un retour au niveau d’activité qui était le sien en 2019.

Quelle est la situation financière de Sixt ?
Nous sommes dans une bien meilleure forme que certains de nos concurrents. Nous sommes entrés dans la crise dans une situation financière bien plus favorable, comme on a pu le voir avec les résultats du premier trimestre. Nous n’avons pas bénéficié d’un prêt garanti par l’État allemand ou français, car nous n’avions pas le même besoin. En revanche, nous avons sécurisé nos financements, pour pouvoir continuer à la fois à acheter nos véhicules et à investir. Nous avons levé une ligne de crédit de 1,6 milliard d’euros auprès d’un pool bancaire en Allemagne.

Quid de l’activité chez Sixt aujourd’hui, comparé à la même période l’an dernier ?
Nous faisons significativement mieux que le secteur aujourd’hui. Nous profitons d’une chute moins sévère de l’activité en Allemagne que dans d’autres marchés comme la France et l’Italie. Nous avons par ailleurs pris la décision volontariste de maintenir ouvertes de nombreuses agences pendant le confinement, bien qu’elles aient été massivement désertées durant cette période. Il a fallu, pour cela, nous organiser pour les gérer avec des effectifs réduits.

Qu’en est-il des règles sanitaires ?
Nos clients et salariés profitent aujourd’hui des mesures de protection maximales, entre respect de la distanciation physique, parois transparentes sur les comptoirs de nos agences, mises à disposition des produits désinfectants… Nous avons revu nos process, avec un nettoyage renforcé, total dans les véhicules y compris avec des aspirateurs dotés de filtres plus performants. Je rappellerais aussi que nous avions déjà fortement digitalisé le parcours client, une démarche amplifiée avec nos véhicules en libre service.

La clientèle Affaires est-elle de retour chez Sixt France ?
Nous constatons un frémissement sur ce marché, depuis ce mois de juin. Mais de nombreuses entreprises ont fortement réduit, voire gelé, leurs déplacements professionnels.

Quel est le poids de l’activité affaires chez Sixt ?
Elle représente aujourd’hui autour de 40% de notre activité. Celle-ci a été multiplié par cinq en dix ans. Ce segment se développait très fortement chez Sixt avant la crise. Nous servons une partie très importante des acteurs du CAC40 et du SBF120, et bien sûr de nombreuses TPE et PME, avec des offres adaptées. Et nous accueillons en ce moment de nouveaux clients qui viennent chez Sixt car notre entreprise prouve sa capacité à maintenir son activité de manière pérenne, à offrir un service de qualité et et à développer les partenariats.

Les loueurs de voitures ont de bonnes raisons de s’inquiéter des difficultés du transport aérien…
Certains ont des boules de cristal et ne prévoient pas de retour à la normale dans le secteur aérien avant deux ou trois ans. A quel rythme va se faire la reprise ? Quelle sera la place des nouveaux usages ? Pour nous, il est sûr que l’impact va être durable. Plus de la moitié de notre activité se fait dans les gares et aéroports, en complément d’un voyage en train ou en avion. Nos 220 agences sur tout le territoire sont surtout présentes dans les villes ,mais également dans tous les grands aéroports et gares avec des agences de taille plus importante.

Constatez-vous une évolution de la demande des entreprises ?
Nous nous attendons en effet à des modifications dans les usages. Beaucoup ont pris goût à la visioconférence. Certains excès seront corrigés. Il est sûr qu’on prendra moins l’avion pour une réunion de deux heures. Et l’activité aérienne domestique va être réduite dans une logique éco-responsable. Il faut nous préparer à ces évolutions, avoir un peu plus de véhicules dans les gares et un peu moins dans les aéroports. Et il nous faut favoriser une mobilité plus vertueuse, en lien avec les entreprises, comme on peut le constater avec la demande croissante pour des véhicules électriques et hybrides. Cette crise aura démontré l’importance de la mobilité. A nous de veiller à ce qu’elle soit plus fluide, durable et intelligente.

Êtes-vous à même de répondre à une demande de véhicules plus «propres»…
Nous sommes en avance sur le marché, et par rapport aux recommandations du législateur inscrites dans la loi LOM. Nous multiplions par cinq notre flotte de voitures électriques cette année, avec une gamme de véhicules très large. Aujourd’hui, le pourcentage de notre flotte électrique et hybride est déjà à deux chiffres. Mais les gens sont encore un peu méfiants avec ces motorisations électriques, autour surtout des questions d’autonomie. Sur l’équipement en bornes de recharge, la France est un peu en retard et doit accélérer. Il est de notre responsabilité, en tant qu’acteur de la mobilité, d’accompagner le changement des usages. Les loueurs de voitures peuvent ainsi inciter leurs clients à tester ces véhicules.

Sixt s’inscrit aussi dans une démarche d’innovation et de diversification…
Nous sommes resté très actif pendant cette crise, et avons profité de cette période de moindre activité pour accélérer encore nos innovations et nos développements. Des lancements de produits ont même vu le jour pendant cette crise. Nous avons toujours été en pointe en termes d’innovation. Et nous continuons à investir massivement, à faire travailler plusieurs centaines de développeurs.

Votre plateforme Sixt One intègre la nouvelle offre Sixt+…
Cette nouvelle offre d’abonnement est la preuve de notre capacité à continuer d’investir, y compris dans cette phase compliquée. Sixt+ correspond à une location mensuelle, très souple, facile à réserver sur son téléphone portable, pour la durée de son choix et que l’on peut arrêter quand on veut. Les gens ont moins envie de posséder un véhicule. Ils n’en ont pas forcément besoin toute l’année et veulent pouvoir changer de modèle, selon les besoins.

Lancé en Allemagne, Sixt+ arrive en France à la rentrée. Il y aura aussi une déclinaison de ce produit pour les entreprises, adapté pour mieux répondre à leurs besoins. Le service associé à la location est de toute façon différent sur le corporate. Et nos experts en mobilité sont là pour aider à optimiser les démarches au quotidien.

Sixt One est désormais « la » plateforme de la mobilité…
Sixt One permet de réserver différents types de véhicules selon son usage, une voiture de telle ou telle taille ou un véhicule utilitaire, voire un véhicule avec chauffeur (taxi, VTC) avec Sixt Ride. Notre plateforme «mobilité» offre aussi la possibilité d’avoir, de façon complètement fluide, un produit qui cumule les avantages de l’autopartage avec ceux de la location de voitures traditionnelle. Avec Sixt Share, vous pouvez ainsi prendre un véhicule en bas de chez vous, en autopartage, et le laisser dans l’une de nos agences, ou inversement, et le louer pour quelques minutes, plusieurs heures ou plusieurs jours. 

Sixt Share vient de connaître une expansion aux Pays-bas…
Ce produit révolutionnaire est adapté à une grande conurbation. Il est proposé pour l’instant dans un nombre de villes limité en Europe, une dizaine en Allemagne, et désormais sur un gros secteur aux Pays-Bas avec Rotterdam, Amsterdam et La Haye. Cela démarre très bien. Le retour des clients, de la presse et des collectivités est très bon. Et nous allons continuer à étendre cette offre partout en Europe.

Quid de la France ?
Nous développons déjà une offre en libre service dans nos propres agences, pour un certain nombre de nos clients btob souhaitant mettre un véhicule à disposition de leurs collaborateurs. Cela va continuer de se développer. Nous allons avoir de plus en plus de véhicules à disposition de nos clients en libre service dans l’Hexagone, que ce soit dans nos agences ou au sein du parc de nos clients entreprise. En revanche, il n’y a pas de projets à court terme dans de grandes villes françaises. Nous pouvons toutefois envisager un tel lancement pour 2021. La technologie est prête. Cela dépendra des discussions avec les collectivités, liées notamment à la mise à disposition des voitures dans la rue.

Les loueurs ont été exclus de la liste S1 des secteurs bénéficiant à plein du plan d’aide au tourisme initié par l’État…
Les loueurs sont très frustrés, nous avons l’impression d’être les oubliés du plan Tourisme. Nous sommes pourtant un acteur incontournable du secteur. Nous étions d’ailleurs présents dans les premiers plans. Cette situation est totalement injuste. Nous continuons à échanger sur cette question avec le gouvernement.

Dernière heure
Sixt se renforce aux États-Unis
Sixt vient de réaliser une belle opération aux États-Unis en reprenant dix concessions de la société Advantage Rent A Car, en faillite. Ces concessions sont situées dans des aéroports majeurs, à l’intérieur même des terminaux des plateformes de Boston, New York (JFK et La Guardia), New Jersey, Houston, Las Vegas, Orlando, Denver, Maui et Honolulu.

En savoir plus sur l’offre de Sixt : consulter le site www.sixt.fr