Nouveaux variants : faut-il imposer une quarantaine plus stricte ?

La quarantaine obligatoire pour les voyageurs en provenance de plusieurs pays très touchés par des variants de la Covid démarre ce samedi matin. Mais certaines questions restent toujours en suspens et interrogent sur la réelle efficacité des mesures...

Avec la menace croissante des variants sud-africains et brésiliens, le gouvernement a donc fini par durcir les mesures d’entrée sur le territoire français. Les voyageurs en provenance du Brésil, d’Argentine, du Chili et d’Afrique du Sud – auxquels s’ajoutent ceux se rendant en métropole depuis la Guyane – devront respecter un isolement de dix jours à leur arrivée en France, à compter de ce samedi matin, 24 avril. Et le non-respect de cette quarantaine sera passible d’une amende de 1 500 euros. Cette mesure s’ajoute à d’autres prises précédemment, soit toujours l’obligation de présenter à l’arrivée en France un test PCR négatif mais désormais réalisé dans les 36 heures précédant le départ, ainsi que la réalisation systématique d’un autre test après avoir débarqué à l’aéroport.

Pourquoi attendre ?

On peut légitiment se poser plusieurs questions. Pourquoi d’abord attendre jusqu’à samedi pour mettre en place cette mesure de quarantaine, au risque d’introduire encore un peu plus les variants sur notre territoire pendant cette semaine ? «Un dispositif juridique doit encore être déterminé», a expliqué Clément Beaune, le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, ce mardi matin sur Franceinfo.

Pourquoi ne pas être plus précis sur la question des passagers en provenance de ces pays avec des vols en correspondance ou effectuant le dernier tronçon par la route ou le rail ? Clément Beaune reconnait « essayer d’avoir un dispositif strict de quarantaine le plus coordonné possible au niveau européen », et de travailler à « l’élargir à d’autres pays qui sont des zones à risque« . Il a aussi rappelé que nos ressortissants avaient « un droit constitutionnel à rentrer sur notre territoire« .

Pourquoi cette liste de pays très limitée ? On sait que l’épidémie est hors de contrôle en Inde. Le pays devrait donc très rapidement être ajoutée à cette liste, même si le principal variant qui circule là-bas est le variant anglais. Quid en revanche d’autres pays à risque ? Un exemple : la Turquie, laquelle enregistre aujourd’hui le troisième plus grand nombre de cas de Covid par jour au monde (devant le Brésil!), sachant que le pays est très touché par le variant sud-africain…

Domicile vs hôtel

Pourquoi cette quarantaine se déroule-t-elle au domicile ? Elle est en effet imposée dans des hôtels agréés, à la charge du voyageur, dans de très nombreux pays, asiatiques notamment mais aussi occidentaux dont le Royaume-Uni pour les pays de sa liste rouge, avec isolement strict et plateaux repas posés devant la porte de la chambre… Une mesure ayant le mérite d’assurer un contrôle strict mais aussi un minimum de remplissage pour les hôtels d’aéroports… On peut en effet douter des mesures de contrôle de la quarantaine lorsqu’elle se déroule à domicile. Comment en effet s’assurer que le passager n’en bouge pas et n’y croise pas des tiers… Quid de la probabilité d’être contrôlé ? Ce contrôle sera-t-il uniquement effectué par téléphone ? Sachant que les forces de l’ordre ont déjà reconnu ne pas avoir les moyens d’assurer un contrôle systématique ! Et l’amende de 1 500 € (3 000 en cas de récidive) sera-t-elle suffisamment dissuasive en cas de non-respect de l’auto-confinement, alors qu’elle peut aller jusqu’à 10 000 francs suisses chez nos voisins helvétiques et 10 000 livres sterling au Royaume-Uni ?

Pourquoi pas plutôt un confinement à l’hôtel ? La période d’incubation de plusieurs jours du virus peut tromper sur la négativité du test Covid. Et certains résultats peuvent s’avérer négatif également en raison de laboratoires peu fiables, de faux tests et d’attestations retouchées. Des failles dans l’auto-isolement peuvent ainsi avoir des conséquences graves. Un récent exemple en témoigne. Une cinquantaine de passagers reliant il y a quelques jours New Delhi à Hong Kong ont été testés positifs au Covid-19. Or, tous devaient fournir les résultats d’un test négatif réalisé moins de 72 heures avant l’embarquement. Et ces cas positifs ont été enregistrés lors de la quarantaine de trois semaines dans l’hôtel où les passagers étaient soumis à l’isolement. Ce cluster peut-être constitué à bord de l’avion pourrait être lié au fait que la période d’incubation d’un variant indien est plus longue. Toujours est-il qu’on peut sérieusement penser qu’un certain nombre d’entre eux auraient été testés positifs très tardivement, voir pas du tout, s’ils s’étaient auto-isolés…