Quand le segment des « navetteurs » progresse avec le bureau flexible…

De multiples facteurs modifient le quotidien des collaborateurs et leurs déplacements professionnels, entre le développement du télétravail, la réorganisation du travail, le souhait de travailler dans un cadre plus agréable…

« Des modèles de travail nouveaux et performants, une technologie améliorée, des préférences en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et des économies pour les entreprises devraient conduire à une réduction des déplacements de nombreux profils professionnels« . Kunal Shah, Associate Partner Travel & Hospitality Leader chez ZS, explique ainsi les changements en cours et à venir dans le quotidien des « road warriors ».

Dans une contribution au magazine américain Forbes, il prévoit dans le même temps qu’un segment pourrait bien compenser partiellement cette baisse des voyageurs d’affaires, celui des « navetteurs ». On peut en effet anticiper dès à présent le caractère durable, sans en mesurer toutefois l’importance, d’un nouveau modèle de travail hybride, avec des collaborateurs présents au bureau seulement quelques jours par mois. Ceux-ci recherchent en effet une meilleure qualité de vie, des logements plus grands et moins chers. Et beaucoup ont quitté – ou aspirent à le faire dans les prochains mois – les grandes métropoles.

Certains sont présentés comme les nouveaux nomades numériques. Ces télétravailleurs estiment avoir juste besoin d’un ordinateur et d’une bonne connexion internet pour pouvoir travailler à distance ; ils sont courtisés par des agences et des pays qui leur délivrent des visas «télé-travail», entre autres avantages. D’autres s’installent dans une maison familiale ou une résidence secondaire. Beaucoup enfin déménagent et décident de s’installer dans des villes plus petites, à environ une heure de train bien souvent d’une grande métropole telles Paris, Lyon ou Marseille, mais parfois beaucoup plus loin. Un phénomène constaté également dans les autres pays occidentaux.

Pas question pour autant de renoncer à venir au bureau, surtout dans des entreprises où la nécessaire dimension créative fonctionne plus ou moins bien lors des réunions zoom et autres teams. Et l’on voit aujourd’hui des géants du numérique tel Google fixer des limites au travail à distance, expliquer que le bureau est un lieu non pas pour travailler seul devant son ordinateur mais pour se réunir, trouver des idées, faire avancer des projets… et accessoirement rompre l’isolement.

Quand les collaborateurs dorment à l’hôtel… près du bureau !

Selon de nombreux spécialistes du secteur, l’expansion du télétravail et du bureau flexible impose aussi de maintenir la cohésion des équipes et la culture d’entreprise, par le biais d’une augmentation du nombre de réunions et événements professionnels en présentiel. Ces nouvelles formes d’organisation du travail nécessitent d’adapter le bureau ou de se retrouver dans des lieux dédiés (espaces de coworking, centres d’affaires…). Certains acteurs de l’hôtellerie ont aussi pris aujourd’hui la mesure du phénomène. Selon Solenne Ojea-Devys, DG adjointe du groupe Okko Hotels, le fait que « certains urbains aient déménagé lors de cette crise nécessitera des nuitées pour ces collaborateurs télétravailleurs qui passeront deux jours par semaine ou une semaine par mois au siège de leur entreprise. D’ailleurs, nous prévoyons l’installation de casiers de stockage pour les affaires de cette clientèle particulière.”

Des entreprises de transport, tel la SNCF, regardent aussi le phénomène de près. Intéressant en effet d’observer l’évolution de la demande entre Paris et des villes situées à la périphérie de l’Ile-de-France. Orléans, par exemple, suscite l’une des plus fortes attractions chez les nouveaux convertis au charme des villes de taille moyenne. Et cela se traduit déjà très concrètement dans l’évolution du prix du mètre carré…