Tests et « quarantaines » : le casse-tête des conditions d’entrée en France

La « septaine » pour les arrivées en France en provenance de pays extra-européens et de certains DROM-COM interpelle les professionnels du voyage. Le Conseil européen du 21 janvier devrait pour sa part préciser certaines conditions aux voyages à l’intérieur même de l’espace Schengen.

Le gouvernement de Jean Castex a annoncé jeudi un durcissement des conditions d’entrée sur le territoire français dès ce lundi 18 janvier. Tous les voyageurs en provenance d’un pays hors UE, pour entrer dans l’Hexagone, devront présenter un test PCR à l’arrivée, réalisé 72 heures avant leur départ, puis s’isoler sept jours avec déclaration sur l’honneur (attestation à télécharger sur le site du ministère de l’Intérieur), et s’engager à refaire ensuite un nouveau test PCR à l’issue de celle-ci. Cette mesure concerne les Français, les détenteurs d’un titre de séjour et les extra-européens autorisés à se rendre en France pour motif impérieux. Le gouvernement a annoncé que les contrôles aux frontières seront renforcés. En revanche, l’isolement de 7 jours ou « septaine » sera volontaire, donc peu contraignante et sûrement pas toujours suivie… Pas davantage que le deuxième test PCR probablement ! A moins que des mesures de suivi plus contraignantes ne soient finalement adoptées, comme chez nos voisins allemand ou anglais par exemple.

Les passagers entre La Réunion et la métropole devront eux aussi, également dès ce lundi, présenter obligatoirement un test PCR négatif lors de leur arrivée en métropole, puis se contraindre à une septaine (recommandée…) suivi d’un test à J+7. Les mêmes mesures sont appliquées dès ce lundi aux passagers se rendant en métropole depuis Mayotte et la Guyane, et à ceux qui vont aux Antilles, avec le fort impact qu’on peut imaginer sur l’activité touristique.

Le Conseil européen du 21 janvier prochain devrait, de son côté, apporter une réponse en matière de contrôle des entrées sur le territoire français des personnes ayant effectué une correspondance dans un pays européen pour se rendre sur notre territoire, et auxquelles on ne demande pas aujourd’hui la présentation d’un test. Les mêmes mesures devraient ainsi être très probablement appliquées aux extra-européens, qu’ils se rendent en France directement ou via un autre pays européen.

Pour les voyages intra-européens, le premier ministre a indiqué qu’un cadre de coordination restait à définir. Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a notamment rappelé ce vendredi matin sur franceinfo que la France ferait des propositions dans le cadre du prochain conseil européen, afin notamment de tenir compte des « 350 000 Français qui chaque jour, traversent les frontières« .

Des règles strictes pour faire face aux variants du Covid

Lors de ce Conseil européen du 21 janvier devrait être abordé également la question des tests antigéniques pour les vols intra-européens, proposés aujourd’hui dans certains aéroports, en plus des tests PCR. Ces tests antigéniques permettent d’avoir des résultats rapides (moins d’une demi-heure) mais sont moins fiables que les tests PCR. La France se montre plus volontariste sur ce point que la plupart de ses voisins. D’autres initiatives sont également observées, dont les tests PCR par prélèvement salivaire proposés depuis quelques jours par l’aéroport de Zurich, dont les résultats sont délivrés en 5h et qui sont vendus sous forme de kits d’auto-test.

Les professionnels français du secteur du tourisme ont déjà réagi à la décision d’imposer une septaine aux passagers en provenance d’un pays extra-européen (par voie aérienne ou maritime). La décision française de durcir fortement les conditions d’entrée peuvent en effet surprendre, et s’inscrivent dans la crainte de voir se propager les nouveaux variants. Le test PCR n’est pas remis en cause, qui est désormais exigée pour l’entrée dans de très nombreux pays dont les Etats-Unis et le Canada. Beaucoup d’acteurs du secteur du transport et du tourisme pensent en revanche qu’un programme de tests systématiques devrait permettre, en contrepartie, la levée des interdictions de voyage et la suppression des quarantaines. C’est par exemple le cas d’Airlines for America (A4A), organisation rassemblant les « majors » et low-costs américaines (American, Delta, United, Southwest, JetBlue…), laquelle fait pression sur le gouvernement US pour réduire les restrictions aux voyages internationaux, tout en se montrant d’ailleurs favorable aux deux types de tests, antigénique et PCR.

L’idée du « passeport sanitaire » pour prendre l’avion progresse

L’idée même du certificat ou passeport sanitaire apparaît comme une solution intéressante pour les déplacements en avion, visant à permettre de voyager si l’on est soit vacciné, soit testé négatif. Le comité d’urgence de l’OMS s’est retrouvé dès hier jeudi, soit deux semaines plus tôt que le calendrier prévu, et pourrait recommander l’usage de certificats de vaccinations et de tests pour les déplacements internationaux. Le secteur privé n’a pas manqué lui non plus de s’emparer du sujet. Aux Etats-Unis, des sociétés informatiques – dont Microsoft, des institutions de santé et des ONG – ont formé une coalition pour mettre au point un passeport vaccinal. La compagnie aérienne Qantas a annoncé pour sa part qu’elle allait imposer le vaccin pour voler sur ses lignes internationales.

Augustin de Romanet, le Pdg d’Aéroports de Paris, estime pour sa part que l’autorisation de voyager en avion, à plus ou moins brève échéance, pourrait être conditionnée à un test négatif ou à la vaccination. Ce qui pourrait passer par la présentation d’un « passeport » ou certificat sanitaire.

Les pouvoirs publics s’y montrent pour l’instant hostiles, surtout pour des questions éthiques. Mais le besoin d’efficacité et la gravité de la situation, dans les secteurs du tourisme et des transports notamment, pourraient avoir raison des réticences en la matière.