Les deux groupes français devront verser des pénalités financières à leurs détenteurs d'obligations durables après avoir échoué à atteindre leurs objectifs de réduction d'émissions carbone pour 2025.
Air France-KLM et le groupe hôtelier Accor deviennent les premières grandes entreprises françaises à payer le prix de leur échec à respecter les objectifs climatiques liés à leurs obligations durables. En janvier 2023, Air France-KLM avait franchi une étape historique en devenant le premier transporteur aérien européen à émettre des obligations durables (sustainability-linked bonds). Le groupe avait levé un milliard d'euros, réparti en deux tranches de 500 millions d'euros chacune, avec un engagement clair : réduire de 10% ses émissions de gaz à effet de serre par tonne-kilomètre payante d'ici 2025, par rapport aux niveaux de 2019.
Deux ans plus tard, Air France-KLM n'a pas atteint cet objectif, contraint par une série de difficultés opérationnelles qui ont entravé ses efforts de décarbonation. Le groupe invoque "des vents contraires", dont des problèmes industriels avec des retards de livraison des appareils nouvelle génération plus économes en carburant, le développement de la filière SAF ou encore l'allongement de certaines routes causés par "différentes circonstances géopolitiques", notamment l'évitement du ciel Russe.
Un surcoût d'environ 7,5 millions d'euros
Dans ses résultats annuels publiés la semaine dernière, le groupe précise que les conséquences de cet échec sont clairement définies dans les termes de l'émission obligataire. Pour les obligations avec une maturité au 31 mai 2026, Air France-KLM devra verser une prime de remboursement de 750 euros par obligation. Pour les obligations avec une maturité au 31 mai 2028, le taux d'intérêt sera majoré de 0,375% par an pour les paiements des années 2027 et 2028. Selon le document, ce surcoût s'élèverait à environ 7,5 millions d'euros.
Accor : une expansion géographique qui complique l'équation carbone
En parallèle, nos confrères de Bloomberg révèle que le groupe Accor est également concerné. Le géant hôtelier, qui a lui aussi publié ses résultats annuels la semaine dernière, avait pris des engagements ambitieux lors de l'émission en novembre 2021 de son obligation durable de 700 millions d'euros, avec une échéance de 7 ans et un coupon annuel de 2,375%. Le géant français de l'hôtellerie s'était fixé deux objectifs : réduire de 15% ses émissions directes et indirectes (Scope 1 et 2) ainsi que ses émissions liées à sa chaîne de valeur (Scope 3), en prenant 2019 comme année de référence.
Aucun de ces deux objectifs n'a été atteint en 2025. Accor explique cet échec principalement par sa stratégie de croissance dans des zones géographiques où le mix énergétique reste fortement carboné, notamment en Chine et en Inde. Le coupon de l'obligation augmentera de 12,5 points de base pour chaque objectif non atteint, soit une majoration totale de 0,25%. Concrètement, ce retard entraînera une pénalité de 1,75 millions d'euros en en 2027 et 1,75 million d'euros en 2028, avec des remboursements débutant en novembre 2026.
Des leçons pour l'avenir de la finance durable
Malgré leur échec, Air France-KLM et Accor, leur trajectoire pour atteindre leurs objectifs de décarbonation à long terme, avec des cibles nettes zéro à l'horizon 2050, restent inchangées. Le groupe aérien franco-néerlandais, assure continuer à jouer "un rôle actif" dans le soutien aux objectifs de neutralité carbone de l'industrie et développe un "Plan de Transition Climatique" avec avec "des leviers tels que le renouvellement de sa flotte, l'utilisation des SAF, l'amélioration continue de ses mesures opérationnelles et modèle d’affaire." A horizon 2030, le Air France-KLM prévoit ainsi d'atteindre jusqu’à 80% d’avions de nouvelle génération dans sa flotte et souhaite incorporer jusqu'à 10% de SAF dans sa consommation totale de carburant (soit 4 points de plus que l'obligation européenne de 6%).
De son côté, Accor nous confirme continuer également ses actions, telles que la mise en œuvre d'un plan de sobriété énergétique, la collaboration étroite avec les fournisseurs pour réduire les émissions du Scope 3 et l'augmentation du nombre d'hôtels éco-certifiés. Le groupe accélère également son plan d'approvisionnement en énergie renouvelable via des Certificats d'Attributs Énergétiques (EAC). Avant de conclure : "Il s'agit de l'un des principaux leviers pour décarboner ses opérations et Accor a signé l'an dernier un accord-cadre avec un courtier en certificats d'énergie renouvelable. Ce contrat est disponible dans plus d'une centaine de pays, représentant 98 % des émissions liées à l'énergie."