Back in the USSR

Hotel Cosmos
Ambiance décontractée dans cette chambre de l'hôtel Cosmos, à Moscou, au début des années 80... (photo E. Ryabov/Sputnik)

Un intense marché noir y écoulait des produits interdits, leurs halls d'entrée grouillaient de prostituées et des agents du KGB se cachaient dans leurs chambres, alors que la plupart des citoyens russes n'étaient même pas autorisés à y pénétrer. Pourtant, ces hôtels d’URSS étaient considérés comme la crème de la crème.

Sur l’excellent site Beyond Russia, notre consœur Yekaterina Sinelschikova a publié un article (en anglais) sur les grands hôtels d’Union soviétique. Nous en reproduisons une partie ici…

Il n'y avait que quatre hôtels de classe internationale en URSS. Un certain nombre de salles étaient destinées au KGB, ses agents et ses équipements de surveillance. En dehors des étrangers, des fonctionnaires soviétiques en voyage d'affaires y ont séjourné. Mais les citoyens soviétiques ordinaires étaient toujours accueillis à la réception par un sempiternel "pas de chambres libres".

Le Rossiya

Hotel Rossya Thomas Taylor Hammond (CC BY-SA 4.0)

Sur le site de l'actuel parc Zaryadye, au centre de Moscou, se trouvait autrefois le Rossiya, un énorme hôtel de… 2 272 chambres !... qui ressemblait davantage à un gigantesque institut de recherche.

Au départ, il était prévu de construire un autre gratte-ciel de type stalinien sur le site, mais après la mort de Staline, l'idée fut abandonnée. Dans le même temps, il y avait une pénurie de chambres d'hôtel à Moscou et il a été jugé souhaitable de résoudre ce problème une bonne fois pour toute. C'est ainsi qu'en 1967, le plus grand hôtel du monde (il figure dans le Livre Guinness des records), voit le jour.

Dix ans plus tard, en 1977, le bâtiment est détruit par un incendie entre ses quatrième et le onzième étages. En cause : une cafetière électrique restée branchée. Quarante-deux personnes y ont laissé la vie. Au moment du sinistre, le comédien soviétique Arkady Raikin se produisait dans la salle de concert de l'hôtel, au rez-de-chaussée, et on lui a demandé de prolonger sa prestation de 90 minutes afin que les 2 500 spectateurs ne s'échappent pas du bâtiment et n'entravent pas les opérations de sauvetage. Alors que les étages supérieurs étaient en flammes, les spectateurs furent donc sommés de regarder le spectacle. Les médias ont gardé le silence sur la tragédie - il n'y avait qu'un court paragraphe dans le quotidien Trud qui exprimait ses condoléances aux familles des personnes défuntes.

Un grand nombre de personnalités ont séjourné dans le Rossiya après sa reconstruction, comme George Bush Senior et Mike Tyson ; de nombreux films et la première émission de téléréalité du pays y ont également été tournés. Mais l'effondrement économique du pays a également ont eu raison de l'hôtel : dans les années 1990, il a commencé à perdre de l'argent et a finalement fermé ses portes le 1er janvier 2006. Au cours des années suivantes, les autorités ont essayé sans succès de trouver l'argent nécessaire à sa rénovation et, en fin de compte, le bâtiment a tout simplement été démoli.

En lieu et place du Rossiya, la construction d'un complexe de divertissement, qui aurait été supervisé par le célèbre architecte britannique Sir Norman Foster, a été envisagé. Mais le projet n'a jamais vu le jour et le site de l'hôtel est resté vacant jusqu'en 2013, date à laquelle il a été annoncé que le parc Zaryadye y serait développé.

L'Intourist

[caption id="attachment_134888" align="alignnone" width="1300"]Hotel Intourist Valery Khristoforov/Russian Look[/caption]

Ce complexe hôtelier était situé sur la rue Tverskaya entre 1970 et 2002, à l'endroit où se trouve aujourd'hui le luxueux Ritz-Carlton Moscou. L'édifice de style moderniste d'après-guerre, d'une hauteur de 22 étages, était la plus haute structure en béton armé de la capitale à l'époque, et pendant un certain temps, un symbole du chic soviétique. Certains l'appelaient même le "Seagram de Moscou", en référence à sa ressemblance avec le Seagram Building de New York.

En fait, l'Intourist s'est très vite transformé en un centre de marché noir et de prostitution pour les détenteurs de devises fortes. Comme les clients de l'hôtel étaient des étrangers, il est devenu l'endroit où se réunissaient les fartsovshchiks - des commerçants illégaux de marchandises étrangères interdites en URSS. On pouvait y acheter, par exemple, des cigarettes Marlboro et même, luxe ultime, des sacs en plastique avec le logo du cigarettier américain ! Les Fartsovshchiks recevaient leurs marchandises soit de la main d'étrangers, soit de guides touristiques et de personnel hôtelier, qu’ils échangeaient le plus souvent contre du caviar et de la vodka mais aussi des insignes portant des symboles soviétiques ou olympiques, particulièrement populaires.

[caption id="attachment_134889" align="aligncenter" width="628"]Intourist Bar Y. Levyant/Sputnik[/caption]

Cette contrebande s’est déroulée sous l'œil vigilant du KGB, qui avait recruté du personnel de l’hôtel pour espionner les clients. C’est pourquoi les personnes qui ont obtenu un emploi à l'Intourist ont dû passer par le processus de sélection des employés de l’hôtel était aussi long et minutieux qu’il l’était pour intégrer el KGB

Le déclin de l'Intourist est survenu dans les années 2000. En 1999, le 19e étage de l'hôtel, où se trouvaient des bureaux d’entreprises a… explosé. On a considéré à l’époque que c’était l’acte de terroristes. Mais pas de quoi accabler Iouri Loujkov, alors maire de Moscou, qui avait comparé l'Intourist à une "dent pourrie" dont la ville devrait se débarrasser aussi vite que possible.

L'hôtel Ukraine

[caption id="attachment_134890" align="alignnone" width="1300"]Hotel Ukraine Ivan Denisenko/Sputnik[/caption]

Septième et dernier des gratte-ciel staliniens construits à Moscou, ainsi nommé en l'honneur du 300e anniversaire de la réunification de la Russie et de l'Ukraine. En 1957, l'Ukraine fut inauguré en grande pompe.

Bien sûr, le prestigieux hôtel de 1 026 chambres a été construit pour accueillir les étrangers. Il faisait face à la Maison-Blanche, mais, comme tous les autres hôtels de l'époque, les commodités et les services de l'Ukraine n'avaient rien d'exceptionnel. Les musiciens de rock occidental, venus au Festival de musique pour la paix de Moscou en 1989, ont tous été réunis à l’Ukraine, et ils en ont beaucoup parlé plus tard, évoquant d'immenses chambres presque dépourvues de mobilier et de papier toilette.

Pendant son séjour, David Bryan, claviériste de Bon Jovi, y est tombé par hasard sur une salle pleine de gens avec du matériel d'écoute. Quant à Tommy Lee, le batteur de Mötley Crüe, les couloirs déserts de l'hôtel lui rappelaient du film The Shining.

L'Ukraine existe toujours, mais elle a subi une transformation radicale depuis lors. Depuis 2010, c'est le 5* Radisson Royal Hotel Moscow, considéré comme l'un des meilleurs de la ville.

Le Cosmos

[caption id="attachment_134891" align="alignnone" width="1300"]Cosmos Hotel Igor Utkin/TASS[/caption]

Cet hôtel en forme de boomerang a été conçu par des architectes soviétiques et français à destination des touristes et des délégations étrangères attendus pour les Jeux Olympiques de 1980 à Moscou. Il compte 25 étages, 1 777 chambres, une salle de concert et plus de 10 restaurants - c'était une ville dans une ville, un must-go le temps d’une visite pour les Moscovites des années 1980. Mais seuls quelques chanceux ont pu y avoir accès à cette époque…

Vitrine de l’URSS, Cosmos s'est imposé comme l'hôtel le plus avancé du pays : il fut le premier à proposer une restauration de style « buffet », des cartes d'accès aux chambres et des fenêtres à double vitrage.

Après la désintégration de l'URSS, l'hôtel a ouvert ses portes à tous et même aux cinéastes : il a servi  de quartier général des Forces des Ténèbres dans les films Night Watch et Day Watch à Timur Bekmambetov. L'hôtel est toujours en activité - une chambre standard coûte 2.950 roubles (environ 42 €) la nuitée.