Alstom-Bombardier : merci l’Europe…

Alstom a officialisé ce lundi le rachat de Bombardier Transport, la filiale ferroviaire du groupe canadien, pour environ six milliards d’euros. S’il obtient le feu vert de l’autorité européenne de la Concurrence (ce qui est probable), ce rapprochement constituera une belle revanche pour l’entreprise française, laquelle deviendra le numéro deux mondial du ferroviaire. Alstom aura alors les moyens de résister au géant chinois CRRC. Une sortie par la haut pour le constructeur hexagonal, un an après le véto de la Commission européenne à sa fusion avec l’allemand Siemens.

- Publicité -

Avec du recul, on peut quand même se poser sérieusement la question : avec sa crainte obsessionnelle d’une distorsion de concurrence à l’intérieur même du marché européen, Bruxelles n’empêche-t-elle pas la constitution de champions européens, à même de lutter contre les géants américains et chinois ?

L’Europe a par exemple raté la révolution du numérique. Et elle est mal embarquée pour réussir celles de l’intelligence artificielle (IA), du Big Data et du cloud, sans oublier la 5G, toutes déjà au cœur d’une guerre ouverte entre les États-Unis et la Chine. L’exemple de l’IA est instructif. Son impact sera bientôt visible dans notre vie quotidienne, entre objets connectés, reconnaissance visuelle, voiture autonome, e-santé, optimisation de l’utilisation des ressources… Et le secteur du voyage sera bien sûr concerné par cette révolution basée sur la constitution d’énormes bases de données.

L’Europe, en voie de marginalisation, a encore une petite chance de jouer dans la cour des grands. Mais elle doit se décider à investir massivement pour rattraper son retard. Or, le Vieux Continent se focalise plutôt aujourd’hui sur les questions d’éthique, impose le RGPD pour protéger les données personnelles, s’emploie à garantir un cadre juridique en matière de protection de la vie privée. Mais difficile de fixer les règles quand on n’est pas un acteur majeur. Or, l’Europe n’investit que 4 et 5 milliards d’euros par an dans l’IA, contre une cinquantaine de milliards de dollars pour les États-Unis et une quarantaine pour la Chine…. L’explication est simple : le Vieux Continent ne dispose d’aucun champion dans les nouvelles technologies, alors que les États-Unis s’appuient sur les GAFAM (Google, Amazone, Facebook, Apple, Microsoft) et les Chinois sur les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), deux acronymes loin de rassembler l’ensemble des géants du numérique et de la téléphonie des deux pays.

Or, ces grandes firmes sont non seulement en pointe en R&D, mais elles ne cessent de racheter les jeunes pousses en devenir, y compris bien sûr les françaises et autres européennes. A l’arrivée, sur 300 Licornes, ces start-ups valorisées plus d’un milliard de dollars, la France n’en compte que cinq, l’immense majorité se trouvant – à peu près à part égales – en Chine et aux États-Unis.

Autres symboles de l’avance américaine et chinoise déjà très importante et qui ne cesse chaque jour un peu plus de se renforcer : le nombre de dépôts de brevets liés à l’IA. IBM est l’entreprise qui en a déposé le plus au monde (environ 1 800). Peut-être n’est-il plus invraisemblable de penser qu’elle équipera les vaisseaux du futur, comme l’imaginait Stanley Kubrick avec le superordinateur HAL9000 (HAL étant l’acronyme déplacé d’une lettre d’IBM), il y a un demi-siècle, dans son film 2001 L’Odyssée de l’Espace