Le Epstein Files Transparency Act continue de produire ses effets aussi délétères que spectaculaires. Cette loi, impliquant la publicité de dizaines de millions de pages de documents, photos et vidéos liés à l’affaire Epstein, par le ministère américain de la Justice touche, cette fois-ci, une figure emblématique du travel : Thomas J. Pritzker, 75 ans, président exécutif de Hyatt, et fils du fondateur du groupe (en 1957), Jay Pritzker.
Thomas J. Pritzker annonce donc son retrait avec effet immédiat de son poste de président exécutif du groupe hôtelier américain et ne se représentera pas au conseil d'administration lors de l'assemblée générale annuelle des actionnaires prévue en mai prochain. Cette décision marque la fin d'une carrière de 22 ans en tant que président exécutif et de 45 ans au service du groupe hôtelier.
Que reproche-t-on à Tom Pritzker ?
Des documents et courriels appartenant à Jeffrey Epstein montrent que Pritzker était en contact avec Epstein et sa proche associée Ghislaine Maxwell pendant plusieurs années, y compris après la condamnation d’Epstein en 2008 pour des faits de prostitution de mineures. Des échanges entre eux, des rencontres planifiées et des messages partagés figurent dans ces fichiers.
Ainsi, Pritzker et Epstein ont continué à échanger des emails et à planifier des rencontres au moins jusqu’en 2018, voire 2019. Dans certains échanges, Epstein demande de l ’aideà Pritzker pour des arrangements personnels (comme un voyage en Asie pour une proche), et Pritzker répond dans un ton amical. Avant même la récente vague de publications, Pritzker avait été nommé dans des dépôts de documents judiciaires liés à Virginia Giuffre (une des principales victimes d’Epstein), bien qu’il ait nié fermement ces allégations. Ces mentions n’ont jamais donné lieu à une charge criminelle, mais elles avaient déjà mis son nom dans le débat.
Il est important de souligner que jusqu’à présent, Thomas Pritzker n’a pas été inculpé pour des actes criminels liés à Epstein.
Succession et bilan
Dans une lettre adressée aux membres du conseil d'administration, Thomas J. Pritzker explique que la décision de son retrait s'inscrit dans une démarche de transmission responsable. "Mon travail et ma responsabilité consistent à assurer une bonne gestion. C’est important pour moi. Une bonne gestion inclut la mise en place d'une transition appropriée chez Hyatt", déclare-t-il. Le dirigeant souligne également ses regrets concernant son association passée avec Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell, précisant avoir fait preuve d'un "mauvais jugement" en maintenant des contacts avec eux.
Le conseil d'administration a nommé Mark S. Hoplamazian au poste de président du conseil d'administration avec effet immédiat. Celui-ci occupait déjà les fonctions de président-directeur général de Hyatt et cumule désormais les deux responsabilités. Richard Tuttle, président du comité de nomination et de gouvernance d'entreprise du conseil d'administration, salue le rôle de Thomas J. Pritzker dans l'expansion mondiale du groupe et affirme que Mark S. Hoplamazian, fort de près de 20 ans d'expérience en tant que directeur général, est parfaitement positionné pour poursuivre le développement à long terme de l'entreprise.
Au cours de son mandat débuté en août 2004, Thomas J. Pritzker a supervisé plusieurs transformations majeures du groupe Hyatt. L'entreprise a été introduite en bourse, a adopté un modèle économique fondé sur une stratégie dite "asset-light" visant à réduire la détention d'actifs immobiliers, et a considérablement étendu sa présence mondiale. Le groupe a également démontré sa résilience face à la crise sanitaire liée au Covid-19 et a su saisir des opportunités stratégiques, notamment avec l'acquisition d'ALG Vacations. Dans sa lettre au conseil d'administration, le dirigeant exprime sa fierté concernant l'évolution du groupe au cours des 25 dernières années et se dit confiant quant à l'avenir de l'entreprise grâce à la solidité de l'équipe dirigeante et du conseil d'administration.