Joe Biden à deux pas de la Maison Blanche

a campagne face à Hillary Clinton

Durant cette nuit française (la soirée américaine), deux nouveaux états ont rendu leur verdict : les 16 voix de grands électeurs du Michigan et les 10 voix du Wisconsin portent le total des voix de Joe Biden à 264 voix, rapprochant un peu plus le candidat démocrate de la Maison Blanche. Mais le feuilleton continue… […]

Durant cette nuit française (la soirée américaine), deux nouveaux états ont rendu leur verdict : les 16 voix de grands électeurs du Michigan et les 10 voix du Wisconsin portent le total des voix de Joe Biden à 264 voix, rapprochant un peu plus le candidat démocrate de la Maison Blanche. Mais le feuilleton continue...

D'une part, parce qu'il manque 6 voix à Joe Biden pour atteindre le seuil de victoire qui se fixe à 270. D'autre part, parce que Donald Trump a annoncé vouloir multiplier les recours. Cette guérilla judiciaire, qui se mènera au niveau des juridictions locales et qui pourrait en outre se traduire par une saisine de la Cour suprême, se justifie par des écarts très serrés. Elle a, en tout cas, plus de sens que les appels de Donald Trump à stopper les dépouillements qui n'ont, juridiquement, aucun fondement, semble-t-il.

Sur les 5 états encore incertains, les écarts entre les deux candidats sont en effet inférieurs à 1% dans 4 d'entre eux. Même la Pennsylvanie qui donnait un confortable avantage de 8 points à Donald Trump hier soir (en France) est passée sous cet étiage.

On s'approche cependant, semble-t-il, du terme d'une élection chaotique, en raison de ces résultats très serrés mais aussi de l'afflux record de votes par correspondances dans ce contexte de crise sanitaire. Il faut dire que, plus globalement, jamais autant d’Américains n’avaient participé à l’élection présidentielle depuis que les femmes ont obtenu le droit de vote, en 1920 : 160 millions d’électeurs ont voté, soit une participation estimée à 66,9 %, contre 59,2 % en 2016, selon le site United States Elections Project

Mercredi matin, aux Etats-Unis, une fois passée la déception due à des sondages très favorables qui ne se sont pas vérifiés dans les urnes, les partisans de Joe Biden sont revenus à la raison et ont fait leur compte. A défaut de vague bleue (démocrate), leur favori Joe Biden était bel et bien en "ballotage" légèrement favorable.

Ils ont fait leurs comptes, donc, mais en retenant leur souffle car l'avantage était certes léger mais, surtout, volatile puisque le décompte des votes par correspondance était toujours en cours dans 6 états. Ces votes par correspondance sont réputés plus favorables aux Démocrates. Cet avantage se révélait donc sur un instantané qui ne correspondrait pas forcément à la photo finish.

A 7h, ce jeudi 5 novembre à Paris, d'après nos calculs basés sur la carte électorale fournie par le site de France 24, la situation est la suivante :

  • Donald Trump compte 214 voix de grands électeurs sur les 270 nécessaires à la victoire. Joe Biden en compte 264.
  • 4 états en cours de dépouillement des bulletins placent Donald Trump en tête : la Pennsylvanie (20 voix), la Géorgie (16 voix), la Caroline du Nord (15 voix) et l'Alaska (3 voix). Soit une réserve potentielle de 54 voix.
  • 1 états en cours de dépouillement des bulletins placent Joe Biden en tête :  et le Nevada (6 voix). Soit une réserve potentielle de 6 voix.
  • Si chacun des deux candidats remportaient les voix qu'ils ont, pour l'heure, en réserve, Donald Trump totaliserait 268 voix et Joe Biden, 270 : Biden entrerait à la Maison Blanche.
  • Sur ces 5 états incertains, la différence entre les deux candidats est, pour l'heure, inférieure à 1% dans 4 d'entre eux - les trois voix de l'Alaska semblent promises à Donald Trump qui bénéficie d'une avance de 8 points.

Entre mardi soir et mercredi soir, l'ascenseur émotionnel des sympathisants républicains a connu la même verticale que celui des pro-Démocrates, mais dans le sens inverse : à mesure que les heures s'écoulaient, de l'euphorie de résultats inespérés au regard des sondages - notamment les victoires dans les swing states prépondérants du Texas (38 voix) et de la Floride (29), ils sont passés à une peur de perdre qui s'exprime notamment par la frénésie de tweets de leur champion à partir du mercredi matin (à Washington), multipliant les messages mettant en doute les résultats à venir et allant même jusqu'à s'auto-proclamer vainqueur du scrutin.

Une habitude pour Donald Trump : durant les primaires républicaines de 2016, il avait déjà accusé son adversaire Ted Cruz d'avoir triché après la victoire de ce dernier dans l'Iowa ; lors de sa campagne présidentielles face à Hillary Clinton, il avait encore multiplié les accusations de fraude. 

Dans ce contexte très tendu, plusieurs affrontements entre partisans des deux camps ont déjà eu lieu. Des dispositifs de barricades ont été mis en place par la police à New York ou Philadelphie. Par ailleurs, des partisans de Trump ont manifesté devant des bureaux de vote pour que le décompte des votes par correspondance cesse.

Les résultats définitifs seront connus ce jeudi matin (en France) au plus tôt, vendredi au plus tard, en vertu du délai de trois jours supplémentaires pour le dépouillement des votes par correspondance accordé par la Cour suprême à certains états, dont la Pennsylvanie. C'est, de ce point de vue, une redite de l'élection de George W. Bush face à Al Gore en 2000, dont les résultats n'avaient pas non plus être rendus publics au soir du vote. A l'époque, il avait fallu attendre plus d'un mois pour entériner la victoire de Georges W.