Covid-19 – Le vaccin Pfizer/BioNTech en 9 questions

Les laboratoires Pfizer et BioNTech ont annoncé que leur vaccin, actuellement dans sa phase ultime de test, présentait une efficacité de 90 %. Un motif d’espoir qu’on essaye ici de décrypter.

Que signifie une efficacité à 90 % ?

Pour tester ce vaccin NT162b2, Pfizer et BioNTech ont réalisé un essai dit de phase 3 auprès d’environ 40.000 participants. A la moitié d’entre eux, ils ont administré leur vaccin. L’autre moitié, le groupe témoin, a reçu un placebo. Ils ont reçu une deuxième injection, sensée booster la réponse immunitaire, trois semaines plus tard, puis ont été soumis à un test PCR une semaine après. A l’issue de ce test PCR, les personnes vaccinées ont été dix fois moins nombreuses à contracter la Covid par rapport au groupe témoin. Autrement dit, 90% des personnes vaccinées ont développé des anticorps neutralisants.

Est-ce une « bonne efficacité » ?

Excellente. A tel point que la communauté scientifique salue unanimement des résultats inespérés. A titre de comparaison, les vaccins contre la rubéole et la rougeole sont efficaces à 95 % quand les oreillons plafonnent à 75 %. C’est d’autant plus remarquable que le vaccin de la grippe ne protège qu’à 30 à 70 % alors qu’on a mis près de 30 ans à le mettre au point.

Pendant combien de temps le vaccin protège-t-il ?

Le test PCR ayant constaté la production d’anticorps a été effectué 28 jours après la première injection. On peut d’ores et déjà dire qu’il « protège » durant 28 jours. Pour le reste ? Seul le temps pourra en dire davantage.

Est-ce qu’une personne vaccinée peut transmettre la Covid ?

C’est évidemment une question cruciale… à laquelle Pfizer et BioNTech ne donnent pas de réponse. Soit le vaccin ne fait que bloquer l’apparition des symptômes de la maladie et le « vacciné » peut potentiellement la transmettre. Soit le vaccin a entre un effet stérilisant, empêchant sa transmission.  

Y a-t-il des effets secondaires ?

C’est la question de l’innocuité du vaccin. Ce qu’on peut en dire, c’est que les laboratoires indiquent n’avoir relevé aucun risque secondaire grave durant cette phase 3. Là encore, c’est le temps qui permettra d’apporter une réponse plus fiable. Si les phases 3 sont, quand l’urgence est moins évidente que dans le cas présent, longues de 3 à 5 ans, c’est que des complications, telles que le déclenchement de maladies auto-immunes, peuvent apparaître des mois, voire des années après l’inoculation du vaccin.

Quand le vaccin sera-t-il autorisé à la vente ?

Pour l’heure, les dossiers de 94 malades ont été étudiés, non pas par Pfizer, mais par une commission indépendante. L’administration américaine des médicaments Full and Drug Administration (FDA) exige de pareilles études pour quelque 70 malades supplémentaires. On parle d’une possibilité de répondre à cette demande fin novembre. Si, à ce moment-là, la FDA constate l’efficacité du vaccin, l’absence de risques secondaires, ainsi que la capacité de production à grande échelle, alors une procédure d’autorisation devrait démarrer et durer plusieurs semaines. 

Quand serait-il disponible en France ?

Avant même que le vaccin n’ait été déclaré conforme par la FDA, les groupes pharmaceutiques ont déjà lancé la production. 50 millions de doses seraient produites d’ici fin 2020 et 1,3 milliard pour l’année 2021. La difficulté n’est d’ailleurs pas tant sa production que sa conservation et sa distribution. Pour garder 100 % de son efficacité, le NT162b2 doit en effet être maintenu dans des congélateurs à -80 degrés.

Si les circuits de production et de distribution parviennent à surmonter ces obstacles, le vaccin devrait être disponible en Europe au printemps. L’Union européenne va bientôt finaliser son contrat avec Pfizer/BioNTech prévoyant 300 millions de doses. Les Etats-Unis, eux, ont déjà signé un contrat de 1,95 milliard de dollars pour la livraison de 100 millions de doses pour vacciner les personnes les plus vulnérables avant la fin de l’année. 

Un vaccin peut-il conduire à une immunité collective ?

Cette question est évidemment liée aux effets stérilisants du vaccin. Si le vaccin n’a pas d’effet stérilisant, une stratégie d’immunisation collective n’est pas possible. Dans ce cas, il faudrait vacciner de manière ciblée les personnes les plus fragiles.

En revanche, s’il bloque la transmission, le Conseil scientifique estimait dans un rapport de juillet dernier, que, s’agissant de la Covid-19, « une immunité de groupe pourrait être obtenue par la protection (la vaccination, ndlr) de 43-49 % de la population ».

Peut-on obliger les gens à se vacciner ?

Cette question prend tout son sens dans le cas d’un vaccin aux effets stérilisants puisqu’une telle option relèverait de la santé publique et non, uniquement, individuelle. Dans un contexte d’état d’urgence sanitaire, on pourrait l’envisager. Mais, en dépit de la gravité de la pandémie, ses effets ne sont pas assez dévastateurs pour qu’il y ait une assurance d’un fondement juridique à la mise en place d’une telle obligation. En termes politiques, là il y a une certitude : ce serait hautement risqué.

La question est importante car, selon un sondage Ipsos réalisé en août dans 27 pays, 41% des Français déclaraient ne pas avoir l’intention de se faire vacciner lorsque un vaccin anti-Covid serait disponible. Contre 33% des Allemands, des Italiens ou des Américains. Et 3% des Chinois ! La France faisant quasi jeu égal avec la Russie (47%)…