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Edito - Quand est-ce que c’est trop tard ?

Doit-on rire ou pleurer de l'incroyable spectacle offert actuellement par la vie politique française ?

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David Keller

David Keller

7 octobre 20252 min de lecture

Edito - Quand est ce que c’est trop tard ?
Edito - Quand est ce que c’est trop tard ?© Adobe Stock

On a fait le calcul : depuis le 10 juin 2024, date de l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par le chef de l’Etat, la France a été dépourvue de gouvernement pendant environ 5 mois. On l’a fait, ce calcul, après une récente conversation téléphonique avec un entrepreneur du voyage d’affaires français, dont on ressentait, jusqu’à l’autre bout du sans fil, l’humeur maussade…

J’ai trois enfants… Je ne sais pas si je vais devoir leur conseiller de partir à l’étranger s’ils veulent monter leur boîte…”, se lamentait-il, en référence au temps que l’instabilité politique faisait perdre, selon lui, à sa France chérie. On avait envie de lui remonter le moral. De plaisanter. De souligner la dimension cocasse de l’actualité du matin : un premier ministre en fonction depuis un mois qui démissionne au lendemain de la constitution de son gouvernement.

Mais non, on ne l’a pas fait. Parce que, peut-être, il n’y a pas de quoi rire.

Procrastinateurs, poltrons et sofa, adeptes du déni et de l’esquive, conscients retardataires, aveugles volontaires, autruches croupion en l’air, nous le sommes toutes et tous, un peu ou beaucoup, parfois ou souvent. Et nous le sommes en espérant que, dans l’accumulation de ces pusillanimes ajournements, on n’est pas arrivé à la limite, au point de non-retour, au moment où c’est trop tard. 

Quand est-ce que c’est trop tard ? C’est trop tard quand on se cogne. Et quand on se cogne, c’est trop tard.

Alors, en 16 mois, 5 mois de vacance du pouvoir et, le reste du temps, un pouvoir amorphe, est-ce que c’est trop tard ? Se cogne-t-on déjà à

  • la dette nationale, abyssale, dont la réduction est évidemment impossible, puisque ceux qui veulent augmenter les recettes et ceux qui veulent baisser les dépenses ne peuvent évidemment pas s’entendre,
  • l’incertitude qui pousse les ménages à épargner,
  • l’incertitude qui rend cette épargne inutile puisque les entreprises diffèrent leurs investissements (et embauches),
  • l'effritement de l’attractivité française,
  • l’absence de plans ambitieux dans les domaines qui seront les leviers de la croissance de demain, notamment - inspirez profondément : l’industrie verte de pointe, les semi-conducteurs et l’électronique de puissance, l’intelligence artificielle et les logiciels souverains, la cybersécurité et la résilience numérique, la santé, la bioproduction et la medtech, l’agroécologie, les protéines et la robotique agricole, les infrastructures énergétiques et les réseaux, l’économie circulaire et la gestion de l’eau, la mobilité décarbonée et la logistique, les technologies quantiques et le calcul haute performance… ?

 

Je vais quand même rappeler mon patron un peu déprimé du business travel. Comme vous, sur les réseaux sociaux, j’ai vu les smartbox pour “2 nuits à Matignon”, les “- Tiens, j’ai vu passer un Premier ministre - Fais un voeu !” ou les “Plus que quatre premiers ministres et c’est Noël”. Bref, y a de quoi le faire marrer.

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