La dérogation EES expire : le secteur aérien réclame un délai

Le mécanisme permettant de suspendre le système européen d'entrée-sortie aux frontières a expiré le 6 septembre, sous les protestations du secteur.

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David Keller

David Keller

8 septembre 20262 min de lecture

La dérogation EES expire : le secteur aérien réclame un délai
Many passengers wait in long queue at airport gate. People stand in line for boarding process. Travelers waiting for flight. Airport interior shows, crowded scene. Likely experiencing delay. Waiting© Adobe Stock

Le 6 septembre dernier, la dérogation au système européen d'entrée-sortie (EES) a officiellement pris fin. Ce dispositif d'exception permettait aux États membres de suspendre temporairement les contrôles biométriques lors des pics de trafic, offrant aux autorités frontalières une marge de manœuvre face aux surcharges.

Son expiration intervient sans renouvellement de la part de la Commission européenne, malgré des mois de signaux d'alarme de la part des compagnies aériennes, des aéroports, des associations de voyageurs et de plusieurs gouvernements. Pour la première fois depuis l'entrée en vigueur obligatoire de l'EES en avril 2026, les frontières européennes devront fonctionner sans filet, à l'aube des grands pics de trafic d'automne et d'hiver.

L'été comme révélateur

L'été 2026 aura servi de test grandeur nature et les résultats sont loin d'être concluants. À Cracovie, Lisbonne, Milan et Rome, les files d'attente aux postes de contrôle frontalier ont atteint deux à trois heures, impliquant des vols ratés pour certains passagers. Les causes identifiées sont multiples : bornes biométriques défaillantes, manque de personnel formé, déploiement très inégal des outils de pré-enregistrement : seules la Suède et le Portugal disposent d'une application dédiée.

C'est dans ce contexte qu'une coalition d'acteurs a multiplié les appels à Bruxelles. Neuf États membres ainsi que la Suisse ont adressé dès juillet une lettre commune pour plaider le maintien du mécanisme de suspension. L'IATA, ACI Europe et plusieurs compagnies aériennes - dont Ryanair, qui réclame une extension jusqu'en avril 2027 - ont exigé une restauration de cette flexibilité, tout en se gardant de remettre en cause le principe même des frontières numériques. L'association britannique du voyage ABTA a, elle aussi, interpellé la Commission, soulignant que le système n'est toujours pas déployé de manière uniforme sur l'ensemble des pays participants.

Bruxelles tient bon

Face à cette pression coordonnée, la Commission européenne maintient sa position. Son porte-parole a mis en avant le bilan sécuritaire du dispositif : quelque 160 millions d'enregistrements réalisés et près de 50.000 refus d'entrée prononcés en l'espace de trois cents jours d'application. Bruxelles indique être "en contact étroit et constructif avec les quelques États membres où des ajustements sont encore nécessaires à certains points de passage frontaliers", et se dit prête à fournir un appui supplémentaire.

Sur le terrain, la situation reste pourtant contrastée. Les bornes installées par Eurotunnel, le port de Douvres et Eurostar à Londres-Saint-Pancras demeurent inopérantes, en raison de problèmes techniques avec le logiciel EES développé pour les autorités françaises : les voyageurs transmanche ne subiront donc pas de changements immédiats. Mais pour les aéroports européens, l'hiver approche sans soupape officielle. Thomas Reynaert, directeur des affaires extérieures de l'IATA, a résumé l'enjeu dans les colonnes du Guardian : "Ce sont de vrais impacts ressentis par les passagers. Cela donne une mauvaise réputation à l'Europe. Quand les systèmes échouent, les passagers perdent confiance, et quand les gens sont en retard, les compagnies aériennes paient un prix élevé."

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