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Evacuation des professionnels français au Moyen-Orient : qui, combien, comment

La guerre en Iran bouleverse la vie de dizaines de milliers de professionnels français installés dans la région. Combien et qui sont-ils, quelles sont leurs possibilités d’évacuation ?

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David Keller

David Keller

3 mars 20268 min de lecture

Evacuation des professionnels français au Moyen-Orient : qui, combien, comment
Dubaï, l'une des places fortes des expatriés français au Moyen-Orient.© AdobeStock

Sur les 400.000 ressortissants français présents dans une douzaine de pays du Moyen-Orient touchés par le conflit, environ 150.000 sont des résidents établis, majoritairement pour des raisons professionnelles. Les frappes iraniennes ont fermé plusieurs espaces aériens depuis le 28 février 2026, et ces expatriés, employés dans des secteurs stratégiques comme l'énergie, la construction ou la finance, se retrouvent confrontés à une situation . Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a détaillé ce mardi 3 mars les dispositifs d'évacuation mis en place, privilégiant les sorties terrestres et préparant des vols d'affrètement pour les personnes vulnérables.

Plus de 200.000 professionnels, selon les estimations

Les sources disponibles ne fournissent pas de statistiques précises distinguant les voyageurs professionnels des autres catégories de ressortissants. Sur les 400.000 Français présents dans la région, environ 150.000 sont des résidents dans les pays les plus exposés, suggérant une présence majoritairement professionnelle. Le reste comprend des personnes de passage, incluant des touristes, des voyageurs en transit vers l'Asie et l'Océanie, mais aussi des voyageurs professionnels dont le nombre exact n'est pas connu ou communiqué par les autorités. 

La majorité des 400.000 Français sont probablement des résidents professionnels accompagnés de leur famille, mais, comme on l’a dit,  aucun chiffre officiel ne permet de distinguer clairement les différentes catégories. Les Émirats Arabes Unis (EAU) concentrent la plus importante communauté d'affaires française du Golfe avec 63.712 ressortissants, dont beaucoup disposent du statut d'expatrié, attestant d'une présence professionnelle établie et durable dans l'émirat.

Présence massive aux Émirats arabes unis

Aux EAU, les professionnels français sont massivement présents dans l'industrie pétrolière et les hydrocarbures, secteur historique particulièrement développé à Abu Dhabi. Le secteur du luxe attire également de nombreux expatriés français avec l'implantation de marques prestigieuses comme Chanel, Galeries Lafayette et L'Occitane, qui emploient des cadres et spécialistes du commerce haut de gamme. Le tourisme et l'hôtellerie-restauration constituent un autre pilier de la présence française, tout comme la finance qui bénéficie du statut de hub régional de Dubaï. 

Le secteur de l'énergie et des énergies renouvelables mobilise des ingénieurs et techniciens, notamment pour EDF présent sur place. La construction et l'ingénierie représentent également un secteur majeur avec les nombreux méga-projets urbains émiratis, incluant la présence d'Alstom pour les infrastructures de transport comme le métro de Dubaï. Enfin, la distribution et l'agroalimentaire emploient des Français via des enseignes comme Carrefour et des groupes comme Bel pour les produits laitiers et Bic. Cette diversité sectorielle explique l'importance de la communauté professionnelle française établie durablement dans les Émirats.

Énergie et construction en Arabie et au Qatar

En Arabie saoudite, sur les 8.404 ressortissants français, environ 6.000 sont des résidents estimés. Les énergies renouvelables constituent un secteur majeur avec EDF Renouvelables qui gère cinq projets de parcs solaires et éoliens, et TotalEnergies avec deux projets solaires. Le pétrole et le gaz demeurent stratégiques avec TotalEnergies qui exploite la raffinerie SATORP et un complexe pétrochimique de 11 milliards de dollars. Le secteur de l'eau mobilise également de nombreux professionnels français, les entreprises hexagonales détenant environ 25% du marché avec Veolia, Suez et Saur. Les transports et la mobilité emploient des ingénieurs français via Alstom pour le métro de Riyad sur les lignes 4, 5 et 6, la RATP Dev pour les lignes 1 et 2, et le tramway d'AlUla représentant un contrat de 500 millions de dollars. 

L'aéronautique avec Airbus, partenaire historique des compagnies saoudiennes, et le tourisme, secteur prioritaire du projet Vision 2030, complètent ce panorama. Au Qatar, sur les 8.217 ressortissants, environ 5.000 à 5.500 sont des expatriés selon les sources diplomatiques. Le pétrole et le gaz naturel dominent, le Qatar étant le premier exporteur mondial de GNL. L'ingénierie et la construction attirent des professionnels via les grands projets post-Coupe du Monde 2022 avec Bouygues et Vinci, tandis que la finance bénéficie du statut de centre financier régional de Doha. L'hôtellerie, le luxe et l'éducation avec des écoles françaises et l'Alliance Française complètent le tableau.

Tech en Israël, banque au Liban

En Israël, sur les 220.953 ressortissants, environ 180.000 sont des binationaux et expatriés. Le high-tech et les technologies constituent le secteur préférentiel, Israël étant surnommé la Start-up Nation et attirant de nombreux ingénieurs et entrepreneurs français. L'enseignement mobilise des professeurs de français ainsi que du personnel des écoles françaises et internationales implantées dans le pays. La santé et la médecine, secteurs d'excellence israéliens, emploient également des professionnels français, tout comme la finance et l'ingénierie qui bénéficient du dynamisme économique du pays. 

Au Liban, sur les 24.400 ressortissants, environ 20.000 sont résidents. Le secteur bancaire domine avec 60 banques représentées dans le pays, employant de nombreux cadres français. Les médias constituent un autre secteur d'activité notable avec des titres francophones comme L'Orient Le Jour, La Revue du Liban et Le Commerce du Levant. L'enseignement reste également un pilier de la présence française avec de nombreux établissements francophones qui emploient enseignants et personnels administratifs, perpétuant l'influence culturelle française dans ce pays historiquement lié à la France.

Évacuations terrestres organisées

Face à la fermeture de nombreux espaces aériens suite aux frappes iraniennes, la France a privilégié les évacuations par voie terrestre. Des équipes consulaires ont été positionnées à plusieurs frontières stratégiques pour faciliter les passages. Ces dispositifs concernent les frontières entre Israël et l'Égypte, Israël et la Jordanie, ainsi qu'entre les Émirats Arabes Unis et Oman, et entre les EAU et l'Arabie saoudite. Les équipes sur place accompagnent les ressortissants qui souhaitent quitter les zones de conflit, leur permettant ensuite d'emprunter des vols commerciaux depuis l'Égypte, la Jordanie, Oman ou l'Arabie saoudite, pays dont l'espace aérien demeure ouvert. 

Paris encourage également le départ par les dernières lignes commerciales encore en service, tout en avertissant que les créneaux de vol se raréfient d'heure en heure. Au moins 25.000 ressortissants français de passage sont actuellement bloqués dans la région selon les chiffres communiqués par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot lors de ses déclarations sur BFMTV et RMC ce mardi 3 mars 2026.

Vols affrétés pour personnes vulnérables

Jean-Noël Barrot a annoncé la préparation d'un dispositif d'affrètement de vols destiné aux personnes les plus vulnérables. Ce dispositif combinera plusieurs modalités : réservation de blocs de places sur des vols commerciaux, affrètement de vols civils spécifiques, et si nécessaire, mobilisation d'avions de la République française. Une liste de priorités est actuellement établie par les postes diplomatiques français, ambassades et consulats en contact direct avec les ressortissants présents sur place. 

Le ministre n'a toutefois pas précisé le nombre exact de personnes concernées par ce dispositif, ni communiqué d'informations sur la gratuité éventuelle de ces vols d'évacuation. Cette mesure vient compléter les options d'évacuation terrestre déjà déployées et intervient alors que la situation aérienne reste particulièrement complexe dans l'ensemble de la région touchée par les frappes, avec plusieurs espaces aériens fermés depuis le début du conflit.

Assistance consulaire renforcée

Le dispositif d'assistance français a été considérablement renforcé depuis 72 heures. Quinze postes diplomatiques sont actuellement mobilisés, comprenant ambassades et consulats, tandis qu'une cellule de crise a traité près de 5.000 appels depuis le 28 février. Des lignes téléphoniques dédiées fonctionnent jour et nuit sans délai d'attente, et les équipes ont été renforcées tant sur place qu'à Paris pour répondre aux demandes des ressortissants. Des groupes WhatsApp et Telegram très actifs permettent également de maintenir le contact permanent avec les Français présents dans la région. 

Les autorités françaises recommandent aux ressortissants de passage de quitter la région s'ils en ont la possibilité, et invitent l'ensemble des Français à s'inscrire sur le fil Ariane, programme de France Diplomatie permettant de localiser les personnes présentes dans les zones à risque. Pour ceux qui restent sur place, les consignes officielles sont de rester chez soi, de se tenir éloignés des fenêtres, portes et zones ouvertes, et de se tenir informé via les canaux officiels du ministère et des postes diplomatiques.

Moyens militaires en attente

Aucun plan d'évacuation massive par voie militaire de type Opération Sagittaire (mise en place en avril 2023 au Soudan) n'a été officiellement déclenché à ce stade. La France dispose néanmoins de 900 militaires et civils aux EAU répartis sur trois bases militaires françaises. Des avions Rafale ont conduit des opérations de sécurisation du ciel au-dessus des bases françaises ce week-end, démontrant la capacité opérationnelle des forces déployées. La Marine nationale a également positionné des bâtiments en Méditerranée orientale et dans l'océan Indien, permettant une intervention rapide si nécessaire. 

Des préparatifs logistiques sont par ailleurs en cours à Chypre, devenue le centre humanitaire et de transit de l'Union européenne dans le cadre du plan Estia. Le président Emmanuel Macron a souligné que la priorité absolue demeure la sécurité des ressortissants dans tous les pays frappés par le conflit. Par ailleurs, sur le plan de l'engagement militaire, la France s'est déclarée prête à participer à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie face aux attaques iraniennes, tout en insistant sur la nécessité d'une désescalade du conflit. À ce stade, aucune victime française n'est à déplorer selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères.

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