Le monde selon Diego

Le monde selon Diego Maradona
Photo by Archivo El Grafico/Getty Images

La Covid rate son tacle, on marque tous un but. Ou comment, en attendant le vaccin, voyager à travers le monde.

L’Argentine a mis en place l’ouverture de ses frontières extérieures aux personnes résidant dans les pays limitrophes et ayant pour destination la ville autonome de Buenos Aires exclusivement (accès depuis l’aéroport international Ministro Pistarini d’Ezeiza, l’aéroport international de San Fernando et le terminal Buquebus du port de Buenos Aires).

Les frontières de ce pays sont fermées au reste du monde. Mais le monde n'en à que faire puisque le reste du monde, tous les habitants du reste de ce monde, ce soir du 25 novembre 2020, et, disons, pour les prochaines 24 heures, sont argentins. Nous sommes tous des "Pibe del oro" qui, de gamin du bidonville dégueulasse de Villa Fiorita, au sud de Buenos Aires, devient footballeur interplanétaire, légende de son vivant et divinité à partir de maintenant, popstar au firmament des Elvis, Martin Luther-King, Mohammed Ali, "Che" Guevara et autres John Lennon.

En Italie, en raison de l’augmentation du nombre de cas de Covid-19, les autorités italiennes ont adopté de nouvelles restrictions liées au contexte sanitaire. Le décret-loi (DPCM), en vigueur depuis le 6 novembre et jusqu'au 3 décembre instaure trois catégories de risque de transmission du virus selon les régions italiennes. Zone jaune pour un risque modéré; zone orange pour un risque élevé; zone rouge pour un risque maximal.

Et la Campanie, dont Naples est le chef-lieu, fait partie de cette zone rouge qui, en vertu de cette classification, voit son accès et les déplacements en son sein restreints. Mais le monde n'en à que faire puisque tous les habitants du monde, ce soir du 25 novembre 2020, et, disons, pour les prochaines 24 heures, sont napolitains. Comme ce gamin pauvre d'Argentine se retrouve aussi napolitain que les pizze au contact de cette ville de pauvres. Qui chaussera des va-nu-pieds de crampons d'or et de diamant. 

Les frontières entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique restent fermées jusqu'au 21 décembre. Ne parlons pas de cette imperméabilité concernant le reste du monde...

Mais le reste du monde n'en à que faire puisque nous sommes tous, habitants du reste de ce monde, ce soir du 25 novembre 2020, et, disons, pour les 24 prochaines heures, à l’Estadio Azteca de Mexico, le 22 juin 1986. A ce moment-là, nous sommes tous Diego Maradona où, durant d'infinitésimales 90 minutes, on marque un but de la main - miraculeusement attribuée à Dieu - et où l'on marque l'un des plus beaux buts de l'histoire du football. Où l'on expose, avec la même grinta, la part d'ombre et de lumière qui nous constitue en tant qu'Homme.

Le 24 mai 1988, je suis allé au Stade Marcel-Picot de Nancy avec mon père pour assister au jubilé de Michel Platini. Il y avait là tout le gratin du football mondial de l'époque, notamment Diego Armando Maradona. Ce jour-là, en plein cœur de la Meurthe-et-Moselle, l'enfant que j'étais s'est donc retrouvé, en le regardant jouer, à Buenos, à Naples, ou encore à Mexico, par la grâce de l'autoroute A4 empruntée à la Porte de Bercy le matin même.

Un virus nous sépare, des émotions nous rapprochent. Les trains qui roulent, les navires qui flottent, les avions qui volent rétrécissent les distances qui séparent les points de notre planète; Diego Maradona nous rappelle qu'elle est aussi infiniment - dans une perpétuelle confusion entre départ et arrivé - ronde. Comme un ballon de foot.