Suzanne Sangiovese  : «Riskline s’adresse d’abord au voyageur d’affaires»

La directrice commerciale & Communications de l’entreprise danoise, leader mondial dans le domaine de l’intelligence des risques liés aux voyages, nous a accordé une interview, lors de la dernière conférence Europe de la GBTA à Berlin. L’occasion de revenir en détail sur l’évaluation et l’évolution de ces risques depuis quelques années, sur les moyens déployés par Riskline pour assurer l’information des voyageurs sur les questions de sécurité et de santé.

Votre entreprise est assez peu connue en France. Vous avez été créée en 2007 à Copenhague (Danemark), et êtes aujourd’hui leader mondial dans le domaine de la sécurité et des risques liés aux voyages. Pouvez-nous parler plus en détail de Riskline ?
Suzanne Sangiovese  : A la différence d’autres entreprises spécialisées sur ce marché de la gestion des risques en santé et en sécurité, nous nous concentrons sur l’information, tout en collaborant avec des nombreuses sociétés de sécurité et d’assistance lorsqu’un client souhaite le paquet complet. Une autre des caractéristiques de notre offre est de s’adresser aux voyageurs d’affaires, à l’utilisateur final, quand d’autres entreprises dont l’activité est proche de la nôtre s’adressent plutôt aux responsables sécurité. Nous fournissons donc de l’information intelligente à l’adresse des voyageurs, au regard de leurs besoins avant et pendant leurs déplacements, quelle que soit la région du monde.

Qui sont vos clients ?
Nous avons l’habitude de nous présenter comme un fournisseur de fournisseurs. Nous ne travaillons pas avec les entreprises directement, mais avec des prestataires. Peut-être cela explique-t-il que notre réussite soit l’un des secrets les mieux gardés de notre industrie ! Nos clients sont des acteurs majeurs du secteur. Amadeus a par exemple intégré nos infos Covid dans sa solution de duty of care Amadeus Mobile Messenger. Idem pour Amex GBT avec son produit Travel Vitals. Nous sommes également partenaires de solutions technologiques, tels SAP Concur et Tripkicks, de TMC dont l’australienne Corporate Travel Management (CTM) et la française Travel Planet, d’acteurs disruptifs également dont la plateforme de planning événementiel Troop. Notre offre est adaptée à tous types d’entreprises, petites, moyennes ou grandes, quels que soient leurs secteurs. Il n’y a pas un profil type. Et nous couvrons le monde entier.

Comment se porte votre activité ?
Bien. Les entreprises nous sollicitent plus que jamais. Le Covid a porté au premier plan les problématiques de duty of care. L’importance prise par ces questions de santé est ce qui a le plus changé depuis deux ans. Quelle est par exemple la marche à suivre si l’on tombe malade à l’étranger ? On ne peut plus se passer de certaines informations aujourd’hui.

Les voyageurs ont besoin d’être rapidement informés….
Nous avons toujours du mettre l’accent sur cette dimension, sur cette nécessité de pouvoir rapidement notifier la bonne information à la bonne personne au bon moment, et ce également sur mobile via une application. L’attente d’une information instantanée de la part des travel managers et acheteurs voyage est plus importante que jamais.

exemple de carte Riskline sur la Covid-19

Comment pouvez-vous fournir une information rapide sur un grand nombre de pays ?
Nous nous appuyons sur une équipe d’une cinquante d’analystes professionnels et de consultants, présents dans 22 pays aux quatre coins de monde, sur onze fuseaux horaires. Cela nous permet de maintenir nos opérations H24, et de couvrir n’importe quel lieu même isolé dans le monde. Nous utilisons aussi l’intelligence artificielle, et effectuons une veille sur les réseaux sociaux, dont notamment ceux des institutionnels. Nous traitons ainsi plus de 100 000 sources de données afin de fournir des évaluations précises et opportunes sur les risques liés aux voyages. Et si nécessaire nous envoyons des alertes.

Comment voyez-vous l’évolution de votre métier dans les cinq prochaines années ?
Nous voulons être plus agile dans notre approche digitale, être intégré dans un nombre plus important de systèmes. Nous devons aussi être davantage dans l’anticipation du risque à titre individuel, avec l’exploitation des datas. Une personne LGBT sera confrontée à d’autres risques, par exemple, s’il se rend à Dubai, qu’une personne hétérosexuelle. Idem pour une femme voyageant seule dans de nombreux pays. Sur chaque menace, nous avons élaboré une échelle de un à cinq, soit basse, modérée, moyenne, élevée et extrême. Et le niveau de menace n’est pas toujours le même, selon les pays, que l’on soit un homme ou une femme. La menace peut aussi porter sur un risque d’intrusion dans son smartphone ou ordinateur, comme cela peut être le cas dans certains pays tel la Chine.

Cette prévention du risque n’accroît-t-il pas le sentiment d’insécurité chez certains voyageurs ?
C’est toujours difficile de trouver le bon équilibre. On doit informer correctement sur les dangers potentiels avant le départ. Il y a aussi ce risque d’infobésité, qui peut avoir comme conséquence d’inquiéter plus que de raison. Mais c’est toujours mieux que de découvrir la menace lors du déplacement.