Que sont les séminaires à impact ?
**Delphine Bouclon :**Nous avons complètement repensé l'approche. Un séminaire à impact, c'est un événement qui intègre du sens, de la vision stratégique et surtout un impact durable, responsable et mémorable. C'est devenu une vraie tendance qui répond aux transformations profondes qu'on a vécues depuis le Covid.
Les entreprises préfèrent organiser moins de séminaires, mais les rendre beaucoup plus immersifs et stratégiques. Chaque événement a des objectifs clairs et est orienté “résultats”, porte des enjeux importants pour l'organisation : faire rayonner la marque de nos clients, développer leur marque employeur pour attirer et engager les talents, et bien sûr renforcer la cohésion d'équipe, mais avec une approche beaucoup plus axée sur la performance.
Notre méthode s'articule autour de ce que j'appelle "moi, ma communauté et le monde". Les participants se connectent d'abord à eux-mêmes, puis à leur équipe ou leurs partenaires, et enfin au monde qui les entoure. C'est cette dimension d'ouverture sur l'extérieur qui fait la différence - on travaille avec le territoire, les collectivités, les associations.
On est ici dans la déclaration d'intention. Pouvez-vous donner des exemples concrets ?
Bien sûr ! Nous avons une maison spécialement dédiée à ce type de séminaires à impact : Regen' Ronqueux, située en Vallée de Chevreuse. Ce lieu illustre parfaitement notre approche régénérative. Contrairement aux concepts classiques de "zéro déchet" ou "neutralité carbone" qui visent simplement à réduire les impacts négatifs, l'approche régénérative va beaucoup plus loin.
L'idée est de créer un impact positif sur le monde. Au lieu de juste limiter les dégâts, nous créons des conditions propices au développement environnemental dans un cadre de prospérité partagée - que ce soit pour les écosystèmes humains, sociaux ou naturels.
Concrètement, cela signifie travailler en systémie, en synergie totale avec l'environnement qui nous entoure. Le lieu devient un véritable catalyseur de régénération plutôt qu'un simple espace neutre. C'est exactement ce que nous proposons à nos clients : des séminaires qui génèrent un impact positif mesurable.
Plus concrètement encore : que fait-on lors d'un séminaire à Regen'Ronqueux ?
Par exemple, nous pouvons commencer par une Fresque du Climat dans la maison, puis aller la vivre concrètement avec les gens du territoire ou auprès de la maraîchère du lieu. Si le séminaire porte sur le leadership et l'intelligence émotionnelle, nous irons dans une école comprendre comment cette intelligence émotionnelle se manifeste chez les élèves et les enseignants. Les participants comprennent que leur impact va bien au-delà des stratégies d'entreprise - ils s'ancrent dans le vivant, dans les territoires.
Ce sont des séminaires résidentiels ?
Oui, nous avons 48 chambres sur le site, mais nous pouvons aussi proposer des journées d'étude pour ceux qui préfèrent ne pas rester sur place.
Et aujourd'hui vous n'avez qu'un seul site du type de Regen' Ronqueux ?
Aujourd'hui, nous avons vraiment souhaité faire de Ronqueux notre laboratoire expérimental. C'est là qu'on a tissé des liens au-delà de la maison, vraiment avec le territoire, la mairie, l'école comme je vous le disais.
Mais nous proposons des séminaires à impact dans toutes nos maisons désormais, parce qu'on a mis en place quelque chose d'assez transformatif. Quand on vient chez nous, on vient pour un séminaire et pour apprendre, et tout est fait pour que le moment soit suspendu et qu'on puisse ancrer des messages impactants grâce à une immersion profonde. Mais nous avons décidé d'ajouter à Regen' Ronqueux des messages impactants de l'environnement et des territoires - c'est là la grande différence.
Est-ce que Regen' Ronqueux est un lieu pilote dont l'offre serait éventuellement étendue à d'autres maisons ?
Tout à fait. Nous avons créé cette dimension régénérative sur ce site il y a un an pour une éventuelle extension à d’autres lieux.
Vous vous donnez quel délai pour faire le bilan ?
C'est toujours à peu près trois ans dans notre secteur. Nous avons commencé par cette ambition durable en se constituant en société à mission en 20022, puis nous nous sommes dit qu'on voulait pousser l'histoire plus loin, vers un impact régénératif. Mais il faut rester humble - c'est un gros travail, la régénération du territoire. Beaucoup de nos clients commencent à être séduits par ce nouveau modèle, mais ça demande un changement de mindset des entreprises aussi.
Les résistances des entreprises sont-elles dues à la crainte que les participants ne s'y retrouvent pas ?
Exactement ! Sachant qu'une fois qu'ils l'ont vécu, il n'y a pas de problème. C'est un peu comme à la base de Châteauform' : il y a 30 ans, nous avons décidé d'enlever les télés dans les chambres. Aujourd'hui ça paraît anecdotique - tout le monde a un iPad, un ordinateur, un téléphone. Mais à l'époque, il n'y avait pas de télé parce qu'on voulait créer de la rencontre, de la cohésion d'équipe, du collectif autour du billard, du karaoké, de la pétanque.
Les premiers participants ne trouvaient pas ça drôle de ne pas avoir de télé. Puis ils sortaient du séminaire en disant que c'était le meilleur séminaire jamais vécu, parce qu'il y avait eu de la cohésion, du partage, de la rencontre - c'était génial de se faire des mojitos et de chanter au karaoké.
On vit un peu la même chose aujourd'hui. L'impact va au-delà de la cohésion - on a un impact sur le monde. Certaines entreprises se disent : "Vous êtes sûrs ? Il n'y a pas de bonbons ? La table est principalement végétale ? On va mettre les mains dans la terre ?" Mais pour ceux qui ont franchi le pas et vécu le séminaire à impact régénératif, ils ont trouvé ça fantastique.
Concrètement, il y a un bon taux d'occupation à Regen' Ronqueux ?
Ça dépend des saisons, ne nous mentons pas. En juin, tout le monde est complet. Globalement à l'année, nous devons être à 50-60%.
Ça correspond à vos objectifs ?
Nous visons 70%.
Il faudrait atteindre ces 70% pour créer de nouveaux lieux régénératifs ?
Exactement. Sachant que toutes nos maisons ont déjà pris le pli de proposer une table un peu plus végétale, des options qui ne sont pas des bonbons mais des fruits secs, etc. Dans notre parcours vers la responsabilité et la durabilité, nous sommes de toute façon en train de pouvoir proposer des alternatives à nos participants et clients.
Mais vous avez raison : si dans deux ans nous sommes au rendez-vous - espérons même l'année prochaine - et que ce modèle a séduit notre clientèle, nous serons absolument ravis de pouvoir développer davantage ce modèle à impact positif.
Vous voulez en faire une marque ? Regen' Aix-les-Bains, par exemple ?
Très certainement, c'est l'idée.