Congrès en France : leurs retombées économiques sont-elles réellement mesurées ?

Alors que l'IBTM World Forum for Advocacy qui se tiendra le mois prochain à Barcelone s'intéressera à la mesure des retombées économiques des congrès, nous nous sommes penchés sur le cas français à ce sujet.

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David Keller

David Keller

14 octobre 20264 min de lecture

Congrès
© AdobeStock

Les congrès génèrent des retombées économiques importantes pour les territoires, c'est entendu. Mais au-delà du nombre de participants et des dépenses engagées, quels indicateurs permettent d’évaluer précisément leur contribution à l’économie locale ? Les études disponibles apportent des éléments de réponse, sans épuiser la question de la comparaison entre destinations.

En matière de tourisme d’affaires, les chiffres de fréquentation ne suffisent pas toujours à rendre compte de l’intérêt économique d’un événement. Un congrès mobilise des lieux, des prestataires, des hôtels, des restaurants et des transports. Il peut aussi prolonger l’activité touristique d’une destination, notamment lorsque les participants reviennent en dehors du cadre professionnel ou s'en font les prescripteurs. Encore faut-il distinguer ces différents effets et disposer de méthodes de calcul explicites.

Près de 2 milliards d’euros de retombées en France

En octobre 2024, Atout France, Coésio et UNIMEV ont publié une étude consacrée aux retombées économiques de l’accueil de congrès en France. Selon leurs estimations, les 2.300 congrès organisés dans le pays en 2023 ont généré près de 2 milliards d’euros de retombées économiques.

Dans le détail, les dépenses des participants pendant leur séjour (hébergement, restauration et transports locaux) ont représenté 1,24 milliard d’euros. Les dépenses liées à l’organisation des événements ont atteint 556 millions d’euros, auxquelles se sont ajoutés 187 millions d’euros de transport d’accès à la destination. Ces montants permettent de mieux cerner les différentes composantes de l’activité économique générée par les congrès.

L’étude soulignait également le poids des participants internationaux. Ils représentaient un cinquième des congressistes, mais contribuent à 41% des retombées économiques touristiques. Leurs dépenses moyennes atteignaient 1.303 euros par séjour, soit 1,6 supérieur pour les participants nationaux. Leur durée moyenne de séjour était également plus longue : 3,25 jours, contre deux jours.

Ces données montrent que le nombre de participants ne constitue qu’un indicateur parmi d’autres. La provenance des congressistes, la durée de leur séjour et leurs dépenses influent sur les retombées mesurées. Pour les destinations, l’enjeu est donc aussi de comprendre la nature de la fréquentation qu’elles attirent.

L’Île-de-France, un exemple de suivi chiffré

L’étude annuelle de la CCI Paris Île-de-France fournit un autre éclairage sur l’activité des congrès. Selon son édition 2026, la région a accueilli 1.200 congrès en 2025, réunissant 716.195 participants. Les retombées économiques associées sont estimées à 942 millions d’euros. Paris s’est par ailleurs classée au deuxième rang mondial des villes accueillant des congrès internationaux dans le classement annuel de l’ICCA.

Ces chiffres donnent une mesure de l’activité et de son poids économique à l’échelle régionale. Ils ne répondent toutefois pas à toutes les questions que peuvent se poser les décideurs publics : quelle part des dépenses bénéficie directement aux entreprises locales ? Quels événements génèrent les retombées les plus importantes ? Comment évaluer les effets sur l’emploi, l’activité des fournisseurs ou la fréquentation touristique après le congrès ?

Il ne s’agit pas de remettre en cause les indicateurs publiés, mais de préciser ce qu’ils mesurent et ce qu’ils ne permettent pas, à eux seuls, de conclure. Une estimation des retombées économiques ne démontre pas automatiquement que l’ensemble de ces dépenses constitue un bénéfice net pour le territoire, ni que les mêmes résultats auraient été obtenus si les fonds publics avaient été affectés à d’autres actions.

La France mesure-t-elle mieux que ses concurrentes européennes ?

L'étude nationale publiée par Atout France citée plus haut offre certes un cadre qui permet de mieux documenter le poids économique de cette activité.

Pour autant, ces données ne suffisent pas à affirmer que la France mesure mieux - ou moins bien, que ses concurrentes européennes. Les publications disponibles ne permettent pas d’établir une comparaison homogène entre les méthodes nationales. Les chiffres publiés par les villes ou les bureaux des congrès peuvent couvrir des périmètres différents : dépenses des participants, budget des organisateurs, effets indirects sur l’économie locale ou emplois soutenus. Sans référentiel commun, comparer les montants annoncés reviendrait à rapprocher des résultats qui ne mesurent pas nécessairement la même chose.

Un élément est toutefois révélateur : dans le contrat de filière consacré à l’événementiel et au tourisme d’affaires, présenté en 2025, la centralisation des données des congrès internationaux et des événements d’entreprise par les bureaux des congrès figure parmi les pistes destinées à permettre des comparaisons internationales. La démarche témoigne d’un besoin identifié par les acteurs français eux-mêmes : disposer de données plus structurées et comparables.

Le constat doit donc rester nuancé. La France a posé des bases nationales pour mesurer les retombées économiques des congrès, mais les sources consultées ne permettent pas de la classer devant ou derrière ses concurrentes européennes. Pour trancher, il faudrait confronter sa méthode à celles de destinations comme Vienne, Copenhague ou Barcelone, en vérifiant notamment les dépenses prises en compte, le traitement des effets indirects et la fréquence de mise à jour des études. À ce stade, la difficulté n’est pas tant l’absence de chiffres français que le manque de comparabilité démontrée entre pays.

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