À l'occasion de leur cinquième conférence partenariale, la Banque de France et la CCI Paris Île-de-France ont mis avant le rôle crucial du segment MICE dans la dynamique économique du territoire. Une table ronde réunissant acteurs publics et professionnels de la filière a démontré que salons et congrès constituent un véritable outil de développement pour les entreprises et les territoires.
Dans un contexte économique marqué par les incertitudes géopolitiques, Dominique Restino, président de la CCI Paris Île-de-France, a rappelé l'importance de soutenir les leviers de croissance existants. "Nous avons aujourd'hui un budget et il faut soutenir cette croissance qui me semble indispensable pour un redressement de l'économie française", a-t-il déclaré lors de l'ouverture de cette rencontre du 12 février 2026. Alain Gerbier, directeur de la Banque de France pour la région Île-de-France, a quant à lui évoqué un "risque d'étouffement budgétaire mais tout à fait maîtrisable, encore possible avec un peu de volonté et de confiance".
Une infrastructure d'excellence au service de l'économie
L'Île-de-France dispose de la première offre d'infrastructures dédiées à l'événementiel d'affaires en Europe. Avec 700.000 mètres carrés de surfaces exploitables réparties sur 24 sites d'exposition, dont quatre centres majeurs (Paris Nord Villepinte, la Porte de Versailles, le Palais des Congrès de Paris et Paris Le Bourget), la région capitale offre une capacité d'accueil "inégalée" sur le continent. Ces infrastructures permettent d'organiser chaque année entre 350 et 400 salons ainsi que 600 à 1000 congrès, positionnant Paris comme une place incontournable du tourisme d'affaires mondial.
Une résilience exemplaire post-Covid
La crise sanitaire a paradoxalement révélé l'importance stratégique de cette filière pour l'économie française. Comme l'a souligné Fabrice Laborde, vice-président de l'UNIMEV et co-président du groupe ByGalis, "c'est un outil économique qui nous a cruellement manqué quand l'activité s'est arrêtée. Le Covid a montré à quel point nous étions importants".
Selon le dernier baromètre d'activité des salons, le secteur a retrouvé 94% de son activité d'avant-crise, les salons professionnels atteignant même 99% fin 2025. Cette performance place la France devant ses principaux concurrents européens, notamment l'Allemagne. Les tendances pour 2026 s'annoncent également très positives avec un retour complet à la normale, malgré un retour encore timide des clientèles asiatiques sur les événements européens. France Morot-Videlaine, directrice partenariats, observation, prospective et études pour la CCI IDF, a confirmé ces perspectives en annonçant entre 10 à 15 grands congrès internationaux supplémentaires de plus 5.000 participants pour 2026.
Un impact direct sur la performance des entreprises
En parallèle, l'enquête menée par la Banque de France auprès de plus de 700 chefs d'entreprises franciliennes révèle l'importance des salons pour le tissu économique. Près de 60% des entreprises interrogées déclarent avoir participé à au moins un salon professionnel sur les 5 dernières années. Cette participation prend différentes formes puisque 30% d'entre elles viennent en tant qu'exposants, 27% en tant que visiteurs, et 43% combinent les deux. L'impact concerne quant à lui toutes les tailles d'entreprises, avec une représentation particulièrement forte des TPE et PME qui constituent 90% des participants.
Et les retombées dépassent largement le simple chiffre d'affaires. Si 52% des exposants déclarent une augmentation de leur activité commerciale grâce aux salons, les bénéfices s'étendent à la visibilité, au réseautage, à la veille concurrentielle et au partage d'idées. Pour certaines PME, le salon représente jusqu'à 12% de leur chiffre d'affaires annuel. Nadège Cassé, dirigeante de l'entreprise MB&A, témoigne de cette réalité. Participante au Salon du Bourget depuis 2013, elle considère cet événement comme "une vitrine incontournable" pour sa société de 12 personnes. "Mes clients sont fiers d'être accueillis sur mon stand. C'est là que je peux vraiment créer du lien et montrer mon savoir-faire", explique-t-elle, soulignant l'importance de l'accompagnement proposé par la CCI Paris Île-de-France qui permet aux PME d'accéder à ces événements d'envergure.
Une filière en transformation permanente
Bernard Michel, membre de la CCI Paris Île-de-France et président de Viparis, a rappelé que cette activité nécessite des investissements considérables sur les infrastructures, pour faire face à la concurrence internationale. Selon lui, les investissements en cours témoignent de l'ambition de maintenir le leadership parisien. Plus de 500 millions d'euros sont consacrés à la rénovation complète de la Porte de Versailles, incluant la création d'un centre de convention international pouvant accueillir 5.000 personnes en plénière, l'ouverture du parc sur la ville et le développement du parc hôtelier.
Selon lui, l'enjeu futur se situe à Paris Nord Villepinte avec l'arrivée de la ligne 17 du Grand Paris Express qui transformera l'accessibilité du site, le plaçant à 7 minutes du Bourget et 16 de Saint-Denis Pleyel. Cette amélioration de la connectivité s'accompagnera d'une extension possible du plus grand espace d'exposition européen, actuellement de 250.000 mètres carrés.
L'innovation au cœur de la stratégie
Frédéric Maus, directeur général du salon Who's Next, illustre parfaitement la capacité d'adaptation de la filière. "Nous avons fortement digitalisé notre activité. Toutes nos inscriptions et notre billetterie sont en ligne, et nous allons bien au-delà", explique-t-il. Cette transformation numérique permet désormais d'accompagner les exposants avant, pendant et après l'événement, avec notamment l'acquisition d'outils d'aide à la prospection commerciale post-salon. Les résultats confirment la pertinence de cette stratégie puisque Who's Next, a vu sa part de visiteurs internationaux passer de 30% en 2018 à 55% aujourd'hui.
Fabrice Laborde complète cette vision en soulignant l'évolution du métier de son groupe ByGalis, spécialisé dans le design et l'agencement de stands. "La grande évolution de notre métier est d'accompagner nos clients avant, pendant et après. Nous sommes passés d'un outil marketing à un outil commercial", affirme-t-il.
Une reconnaissance politique enfin acquise
Comme le souligne Fabrice Laborde, le tournant majeur est désormais marqué par la reconnaissance de cette filière par les pouvoirs publics. "Nous avons vécu longtemps cachés et la crise Covid nous a permis d'exister", déclare-t-il. La signature d'un contrat de filière avec l'État représente un acte de reconnaissance officiel engageant les acteurs sur la production de données sectorielles, le leadership en matière de responsabilité sociétale ou encore environnementale.
Ce contrat vise également un objectif économique : l'amélioration de la balance commerciale française. Les entreprises françaises dépensent 6,3 milliards d'euros en événements professionnels, générant 22 milliards d'euros de chiffre d'affaires en Île-de-France et 37 milliards au niveau national. Les salons constituent ainsi des outils privilégiés de développement à l'export, permettant notamment aux PME et TPE d'accéder à des clients internationaux qu'elles ne rencontreraient jamais autrement.
Bernard Michel a conclu la table ronde en rappelant l'histoire centenaire de cette activité, débutée en 1904 avec le Comité des expositions de la Foire de Paris : "Le MICE est une filière qui s'adapte, qui investit, qui fait face à la transition énergétique, qui s'adapte à la digitalisation et bientôt à l'intelligence artificielle. C'est une activité résiliente promise à un bel avenir."