Pouvez-vous nous expliquer le rôle d’EONA-X dans la stratégie européenne actuelle autour de la data ?
Chez EONA-X, nous travaillons à la croisée de la logistique, du tourisme et du transport. Le segment du MICE est particulièrement intéressant, car il englobe plusieurs secteurs, notamment la mobilité nécessaire pour se rendre à un événement. C’est une industrie qui, par sa nature, embarque de nombreux acteurs et touche à de multiples activités. Cela correspond parfaitement à la logique des “data spaces”, qui sont des outils de collaboration transverse entre différentes parties prenantes.
Quel est le lien avec le projet Deploy Tour initié par la Commission européenne ?
Deploy Tour est aujourd’hui le plus grand projet européen dédié au tourisme. Il s’agit d’un consortium très large, dont l’objectif est de mettre en place une plateforme structurée pour centraliser les données relatives à chaque secteur. Tous les secteurs travaillent actuellement sur la création de ces plateformes et, dans le tourisme, nous venons de passer de la phase préparatoire à celle du déploiement, mais cela reste un projet sur trois ans.
Quels sont les défis majeurs concernant la donnée dans le secteur du tourisme ?
La donnée dans le tourisme est extrêmement fragmentée, en particulier en raison de la présence massive de PME. Il y a donc un véritable besoin de rassembler ces données en un seul endroit. On identifie cinq grandes problématiques transverses, dont le MICE, dans l'optique d'améliorer le tourisme d'affaires.
Au niveau européen, nous travaillons à la création d’une base de données structurée, décentralisée et fédérée pour chaque secteur. Cela permet de résoudre des problèmes récurrents. Jusqu’à présent, aucun acteur individuel ne pouvait accéder à l’ensemble des informations utiles. Par exemple, les organisateurs d’événements disposent de beaucoup de données, mais les lieux événementiels en ont beaucoup moins. Les collectivités territoriales peuvent vouloir promouvoir leur territoire, mais sans étude d’impact, c’est compliqué. Elles ont besoin d’indicateurs, mais les enquêtes datent parfois d’avant le Covid. L’objectif est donc d’avoir des données actualisées, en temps réel, issues directement des 'producteurs'. Aujourd’hui, 80% des données industrielles ne sont pas partagées, selon l’UE. Or, la donnée n’a de valeur que si elle est partagée. Ce sujet est très présent dans le transport, mais beaucoup moins dans le MICE. Par exemple, pour mesurer l’impact écologique d’un événement, il faut disposer des bonnes données. Cette base de données servira de point de rencontre pour tous les acteurs du secteur.
Si cette mutualisation n'existait pas auparavant, n'est-ce pas par volonté ? Notamment par peur de la concurrence...
Jusqu’à présent, le partage des données était au cas par cas, souvent limité à quelques acteurs. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout partager : il faut un modèle économique et un contrat de confiance. La donnée devient alors un véritable atout, un asset, que l’on peut monétiser ou échanger. Jusqu’ici, c’était soit de l’open data, soit rien du tout. L’idée aujourd’hui est d’avoir une « zone grise », avec des conditions spécifiques de partage.
On commence à considérer la donnée comme une ressource stratégique, un outil d’intelligence pour l’entreprise. Certaines ont déjà structuré et gouverné leurs données en interne, mais pour aller plus loin il faut des outils de collaboration à l’échelle de l’écosystème. On commence par les grands groupes et l’enjeu est de toucher aussi les PME.
En quoi le MICE est-il un levier de changement ?
Le MICE a un impact fort à l’échelle européenne. C’est un levier important, car il permet d’améliorer la prise de décision et l’expérience des événements, tant pour les organisateurs que pour les visiteurs. On veut aller vers plus de prédictif, de personnalisation, et pour cela, la donnée en temps réel, la « donnée chaude », est indispensable, contrairement à la donnée statistique. Avec l’IA, et notamment l’intelligence agentique, il y a de vraies perspectives pour le MICE, les agents intelligents vont avoir une réelle utilité dans ce secteur et tout cela se joue maintenant.