Hausse des événements en interne
La montée en puissance des événements professionnels organisés dans les locaux mêmes des entreprises constitue l'un des enseignements majeurs de cette étude. En 2025, 80% des entreprises interrogées ont opté pour leurs propres salles, contre 57% en 2024 et seulement 49% en 2019. Parmi elles, 36% organisent plus de la moitié de leurs événements en interne, et 44% observent une hausse de cette tendance. Cette internalisation massive s'explique par plusieurs facteurs. L'essor du télétravail a libéré des espaces de bureaux au profit d'autres usages, notamment la création de véritables centres d'affaires internes. Par ailleurs, les budgets consacrés aux événements MICE se sont réduits pour 66% des organisateurs interrogés, incitant à privilégier des solutions moins coûteuses.
"Face à l'internalisation massive des événements, certains professionnels du MICE cherchent à s'adapter en proposant des solutions, tel qu'Inside chez Châteauform qui repense la vie en entreprise en alliant hospitalité, gestion des espaces et expérience collaborateurs", explique Delphine Bouclon de Châteauform. Les entreprises continuent néanmoins à organiser des manifestations à l'extérieur pour des raisons logistiques ou pour sortir de leur contexte habituel et marquer les esprits des participants.
Diversification des lieux d'accueil
Les hôtels demeurent cependant le premier lieu de rassemblement avec 66% des entreprises, même si cette proportion est en recul par rapport aux 70% de 2024. L'hôtellerie 4 étoiles est privilégiée par 84% des répondants, pour des raisons d'adaptation de l'offre, d'image et de prix. Les châteaux et demeures de caractère connaissent un succès croissant avec 58% de citations, contre seulement 20% il y a une décennie. Cette progression s'explique par la professionnalisation de l'offre et par le cadre historique et valorisant de ces lieux qui contribue à qualifier le message transmis lors de l'événement. Les restaurants, bars et clubs attirent 43% des organisateurs, suivis par les lieux culturels à 32% et les centres d'affaires à 27%.
La durée moyenne des manifestations s'est allongée depuis la fin des restrictions liées au COVID-19. Les événements de deux jours concernent 57% des entreprises interrogées, contre 54% en 2024, dépassant légèrement les événements d'une seule journée à 51%. Les manifestations d'une demi-journée représentent 39% de l'activité. Cette évolution vers des formats plus longs s'explique notamment par les habitudes prises en matière de télétravail qui incitent les entreprises à organiser des événements de plus d'une journée pour sortir les participants de leur contexte habituel. La saisonnalité reste inchangée avec trois mois de pointe : juin à 67%, septembre à 54% et octobre à 51%, tandis que le mois d'août enregistre le creux le plus marqué.
L'écoresponsabilité, progressivement
L'impact environnemental des événements MICE intéresse désormais 72% des entreprises, contre seulement 25% en 2024, marquant une prise de conscience spectaculaire. Néanmoins, la mise en pratique reste encore timide. Seules 8,5% des entreprises réalisent systématiquement un bilan carbone de leurs manifestations, et 28,5% le font en fonction des événements organisés. Au total, 38% des organisateurs interrogés procèdent à cette mesure d'impact, contre 35% en 2024. Parmi les outils utilisés, 56% des organisateurs se servent de leur propre outil interne de mesure, 18% utilisent Climeet, 17% Greenly et 8% Cleo.
Les principales mesures RSE adoptées concernent l'intégration de critères environnementaux dans les cahiers des charges à 85%, le choix de modes de transport plus respectueux à 73%, et la priorité données aux destinations proches à 65%. Le train s'impose comme mode de transport privilégié pour 86% des entreprises lors de déplacements en France, contre 67% en 2024. Cette préférence s'observe également pour les destinations européennes, avec 46% d'organisateurs qui privilégient le train en Europe contre seulement 10% en 2024. La SNCF mentionne d'ailleurs une progression de 70% des privatisations de voitures en 2023-2024 et a revisité sa proposition MICE destinée aux entreprises et agences.
"L'écoresponsabilité n'est plus un sujet périphérique dans le MICE : elle est désormais intégrée au discours. Le véritable enjeu pour 2026 ne sera plus l'intention, mais la capacité à mesurer, structurer et démontrer l'impact réel des actions engagées", souligne Nathalie Leduc du Groupe 1001 Salles. Parallèlement, 39% des entreprises déclarent avoir réduit le nombre de manifestations dans un objectif de limitation de leur impact environnemental, contre 24% en 2024, bien que cet objectif écologique ne soit probablement pas le seul motif dans un contexte de restriction budgétaire.
Budgets sous pression
Les budgets moyens pour des journées d'étude sans hébergement se situent entre 61 et 130 euros HT par personne pour 43% des organisateurs. Pour les événements avec hébergement, 50% dépassent 200 euros HT par jour et par participant. Néanmoins, 66% des organisateurs interrogés constatent une réduction des budgets consacrés aux MICE en 2025, dans la continuité de 2024 où 65% faisaient le même constat. Seulement 9% observent une hausse budgétaire. Plusieurs facteurs expliquent cette contraction : l'inflation forte sur les coûts de l'énergie, de la restauration et du transport qui renchérit l'organisation d'événements, la tension économique plus large qui pousse les entreprises à réduire leurs dépenses discrétionnaires, et les arbitrages internes où les directions financières demandent davantage de justification du retour sur investissement.
L'essor des formats hybrides ou virtuels offre également des alternatives moins coûteuses pour maintenir le lien sans déplacement, détournant une partie des budgets traditionnels. Pour entrer dans ces contraintes budgétaires, 69% des organisateurs interrogent deux à trois prestataires pour obtenir un devis, une pratique qui se maintient ces dernières années. "Le recours de plus en plus courant à des intermédiaires implique un recul des marges pour les prestataires et une hausse de demande de devis avec, en corolaire, une baisse du taux de transformation, ce qui essouffle les équipes", déplore Delphine Bouclon de Châteauform.
Intelligence artificielle et digitalisation
L'intelligence artificielle s'impose progressivement dans l'organisation des événements MICE. Au total, 55% des entreprises l'utilisent, dont 34% rarement et seulement 4% systématiquement. Les trois premiers usages concernent la réalisation de supports visuels et la rédaction à 53%, la recherche d'inspiration pour 52%, et la recherche de lieux ou prestataires à 43%. Viennent ensuite la prise de notes automatisées et les synthèses à 35%, la gestion des plannings et invitations à 23%, et la traduction ou transcription en temps réel à 21%. L'IA permet également d'optimiser le budget à 14%, de gérer la logistique à 15%, ou encore de rédiger des appels d'offres à 17%.
"L'IA permet de simplifier et faciliter nombreuses tâches administratives, organisationnelles, financières, et ainsi de dégager du temps humain utile à la rencontre, à l'échange, à l'inspiration", explique Perrine Edelman de Coach Omnium. L'intégration de l'intelligence artificielle intervient à toutes les phases de l'événement : en amont pour structurer un brief et simuler des scénarios budgétaires, pendant la manifestation pour la traduction instantanée et la synthèse d'interventions, et en phase post-événement pour l'exploitation des enquêtes de satisfaction et la mesure du retour sur investissement.
Par ailleurs, 38% des entreprises utilisent un logiciel dédié à la gestion événementielle. Les entreprises interrogées ont cité de nombreux exemples : Evenium, Captag, Eventmaker, Eventbrite, Cvent, ou encore Eventdrive. Ces outils permettent de centraliser les inscriptions, la billetterie, la base de données participants, la gestion des badges, la logistique, la communication et le reporting dans un même environnement. Toutefois, 62% des entreprises déclarent ne jamais utiliser ce type de logiciel, s'appuyant sur des équipes internes structurées ou des outils traditionnels comme les tableurs pour des événements de taille plus modeste.
Recours croissant aux intermédiaires
Pour trouver un lieu ou un prestataire, 54% des organisateurs privilégient des lieux où ils ont l'habitude de se réunir, 51% utilisent des moteurs de recherche classiques comme Google, et 51% s'appuient sur le bouche-à-oreille. L'utilisation de plateformes digitales spécialisées concerne 43% des répondants, contre 22% en 2019 pour les marketplaces spécialisées. Le recours aux agences événementielles atteint 31%, alors que cette proportion n'était que de 8% en 2018. Les bureaux des congrès et offices de tourisme sont sollicités par 14% des organisateurs, tandis que les réseaux sociaux restent marginaux à 11%, LinkedIn arrivant largement en tête.
Près de 18% des entreprises répondantes indiquent avoir un contrat avec un venue finder, et il s'agit pour plus des trois quarts d'entreprises de plus de 1.000 salariés. Parmi les premiers cités figurent Kactus, Ideal Meetings & Events (commanditaire de l'étude) puis Aleou. "Les grands comptes recourent de plus en plus à des intermédiaires avec un objectif de simplification dans l'utilisation de l'outil, dans la mise en concurrence, dans la facturation, dans la gestion fournisseur, mais aussi d'encadrement du budget, de rationalisation des coûts, de sécurisation sur les conditions notamment financières", précise Delphine Bouclon de Châteauform.
Au sein des entreprises, le pilotage des événements MICE relève principalement de la direction à 52% et de la communication à 42%. Le marketing intervient à 25%, le commercial à 15%, les ressources humaines à 12%, les achats à 12% et les finances à 7%. Les directions financières encadrent le budget tandis que les services achats jouent un rôle-clé dans le pilotage des dépenses et la sélection des prestataires ou intermédiaires.
Perspectives 2026
Pour 2026, les prévisions restent prudentes. L'activité devrait être stable pour 47% des entreprises, en baisse pour 21%, à la hausse pour 17%, tandis que 15% ne se prononcent pas. Ces estimations reflètent l'incertitude concernant la santé économique des entreprises, la situation géopolitique et économique mondiale. Pour les organisateurs tablant sur une baisse, les arbitrages budgétaires et la conjoncture sont mis en avant. À l'inverse, la hausse prévisible s'explique par l'actualité de l'entreprise (anniversaire, changement de direction, nouveaux projets), le besoin accru de gagner en visibilité ou de renforcer les liens entre collaborateurs.
L'Île-de-France reste logiquement privilégiée pour 79% des événements, dans une France très centralisée. En province, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur figure en tête avec 27% de citations, suivie d'Auvergne-Rhône-Alpes à 17%, de la Normandie à 17%, de l'Occitanie à 16% et de la Nouvelle-Aquitaine à 15%. Pour les événements à l'étranger, 22% des entreprises en organisent, restant principalement en Europe à 93%. L'Espagne arrive en tête des destinations européennes à 45%, suivie de l'Allemagne et de l'Italie à 26% chacune. L'Amérique du Nord attire 24% des organisateurs d'événements internationaux.
L'étude révèle également que 86% des entreprises intègrent des activités périphériques dans leurs événements MICE, contre 92% en 2024. Les activités ludiques dominent à 85%, suivies des activités culturelles à 57%, écoresponsables à 40% et sportives à 38%. "Les organisateurs sont dans la recherche d'expériences authentiques à travers la rencontre d'acteurs locaux, des ateliers auprès d'artisans, la découverte du patrimoine, la restauration. On ne nous demande plus d'en mettre plein la vue, mais d'être utile, juste, cohérent", conclut Thierry Bottard de SPL InDeauville.