Jeux olympiques : quels impacts sur le MICE ?

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Hôtellerie - Déjà 70% de taux de réservation à Paris pendant les JO

L’événement phare que sont les JO est-il un frein ou un booster pour l’événementiel d’entreprise ? Témoignages de professionnels unanimes sur une réalité contrastée.

“Offrez le meilleur à vos clients et relations d'affaires”, c’est ce que propose ON LOCATION, le fournisseur officiel “Hospitalités” des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Associer sa marque a un tel événement est effectivement alléchant… Pour autant, fin 2023, en présentant leur budget actualisé, les organisateurs des JO de Paris ont revu à la baisse, de 20 M€,les revenus « hospitalités » et « licences »… pour une contribution minimum garantie de ce secteur de 215 M€ sur un total d’1,42 Mds € de recettes de billetterie prévues au budget de Paris 2024.

Pour les entreprises sponsors des Jeux, ces semaines de juillet et août seront, en toute logique, exceptionnellement riches en événements, Ce sont notamment ces grands groupes qui se retrouveront certainement au Club France, à la Grande Halle de la Villette, où 1.500 m² d’espaces leur seront réservés : “Danone espère pouvoir installer un bar à yaourts et Toyota aura un showroom pour présenter des technologies et des véhicules. Carrefour, LVMH, BPCE, Allianz, la FDJ, EDF ou encore Sanofi seront aussi de la partie et des négociations sont en cours pour grossir le contingent”, d’après L’Equipe. 

“In” & “Out”

Mais pour les autres entreprises, l’engouement se fait toujours attendre… Le package entreprise le plus prisé est la cérémonie d’ouverture. Pour l’heure, 7.000 s’en sont vendus aussi bien à des groupes du CAC 40 qu’à des PME. C’est pas mal mais ce n’est pas la folie.

Et puis, il y a toutes les autres entreprises, qui n’ont pas l’intention d’associer leur nom à l’événement, mais qui ont habituellement une activité événementielle au mois de juin, jusqu’à la mi-juillet, et à partir de fin août. Et pour elles, les JO agissent, semble-t-il, comme un épouvantail.

A ce titre, le témoignage d’Agnès Benveniste, d’Amex GBT Meetings & Events, est signifiant :  “De juin à septembre, le nombre d’événements est en baisse; le volume aussi, mais dans une moindre mesure.” En d’autres termes : des events plus gros, souvent en lien avec les JO, sans que ça compense les annulation ou reports.

Tanya Bencheva, de Native Spaces, confirme cette dichotomie entre “in” et out” : “On a une bonne demande de la part des médias et de grosses compagnies mais on est bien en-deça de  nos prévisions concernant les petites marques, à cause des prix… Même si on sent un frémissement et qu’on mise sur un réajustement en mai-juin, à la faveur d’une baisse des prix.

Il en va de même pour Arnaud Katz, de Kactus : “J’ai un contrat cadre d’un gros partenaire des JO, pour qui j’ai booké quelque 500 chambres durant 15 jours… C’est évidemment énorme. Mais les autres, soit ils décalent, soit ils annulent…” Un décalage dans le temps également constaté par Laurent Gabard, de Rejolt, qui observe en outre un déplacement géographique au détriment de l'Île de France au profit des régions.

“MICE revenge” au Q4 ?

Les raisons de ces reports, tous les professionnels les entonnent à l’unisson : les prix, la sécurité, les craintes liées aux difficultés de déplacement. Et plus on s’approche de l’épicentre parisien des JO, plus la stratégie d’évitement s’impose. Erwan Jouet, de Châteauform’ : “On espérait commercialiser nos maisons parisiennes durant plusieurs semaines, on devra se contenter d’événements sporadiques. Les entreprises craignent les difficultés et cette campagne sidérante appelant au télétravail, heureusement rapidement stoppée, n’a rien fait pour les rassurer. Résultat : nous sommes à 70% de 2023 et peut-être que les récentes annonces sur les QR codes vont encore faire baisser ce ratio, comme ce fut le cas lors de la première communication de la Préfecture de Police”.

En revanche, explique le même, les 23 châteaux franciliens, notamment la dizaine de lieux situés dans les Yvelines, ont trouvé  preneurs durant 3 semaines. Mais les clients ne sont pas des entreprises : “des fédérations sportives, des équipes de certaines disciplines qui estiment que le Village olympique et trop éloigné de leur lieu de compétition.

Mehdi Kaouk, de Radisson, regrette : “On n’apprend jamais de nos erreurs. Nos collègues londoniens nous avaient bien dit qu’en 2012, le taux d’occupation avait été de 70% alors que 100% étaient attendus… On n’a pas voulu y croire”. Il relativise sa déception, cependant, en espérant une dernière ligne droite dynamique avant l’ouverture des Jeux : “Même Coca Cola, sponsor Gold des JO, nous disent qu’ils se penchent seulement maintenant (fin avril, ndr) sur le sujet… Donc je pense qu’il y aura du last minute”.

Un last minute qui cohabiterait avec une tendance inverse, particulièrement instructive, relevée par Arnaud Katz : “Entre janvier et avril 23 et la même période de cette anné, il y a une différence comportementale très nette. En 23, l’event était réservé 150 jours ouvrés en moyenne avant sa tenue. Cette année, l’anticipation est de 23 jours ouvrés (un mois et demi !) de plus…

Autrement dit, désormais, à part du last minute que n’exclut aucun de nos interlocuteurs, les entreprises réservent désormais pôur l’après-Jeux. Seront-ce des events annulés ou décalés ? Arnaud Katz : “Sur Q3 et Q4, le panier moyen est traditionnellement bas. La tendance qui se dessine est à la hausse de ce panier moyen. Il n’y a pas plus de budget mais celui de la soirée estivale qui est annulée est transféré au kick-off de septembre”. 

Ces mois post-JO devraient donc connaître un engorgement de ces événements estivaux reportés… Entre anticipation plus grande des events durant le Q1 et le Q2, suractivité ou sous-activité atypique des sponsors durant le Q3, report d’une partie de des events du Q3 au Q4, c’est en fait durant toute l’année 2024 que les quatre semaines de compétitions olympiques et paralympiques vont impacter le MICE.