Longtemps cantonnée à l'image d'une île de soleil et de plages, Chypre ambitionne un repositionnement stratégique sur le segment des réunions, incentives, congrès et événements professionnels. Le message a été délivré sans ambiguïté par Kostas Koumis, ministre du Tourisme, lors d'une rencontre au salon IFTM 2026 à Paris : "Nous essayons de repositionner Chypre comme une destination MICE." Derrière cette formule, l’aveu qu’un retard avait été pris en la matière et qu’une feuille de route précise allait y remédier.
Celle-ci, ancrée dans la Stratégie nationale du tourisme 2035, et une série de mesures concrètes déployées au cours des deux dernières années. En 2025, l'île a accueilli 4,53 millions de visiteurs, générant 3,7 milliards d'euros de recettes touristiques. Les voyages d'affaires représentent environ 7% des arrivées, une part que les autorités chypriotes entendent faire progresser en ciblant des événements à forte valeur ajoutée, capables de drainer de l'activité tout au long de l'année.
Un nouveau régime d'incitations
Pour concrétiser cette ambition, le gouvernement chypriote a annoncé en cette rentrée 2026 un dispositif de soutien financier dédié aux événements MICE, valable jusqu'en 2029. Il couvre un spectre large : congrès d'associations, réunions d'entreprise, voyages incentives, lancements de produits, soit l'ensemble de la chaîne de valeur du tourisme d'affaires. Même si le ministre réfute une quelconque inspiration étyrangère, on pense à la stratégie développée depuis plusieurs années, pour des raisons comparables, par une autre île méditerranéenne de l'Union européenne : Malte.
Les organisations actives sur ce segment peuvent solliciter une aide financière sous conditions, en échange de l'organisation de leur événement sur l'île. L'ensemble des critères et modalités est accessible via le site du Cyprus Convention Bureau, premier interlocuteur institutionnel de la destination. Ce bureau, rattaché au ministère délégué au Tourisme, assure un rôle de guichet unique : conseil sur les lieux et les capacités, accompagnement aux candidatures internationales, mise en relation avec les agences réceptives et les organisateurs professionnels de congrès agréés.
Kostas Koumis a tenu à replacer cette initiative dans son contexte : "Ces deux dernières années, les infrastructures liées à l'industrie MICE ont été considérablement améliorées. Nous avons également de nouveaux acteurs sur le marché." La Stratégie nationale 2035 recense environ 320 lieux de conférence à travers l'île, représentant une capacité totale estimée à 33.000 participants, répartis de Paphos à Nicosie en passant par Limassol, Larnaca et les stations de montagne du massif de Troodos.
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La France dans le viseur
La France figure explicitement parmi les marchés prioritaires du Cyprus Convention Bureau (CCB). Les arrivées de visiteurs français ont atteint près de 93.000 en 2024, un record absolu, représentant près de trois fois le niveau de 2019. Ce chiffre, qui englobe donc loisirs et affaires, témoigne d'un attrait structurellement croissant pour la destination.
Concernant le MICE, le CCB cible en priorité les secteurs dans lesquels les entreprises et associations françaises occupent une position internationale forte : santé, technologies, innovation, monde académique, culture et associations professionnelles. L'accent est mis sur les événements en intersaison et en hiver, là où le potentiel de croissance est le plus marqué. En effet, le lot des destinations historiquement identifiées comme balnéaires est bien une saisonnalité marquée au détriment de la période décembre-février notamment. Le tourisme d’affaires est tout indiqué pour combler cette faiblesse.
De fait, au gloabal, les arrivées hivernales ont progressé de 23% entre 2022-2023 et 2024-2025. Des éductours réguliers, un accompagnement aux candidatures et les incitations financières du nouveau dispositif 2026-2029 composent l'offre faite aux organisateurs et agences français. Kostas Koumis a mis en avant l'expérience globale que l'île propose à ses visiteurs d'affaires : "Une personne qui vient à Chypre pour participer à un congrès ou à une réunion B2B a également la possibilité de visiter l'une des destinations les plus populaires d'Europe." L'argument touristique - onze mille ans d'histoire, gastronomie identitaire, paysages variés - est ainsi mobilisé au service du positionnement MICE, pour enrichir l'expérience des participants et fidéliser les prescripteurs.
Connectivité aérienne en progression
L'accessibilité depuis la France constitue un levier essentiel de la stratégie chypriote. A l'été 2026, environ 13 vols directs hebdomadaires reliaient la France à l'île, depuis Paris-Charles-de-Gaulle, Orly et Beauvais, complétés par des liaisons au départ de Toulouse et de Bâle-Mulhouse. Pour l'hiver 2026-2027, jusqu'à 6 fréquences hebdomadaires sont maintenues entre la région parisienne et l'aéroport de Larnaca, opérées par Cyprus Airways et Ryanair. Une nouveauté notable : easyJet ouvrira une liaison directe Paris-CDG–Larnaca à partir de février 2027, renforçant l'offre hivernale. La compagnie opère également des vols depuis Bâle-Mulhouse, garantissant un accès annuel depuis l'Est de la France.
Avec un temps de vol moyen de quatre heures depuis Paris, Chypre se situe dans la même fenêtre de distances que Marrakech ou la Turquie, tout en bénéficiant du cadre réglementaire de l'Union européenne. "La connectivité aérienne s'est considérablement améliorée", a relevé Kostas Koumis, qui voit dans ce renforcement des liaisons un facteur décisif pour la montée en puissance du MICE chypriote. La position géographique de l'île, au carrefour de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique, constitue par ailleurs un atout pour les événements à portée régionale ou internationale visant des participants venus de plusieurs continents.