Quelles sont les tendances MICE du moment ? Pour donner un aperçu de l’évolution du marché événementiel français, Kactus a sondé plus de 3 500 événements organisés en 2025 par des grands comptes, dont 11 entreprises du CAC 40, ainsi que près de 35 000 ETI et PME sur l’ensemble du territoire français. Dans un contexte géopolitique complexe, le baromètre Kactus identifie une augmentation des séminaires résidentiels dans le budget événementiel des entreprises, observe plus de maturité en matière de RSE chez les hébergeurs et constate une légère hausse du budget par participant pour un séminaire résidentiel parmi les tendances clés du MICE. Un ensemble de tendances passées en revue lors d’une table-ronde organisée sur le salon IFTM 2026.
La cohésion des équipes, un enjeu stratégique ?
Selon Kactus, 35 % des événements organisés en 2025 sont des séminaires résidentiels, contre 30 % en 2023, une typologie d’événements qui représente 51% du budget événementiel des organisations. « Investir dans la cohésion des équipes et la transformation des organisations est stratégique », résume Malika Emziane, Responsable MICE et stratégies événementielles, AFTM et Acheteuse senior pour Technip Energies. Une tendance structurelle déjà ressentie chez les hébergeurs. « Nous avons enregistré une explosion de la demande après la crise sanitaire. Aujourd’hui un hôtel ne se résume plus à la chambre, il doit proposer une expérience globale », rappelle Candice Péré-Escamps, Régional VP Sales, Revenue & Business Development, Hyatt Europe.
Un parc hôtelier propre, l’atout français
Le baromètre constate notamment une régionalisation des séminaires en île-de-France qui s’impose devant l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle Aquitaine. « Biarritz et l'Hôtel du Palais ont connu une année 2026 record sur les groupes », confirme la représentante de Hyatt. Si le contexte géopolitique compte, les préoccupations RSE pèsent aussi dans les décisions d’acheteurs qui privilégient plus naturellement un parc hôtelier propre. « En moyenne, une nuitée hôtelière en France représente 10kgCO2. A Dubaï, l’empreinte de certains établissements atteint 200kgCO2 », illustre Jean-Pierre Nadir, Fondateur du Groupe FairMoov.
Les engagements écologiques des hébergeurs doivent clairement être mis en avant dans l’offre au risque de passer à côté de 10% à 15% de la demande. Quant à l’attractivité de la Nouvelle-Aquitaine vis-à-vis des groupes, le panel s’accorde sur la richesse de l’offre ferroviaire desservant la destination accessible en quelques heures depuis Paris. « Le bilan carbone de l'événement intégrant le Scope 3, et donc incluant le transport, l'accès en train est un avantage clé », explique le patron de FairMoov.
Les acheteurs sont plus matures sur le MICE
Le baromètre met également en lumière un écart de moins 115 € entre le budget annoncé par le client et la valeur de confirmation de l’événement en 2025, contre + 88€ en 2024. Les acheteurs se montreraient-ils plus vigilants sur le MICE ? « On n’achète pas forcément moins cher, mais mieux », tranche Malika Emziane. L’arbitrage se fait sur la valeur globale de l’événement mise en lumière par une comparaison plus poussée des offres avec, en général, 4 à 5 prestataires interrogés. Avec comme conséquence, pour les hôteliers, de n’être plus seulement réactifs mais aussi capables de bien qualifier la demande pour y apporter une réponse de qualité tenant compte des métriques permettant d’évaluer l’empreinte du projet événementiel.
« Le MICE est le premier secteur où la RSE intervient dès la recherche d'établissement, avant même le prix. Des groupes engagés comme Eklo gagnent des appels d'offres en prouvant qu'ils consomment 80 L d'eau par nuitée contre 170 L chez leurs concurrents », illustre Jean-Pierre Nadir. A l’heure où 5000 hôtels sur 18 000 en France jouissent d’un label RSE, le panel constate plus de maturité de la part des acteurs du marché qui attendent désormais plus de précisions dans les métriques écologiques.
RSE : la formule magique pour les appels d’offres ?
« La RSE fait-elle réellement gagner un appel d’offres ? », lance Arnaud Katz, CEO de Kactus. Pour l’acheteuse du panel, il s’agit davantage d’un « pré-requis éliminatoire » dans les appels d’offres. « Les critères de choix restent le prix, la qualité, la capacité opérationnelle, l'innovation ET la RSE », tranche Malika Emziane. Le sujet se normalise dans l’hôtellerie, comme le WiFi à une autre époque où de nouvelles pratiques s’ancrent, comme la suppression des nappes de réunion ou une meilleure gestion du recyclage.
Cela impacte aussi l’élaboration des offres de restauration et, plus largement, d’activités. Par exemple, lorsqu’un hôtelier fait le choix de supprimer de sa carte des aliments importés pour les remplacer par une production locale, il est en mesure de proposer une expérience cohérente et dans l’air du temps. « A l’Île Maurice, un hébergeur a remplacé les oranges par des papayes et propose aux visiteurs des balades à vélo pour visiter les exploitations agricoles locales », illustre Jean-Pierre Nadir. Ce qui aurait pu provoquer un scandale il y a encore quelques décennies contribue désormais à élever la valeur de l’expérience. Le panel s’accorde pour dire que la RSE n’est plus synonyme de surcoût mais davantage perçue comme un levier d’économies.
Les acheteurs ont besoin de souplesse
Quant aux perspectives 2026 du MICE, Arnaud Katz souligne que le taux d’annulation n’augmente pas et les délais de réservation restent stables. Un ressenti partagé par l’hôtelière présente sur scène. « Le marché français bénéficie de l'effet post-JO de Paris, qui a renforcé l'image internationale de la France. L'année 2026 est très bonne et 2027 s'annonce prometteuse », s’enthousiasme Candice Péré-Escamps. Comment les fournisseurs peuvent-ils s’adapter à ces différentes évolutions qui changent le visage du MICE ? « Chez Technip Energies, les événements sont systématiquement validés en lien avec la sûreté, la finance, les RH et les voyages. Face aux incertitudes, nous demandons de l'agilité et de la souplesse pour pouvoir reporter en cas de besoin », a conclu Malika Emziane.