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MICE : “Quand les clients français viennent en Suisse, ils y reviennent”

Le Switzerland Meeting Trophy, dont l’objectif est de faire découvrir la Suisse à des agences événementielles et des médias étrangers, s’est déroulé à Berne et dans l’Oberland bernois la semaine dernière. A cette occasion, nous avons interrogé Franziska Luthi, Directrice marketing et vente du Suisse Convention Bureau en France.

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David Keller

David Keller

16 juillet 20255 min de lecture

MICE : “Quand les clients français viennent en Suisse, ils y reviennent”
Berne, vue du roof top du Swissotel Kursaal.© Suisse Tourisme/Mattias Nutt

Quelle est votre mission en France ?

Franziska Luthi : Mon rôle consiste principalement à faire connaître les atouts de la Suisse comme destination d’événements professionnels. Je communique auprès des agences événementielles et de tous les organisateurs d'événements français. Ce qui nous distingue d'un office de tourisme classique, c'est que nous accompagnons concrètement les organisateurs avec des conseils personnalisés et des briefings complets. Lorsqu'ils ont un cahier des charges et envisagent la Suisse sans bien la connaître, ils peuvent nous consulter. Nous étudions leur projet avec eux et les mettons en relation avec nos prestataires et partenaires. C'est un service gratuit que nous sommes les seuls à proposer.

La dimension “marketing” de votre activité semble d’autant plus nécessaire que la Suisse ne s’impose pas avec évidence comme destination MICE pour les entreprises françaises…

C’est vrai. Après plus de 20 ans d'existence du Convention Bureau en France, je constate qu'il existe de nombreux préjugés de la part des Français concernant la Suisse. Notre proximité géographique, notre accessibilité en train est indéniablement un atout mais, paradoxalement, il peut jouer contre nous : les gens pensent que nous n'avons rien d'original à offrir parce qu'en France aussi il y a les Alpes ! C'est complètement faux.

Je positionne clairement la Suisse comme une destination proche et dépaysante. Dès que vous traversez la frontière, vous êtes dépaysé : l'architecture, le mode de vie, tout est différent. Nous offrons une grande variété de paysages sur un petit territoire - des montagnes, des lacs, des villes, des vignobles à flanc de côteaux… - avec une concentration exceptionnelle. Nos villes à taille humaine permettent de voir les montagnes depuis le centre-ville, comme à Berne par exemple (notre photo).

Autre paradoxe : notre diversité constitue un défi. Quand on dit "Italie", on pense immédiatement à Rome, à Venise, à la culture, à la cuisine… Pour l'Espagne ou le Maroc, les images sont claires aussi. La Suisse est tellement diverse - quatre cultures, quatre langues, des paysages très divers - que les agents peinent à se faire une idée précise de ce qu'ils peuvent vendre. Cette richesse demande un peu de connaissance préalable.

D’où ce Switzerland Meeting Trophy. Le coût est souvent perçu comme un frein...

Le prix reste un critère très subjectif. Dans ce domaine, nous ne sommes pas l’Espagne ou le Portugal, c’est clair. Mais les entreprises voyagent bien à Londres ou aux États-Unis… En outre, notre spécificité, c'est que nous n'avons pas de très grosses structures d’hébergement : si vous voulez loger 150-200 personnes dans le même hôtel avec un budget 3 étoiles, nous ne pouvons proposer qu'un 5 étoiles. Il faut comparer ce qui est comparable…

Nous sommes effectivement une destination plutôt premium, mais pas exclusivement. Pour les petits groupes, nous trouvons des solutions très abordables. Cependant, je ne vendrai jamais la Suisse uniquement sur le prix. Si vous cherchez la solution la moins chère, ce n'est pas chez nous. Nos clients viennent pour l'expérience : nous n'avons pas un tourisme de masse, mais un tourisme personnalisé. C'est une destination authentique.

C’est-à-dire ?

Nos atouts incluent la qualité d'accueil exceptionnelle, le professionnalisme, et une forte dimension écologique (eau potable partout, produits durables dans les hôtels...). Sur ce dernier point, depuis le COVID et les préoccupations RSE qui s’en sont suivies, les agences recherchent beaucoup plus de destinations accessibles par train et éco-responsables. Cela génère plus de demandes et d'intérêt pour la Suisse.

Il y a 20 ans, les Français ne pensaient qu'au ski pour la Suisse - toutes mes demandes arrivaient entre septembre et décembre pour des séjours en février et mars. Aujourd'hui, c'est réparti sur toute l'année, preuve qu'ils ont découvert notre diversité.

Mon expérience le confirme : il est difficile de faire venir des clients français, mais une fois qu'ils viennent, nous n'avons quasiment jamais de problèmes. Au contraire, ils ont envie de revenir pour découvrir davantage. Les retours d'expérience soulignent systématiquement la qualité d'accueil et la sympathie des habitants.

Quelle est l'importance du secteur MICE en Suisse ?

Si l’on prend comme critère les nuitées hôtelières, on a longtemps cru qu’environ 5% d’entre elles émanaient des événements d’entreprise. En fait, après une étude approfondie et la mise en place d’outils de calcul fiables, on s’est aperçu que le MICE représentait près de 20% des nuitées ! 

Aujourd’hui, ce taux est de 17,2%, en raison des très bonnes performances “leisure”. 17,2% de 42 millions de nuitées en 2024, sachant que nous estimons une dépense moyenne de 350 Francs suisses par jour pour un voyageur “MICE”, faites le calcul…

Environ 2,5 milliards de Francs suisses… Quels sont vos principaux marchés ? Où le Suisse Convention Bureau possède-t-il des antennes ?

Nous avons des bureaux dans les marchés les plus porteurs : Europe (Allemagne, Belgique, Angleterre, Hollande, Scandinavie), Amérique du Nord, Inde, Chine et Asie du Sud-Est. Nos principaux marchés sont les États-Unis, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Mais les volumes peuvent varier selon les années : il suffit de deux gros congrès britanniques pour que le Royaume-Uni passe devant.

Que peut-on souhaiter au Suisse Convention Bureau ?

Peut-être que les agences événementielles sortent de leur zone de confort, qu’elles sortent des sentiers battus en proposant notre destination plutôt que vendre Barcelone pour la dix millième fois ! Et que les entreprises dépassent leurs éventuels préjugés et aient la curiosité de découvrir. Si elles le font, elles reviendront.

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