Fondée il y a près de trois ans par Vincent Raimbault, muto event accompagne les professionnels de l’événementiel dans la réduction de leur impact environnemental. Lauréate du prix du public lors de la Masterclass GBTA France, la start-up propose un service de réemploi solidaire des aménagements éphémères et ambitionne de contribuer activement à l’accélération de la transition écologique du secteur.
Quel est le concept de muto ?
Vincent Raimbault - Fondateur & Directeur Général de muto event Notre objectif est de transformer les ressources et matériaux des aménagements éphémères de la filière événementielle en les réutilisant. On intervient sur site, on trie, on récupère ce qui est réexploitable et on le revalorise. On met en place des flux de dons solidaires en les donnant à des projets qui n’ont pas de grands moyens financiers mais qui sont porteurs. Nos bénéficiaires sont principalement des acteurs de l’économie sociale et solidaire, des associations… C’est du réemploi au sens large. Pour nos clients, on fournit un compte-rendu précis, avec des informations concernant l'identité des receveurs, le type de matériaux reçus, quand et pour quel usage. Tout cela représente un vrai levier pour leur communication et leur rapport RSE.
L'argument économique est très régulièrement mis en avant lorsque l'on parle de la transition verte de la filière. Cet argument est-il encore valable et entendable ?
L’argument économique est le seul qui tienne aujourd’hui. Depuis le Covid, la filière s’est restructurée et la RSE est arrivée partout, mais on sent un vrai essoufflement sur le sujet de l’événementiel responsable. L'an dernier, nous pensions que les Jeux Olympiques de Paris allaient nous permettre de cranter sur le sujet et d'établir de nouvelles normes. Tout est en réalité retombé. Dès que l’économie se rétracte, l’événementiel est le premier touché et est la cible de coupes budgétaires. Sur le plan législatif, l'heure est au rétropédalage que ce soit en France ou plus largement en UE. Sur le principe, tout le monde est intéressé, mais le frein économique est réel.
A-t-on des chiffres sur le volume de déchets généré par le marché de l'événementiel chaque année ?
Non, il n’y a pas de chiffres précis. D’abord parce que l’événementiel est un concept un peu flou. L'UNIMEV, par exemple, représente la branche corporate, mais la filière est très diverse et inclut le cinéma, la culture, le sport, etc. Centraliser l'information n'est pas simple. On sait qu’il y a environ 3,3 millions de m² de stands construits chaque année en France pour les foires, salons, congrès… et ce n’est qu’une petite partie de l’événementiel au sens large. Selon nos propres calculs, un stand génère en moyenne 26 kg de déchets par m². Pour avoir été organisateur d’événements pendant des années, je sais à quel point on reconstruit et reconfigure les lieux, ce qui génère énormément de déchets.
Une installation qui a une durée de vie de 18 minutes peut en générer plusieurs tonnes. J'appelle ça des installations événementielles à usage unique, comme le plastique. Cela demande beaucoup d’énergie et de matière pour un temps très court sans aucun équivalent, quel que soit le secteur. Souvent, les comparatifs se basent sur la data du marché du bâtiment, mais ces constructions une fois terminées sont là pour plusieurs dizaines ou centaines d'années... Un stand en salon, une mise en scène lors d'un congrès, un défilé de mode ou une exposition, c'est quelques minutes ou jours seulement, quelques semaines maximum.
Quel est votre Business Model ? Existe-t-il des subventions pour faire appel à ce type de service ?
Le coût est nettement supérieur à celui d'une simple benne, c’est certain. Pour donner un ordre de grandeur, 30 m³ de déchets équivaut à environ 300 euros, alors que ça devrait coûter plus cher. Nos moyens sont humains et logistiques, donc deux à trois fois plus chers que la gestion classique des déchets, mais la comparaison n’est pas pertinente. On facture au poids, selon la nature du matériau, le temps de traitement et le lieu de récupération. nous devrions être subventionnés, avec des systèmes de malus/bonus, je milite actuellement en ce sens.
Quelle est la typologie de votre clientèle ? Est-ce des entreprises engagées, à impact ou avez-vous des acteurs dits 'polluants' qui souhaitent réduire leur empreinte ?
Nous avons de tout, nous travaillons autant avec des acteurs engagés par principe que des entreprises "polluantes", comme LVMH ou GL Events. Ces sociétés ont conscience de leur impact environnemental, mais sont dans une démarche de réduction et, élément important, soutiennent les prestataires responsables. Elles ont le budget pour et prévoient des budgets conséquents pour tenter d'être plus "propres". Etant donné qu'il n'y a aucune obligation légale ou juridique, la démarche reste volontaire. Il est important que tous les acteurs de la filière s'engagent.
Comment accélérer la transition de la filière ? Cette dernière devra-t-elle obligatoirement passer par une évolution légale ?
Sur le principe, je pense que tous les acteurs sont d'accord pour réduire leur empreinte environnementale et développer une filière plus vertueuse. En revanche, sans évolution juridique ou légale, on ne pourra pas aller plus loin. On ne peut pas compter uniquement sur la bonne volonté des entreprises. Ce n’est pas un simple plafond de verre, c’est du plomb ! Il faut une impulsion qui vienne d’en haut, au moins pour faire passer le message. Cela ne doit pas forcément être punitif, au contraire, je pense que c'est en récompensant les efforts faits par les entreprises et en leur accordant des "bonus" que l'on fera avancer les choses... Ce qui est certain : il faut que l'événementiel évolue car, pour l'heure, il est le "trou dans la raquette" de la RSE en entreprise. Il y a encore un gros écart entre les paroles et les actes.