Acquisition d’Expensya par Medius, un nouvel épisode de la consolidation du marché « expense »

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La suédoise Medius qui rachète Expensya, c'est, pour cette dernière, l'opportunité de grandir et de s'étendre. C'est aussi un nouvel épisode de la consolidation du marché de l'expense, qu'on analyse avec Karim Jouini, confondateur de la fintech franco-tunisienne.

"C'est techniquement une acquisition mais je préfère parler de fusion car nos effectifs (500 pour Medius, 200 pour Expensya, ndr) sont comparables", précise Karim Jouini, cofondateur d'Expensya en 2014. Qu'on l'appelle fusion ou non, pour la fintech franco-tunisienne, ce rapprochement est l'occasion de capter une partie des 200 milliards de flux gérés par Medius.

C'est aussi l'opportunité de s'implanter en Europe septentrionale (incluant le Royaume-Uni) et en Amérique du Nord. Mais entre Expensya et son acquéreur suédois, qui délivre du source to pay et des solutions de paiement fournisseur, c'est avant tout une histoire de plateforme.

Une histoire de plateforme

Quand on lui demande quel sens on peut donner à cette opération, Karim Jouani contextualise : "Un directeur financier achetait un ERP puis dépensait des millions pour le rendre à peu près performant dans tous les domaines".

Mais ça, c'était avant : depuis les années 2010 et les solutions SaaS très simples à déployer, à l'opposé des ERP, le même directeur financier préfère se tourner vers des solutions ultra spécialistes. Et, d'après Karim Jouani, "les spécialistes ont déjà gagné face aux ERP". 

Effet boomerang de ce choix "best of breed" : le pauvre directeur financier d'un grand groupe se retrouve littéralement avec 20 ou 30 logiciels, d'après Karim Jouani (et même 60 d'après certaines études). Ce problème détecté, la tendance "fournisseurs" est aujourd'hui de les regrouper sous une plateforme qui chapeaute "à l'image d'un Office 365 qui regroupe un powerpoint et un excel, compare-t-il. C'est l'avenir du logiciel".

De fait, on observe que le marché de l'expense est effectivement secoué de ces mouvements de concentration. Juillet 2022 : Cegid acquiert Notilus. Septembre 2022 : Silae RH fait de même avec Jenji. Et ce 7 juin, Expensya annonce donc son rachat prochain par Medius. Trois épisodes d'une même série : la consolidation du marché de l'expense. Et si l'on considère que cette consolidation recoupe un mouvement de spécialisation, on pourrait y ajouter le rachat de la partie "travel" de Rydoo, devenue Goelett depuis son acquisition par CDS Group en mai 2022.

Puisqu'on parle de CDS Group... Ce dernier vient de commettre une très intéressante synthèse de la table ronde que le dernier Grand Live du Voyage d’affaires a consacré à "l'expense". On y considère notamment que cette tendance s'inscrit "dans un mouvement exactement inverse à celui du début des années 2000 où l’on ne jurait que par la convergence entre logiciels travel et expense."  

Contre-exemples ?

Pourtant, on pourrait interpréter l'émergence de solutions "tout-en-un" du type Navan ou le rachat d'un Okarito par Swile comme des mouvements inverses. Il y aurait donc coexistence des deux modèles ?

Oui si l'on considère le cas de Navan, selon Karim Jouini. Mais il estime aussi que ce contre-courant n'est pas très porteur : "Pour moi, alors que les interconnexions sont de plus en plus faciles, il n'y a plus d'intérêt à développer un outil travel & expense : la connexion entre l'outil "travel" d'un côté, "travel" de l'autre se fera de plus en plus naturellement." En revanche le même Karim Jouini considère au contraire que l'acquisition d'Okarito par Swile est une autre illustration de cette tendance.

Dans son analyse, Swile est assimilable à "une plateforme qui part du benefits (les cartes resto dématérialisées, ndr), au même titre que Silae part des ressources humaines, mais la logique est la même". De fait, outre la réservation de voyages, en acquérant Sweevana, la belge Briq, et la brésilienne Vee Beneficios, la startup montpelliéraine s'est payée, respectivement, les briques ultra spécialistes "billetterie comité d'entreprise", "mesure de l'engagement des salariés" et "dématérialisation des avantages salariaux".

La question des outils expense a toujours représenté un enjeu important. La proximité de ce mois de juillet 2024 où la dématérialisation des factures (partielle pour les PME, totale pour les grandes entreprises) sera devenue une obligation légale le rend crucial.