Rencontrez les experts American Express au salon IFTM

Aérien : la business class va-t-elle être surtaxée ?

Lors de la Conférence internationale des Nations Unies qui s’est tenue la semaine dernière à Séville, une coalition internationale a proposé une taxe climatique sur les voyageurs premium.

Nous suivre sur Google
David Keller

David Keller

9 juillet 20254 min de lecture

Aérien : la business class va-t-elle être surtaxée ?
Aérien : la business class va-t-elle être surtaxée ?© AdobeStock

Une proposition secoue le secteur de l’aviation mondiale : lors de la Conférence internationale des Nations Unies sur le financement du développement, une coalition de huit pays a présenté un projet de taxe ciblant les passagers de première classe, de classe affaires et les utilisateurs de jets privés. Objectif : responsabiliser les voyageurs les plus aisés face à l’urgence climatique et financer l’adaptation des pays vulnérables.

Portée par la France, l’Espagne, le Kenya, la Barbade, le Bénin, la Sierra Leone, la Somalie et Antigua-et-Barbuda, cette initiative vise à instaurer un prélèvement climatique mondial pouvant générer jusqu’à 78 milliards d’euros par an, selon une estimation du cabinet CE Delft. Une somme destinée à soutenir les infrastructures, la résilience et les énergies propres dans les États les plus exposés aux effets du changement climatique.

«Ceux qui ont le plus bénéficié de la mondialisation doivent aussi en assumer le coût climatique» (E. Macron)

Le principe est simple : faire contribuer davantage ceux dont les déplacements ont l’empreinte carbone la plus élevée. Les passagers des cabines premium représentent une minorité du trafic aérien mondial, mais une part disproportionnée des émissions. Selon le Groupe de travail sur les prélèvements de solidarité mondiale (GSLTF), à l’origine de la proposition, les sièges en première classe ou en jet privé peuvent émettre jusqu’à neuf fois plus de CO₂ que ceux en classe économique.

«Ceux qui ont le plus bénéficié de la mondialisation doivent aussi en assumer le coût climatique», a déclaré le président français Emmanuel Macron à Séville. La France, qui a accueilli un nombre record de 100 millions de touristes internationaux en 2024, entend jouer un rôle moteur dans cette réforme, en mettant son poids diplomatique au service de la justice climatique.

L’initiative se distingue par la diversité des pays signataires : une alliance inédite entre pays du Nord et du Sud. Elle réunit des puissances touristiques comme la France et l’Espagne, des économies émergentes comme le Kenya, et de petits États insulaires confrontés à la montée des eaux, tels que la Barbade ou Antigua-et-Barbuda. Tous dénoncent une injustice fondamentale : pendant qu’une minorité voyage dans un luxe carboné, d'autres pays, peu émetteurs, paient le prix fort du dérèglement climatique.

Une mesure soutenue par Bruxelles, critiquée par le secteur

La Commission européenne s’est rangée derrière cette proposition, en ligne avec ses ambitions pour une fiscalité écologique plus juste. Mais du côté de l’industrie aérienne, les réactions sont vives. L’Association internationale du transport aérien (IATA) met en garde contre les effets d’une telle mesure sur la reprise post-Covid et les investissements dans la décarbonation du secteur.

«Une surtaxe pourrait ralentir la transition vers des carburants durables et pénaliser l’innovation», affirme un porte-parole de l’IATA (voir plus ci-dessous). Les compagnies aériennes craignent aussi un effet dissuasif sur le segment des voyageurs premium, crucial pour leur rentabilité.

Vers un nouveau contrat moral du transport aérien ?

Pour les partisans de la taxe, l’enjeu dépasse les considérations économiques. « Il ne s’agit pas de punir le voyage, mais de corriger un déséquilibre systémique », insiste le GSLTF. La proposition ne prévoit ni interdiction de vol, ni limitation directe des déplacements, mais une tarification proportionnelle à l’impact climatique.

Reste à savoir si cette mesure pourra franchir l’étape de l’application. La coalition devra convaincre un plus grand nombre de pays, faire face aux lobbys du secteur aérien et mettre en place un mécanisme de collecte équitable. Mais le signal est clair : dans un monde en surchauffe, le premium a désormais un prix et les classes avant pourraient devenir un point de focalisation.

L'IATA vent debout contre la taxe

L’Association internationale du transport aérien (IATA) affirme que les 78 milliards d’euros (plus de 90 milliards de dollars) espérés par cette taxe dépasseraient largement le bénéfice du secteur en 2024, estimé à 32,4 milliards de dollars.

Elle insiste sur les marges structurellement faibles de l’aviation (3,4 % en 2024), ce qui doit, selon elle, être pris en compte dans toute décision politique. Elle met également en avant son engagement financier massif pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, estimé à 4.700 milliards de dollars.

Elle rappelle par ailleurs la contribution directe du secteur à l’économie mondiale : 3,9 % du PIB et 86,5 millions d’emplois soutenus. Selon l’IATA, une augmentation des taxes limiterait la capacité du secteur à investir dans des technologies durables pour réduire ses émissions.

Elle cite aussi son Système de compensation et de réduction des émissions de carbone (CORSIA), comme un outil déjà en place pour encadrer les efforts environnementaux du secteur. L’efficacité de CORSIA risquerait d’être affectée par la fragmentation des politiques climatiques mondiales.

Sur la même thématique

Voir tout