“Avec Notilus, Cegid a vocation a être dans le Top 3 du Travel & Expense”

“Avec Notilus, Cegid a vocation a être dans le Top 3 du Travel & Expense”
Jean-Baptiste Auzou (gauche), directeur BU Finance chez Cegid, et Gilles Bobichon, cofondateur de Notilus.

Suite à l’acquisition de Notilus par Cégid, Gilles Bobichon créateur et CEO de la première, et Jean-Baptiste Auzou, directeur de la BU (business unit) Finance de la deuxième répondent à nos questions. Interview croisée sur une stratégie commune.

Racontez-nous cette acquisition...

Jean-Baptiste Auzou (Cegid) : Après 6 ou 7 mois de discussions, l‘acquisition de Cegid était finalisée (pour un montant non communiqué, ndr). Nous nous connaissions déjà : nous sommes des entreprises lyonnaises, les collaborateurs de Cegid utilisent Notilus pour leurs notes frais et nous avons des clients communs.

Gilles Bobichon (Notilus) :  Notilus et ses 140 salariés ont donc rejoint les équipes de Cegid. Comme notre effectif, l’ensemble des opérations qu’on traitait sont conservées. Aussi bien nos solutions Travel&Expense que de fleet management.

Fleet management ?

GB :  Nous avons mis sur le marché en 2019 cette solution qui s’appelle YourWay et qui s'intéresse à la gestion des contrats, des véhicules, au verdissement de la flotte, etc. Cette solution, parce que récente, est en plein développement.

Revenons à cette acquisition. Dans quelle stratégie s’inscrit-elle ?

JBA : Il y a des éléments purement liés à Notilus. C’est un acteur majeur dans son domaine proposant une offre complète. Pour Cegid, la seule position de Notilus est intéressante. C’est une équipe de pros dédiée à un domaine  dans lequel Cegid n’a pas cette expertise.

Ensuite, il y a des  éléments plus stratégiques : l’offre de Notilus est en plein développement - notamment celle sur le fleet - avec une capacité à aller chercher des marchés importants; avec une solution qui embarque beaucoup d’innovations potentielles - IA, machine learning… 

Il y a aussi un intérêt par rapport au positionnement de Cegid. On est présent sur beaucoup d’offres verticalisées : de la trésorerie, de la taxe, du retail, des immobilisations… Avec Notilus, on vient rajouter une brique “best of breed” (le meilleur dans une niche, ndr) dans le Travel & Expense. Avec Notilus, Cegid a vocation à faire partie du top 3 dans ce domaine.

Question “miroir” : quel intérêt pour Notilus ?

GB : La vie d'une entreprise comporte plusieurs phases. On a considéré que le moment était propice, pour Notilus, d’accélérer son développement. Soit on le faisait seul mais ça prenait du temps. Soit en s’appuyant sur une entreprise structurée au niveau national et international, disposant de moyens financiers, de technologies…

Notre association a beaucoup de cohérence et une ambition partagée : de la croissance et un positionnement marqué au niveau européen, voire international. Pour Notilus, la courbe de croissance est bonne - même durant la période Covid, dans un secteur particulièrement touché, on a été “flat”, donc pas de décroissance. On a la même volonté, les mêmes ambitions, on sert les mêmes personnes, on a un ADN très proche - le cloud, l’IT, la valeur ajoutée pour que les clients se concentrent sur leur cœur de métier. C’est le bon partenaire, les gens sont sympas, réactifs, avec de la puissance… De quoi nous conforter dans ce qu’on veut faire. 

Pour Notilus, Cegid peut aussi être une porte d’entrée vers le mid-market…

GB : C’est vrai. La plupart de nos quelque 1.200 clients sont des ETI, des grandes entreprises et des établissements publics. Notre présence sur les PME est plus anecdotique. Avec celle, forte, de Cegid, on entend accéder à ce segment en adaptant notre solution, en France et à l’étranger. Car l’international est un levier de croissance important. 

JBA : Sur ce sujet des segments de marché occupés par l’un et l’autre, il y a deux choses à distinguer. Il y a les clients que nous avons en commun. Un argument de plus en faveur de notre rapprochement. Ce sont donc des ETI et des grands comptes. Et effectivement notre présence sur les PME et les TPE est une très belle opportunité pour Notilus. Notre positionnement ERP est très fort pour le “bas de marché”, le mid market, et l’ETI. La complémentarité est évidente car de plus en plus d’appels d’offres “ERP” embarquent le sujet de la note de frais “voyage”.

Et sur un vivier de combien de clients "Cegid" Notilus peut-elle lorgner ?

JBA : La BU Finance compte 8.000 clients qui vont de la TPE aux grands groupes. Mais il faut y ajouter les clients de la BU HCM, (human capital management) puisque le périmètre de Notilus est à la frontières de ces deux divisions. Elles vont d’ailleurs se rapprocher par souci de synergies, et dans cette restructuration, Notilus aura un rôle central. En tout, Cegid ce sont 350.000 TPE clientes, environ 12.000 PME/ETI et 39 des 40 entreprises du CAC. Pour continuer dans les chiffres, Cegid réalise 632 M€ annuels de chiffre d’affaires, la BU Finance, 140, et Notilus, 15.

Quels vont être les développements prioritaires de Notilus ?

GB : D'une façon générale, les solutions SaaS demandent des améliorations permanentes, c’est ce que nous faisons depuis la création de Notilus et nous allons amplifier ce mouvement.  On investit beaucoup, à ce titre, sur la partie IA de l’expense, Mais aussi des services plus nouveaux comme le fleet management que j’ai déjà évoqué. 

Notilus possède la brique première - l’ordre de mission - et la dernière - la gestion des notes de frais. Ces développements pourraient-ils consister à combler les trous pour devenir une solution end-to-end ? 

GB : Non ce n’est pas dans notre stratégie. Le principe est de rester agnostique et de se connecter à différents systèmes qui apportent de la valeur, qui soient les meilleurs pour le client. Notilus doit être le socle de ces interconnexions entrées-sorties avec des tiers, que nous manageons et optimisons, avec des SBT, des HBT, la SNCF, ou encore Carbookr, par exemple. 

Cegid n’est pas “Business travel native”. Un peu comme Sodexo qui rachète Rydoo. Et on connaît la suite…

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JBA : Par gros temps, un groupe a tendance à se replier sur son métier d’origine quand c’est nécessaire. C’est ce qui s’est passé dans le cas que vous évoquez. Mais nous, on fait le même métier ! 

GB : Exactement ! Notre adhérence aux activités Cegid est évidente et elle va se renforcer. Cegid se développe beaucoup, a fait un virage sur le SaaS depuis de nombreuses années avec une belle réussite et on est sur les mêmes sujets. Notilus a la capacité financière de se développer et Cegid celle d’associer des briques à valeur ajoutée à une structure de services déjà très en place. Sodexo est sur un autre marché que Rydoo qu’elle a racheté davantage dans une démarche de diversification que de complémentarité et de structuration de l’offre. Autre différence : contrairement à Rydoo, Notilus a toujours fait de la croissance.

Comparaison plus flatteuse : SAP Concur...

GB : Concur, pour pénétrer des marchés, a eu besoin de SAP Amérique et ce fut une belle réussite. Donc oui, c’est une belle inspiration ou, du moins, la validation de la pertinence d’un rapprochement basé sur la complémentarité avec l’internationalisation comme levier.

Les 140 collaborateurs Notilus sont intégrés aux 3.600 salariés Cegid. Notilus va peut-être perdre son nom… Son âme aussi ?

JBA : Je me permets de répondre avant de donner la parole à Gilles car si je suis aujourd’hui le directeur de la BU Finance de Cegid, j’étais avant le créateur d’une solution de flux financier, ACA, rachetée par Cegid il y a 18 mois. Pour l’instant, Notilus est devenu ‘Notilus, a Cegid company”, et peut-être que son nom disparaîtra comme celui d’ACA. Mais au bout d’un moment, pour un entrepreneur, l’enjeu n’est plus le nom de sa boîte mais que sa solution se développe et croisse. Et puis, on peut considérer que Notilus rejoint avant tout la BU Finance de Cegid, qui est, comme chacune des BU de Cegid, comme une grosse PME. Pour la nôtre : 500 salariés, ça reste à taille humaine !

GB : Je suis d’accord. J’ai déjà dit que Cegid et Notilus avaient le même ADN, j’aurais pu dire “culture d’entreprise”. J’ajouterais : créer une boîte, la faire grandir, c’est stimulant. Mais passer à une autre phase de son développement, adossé sur une entreprise puissante, et contribuer, à sa mesure, à sa croissance, ce n’est pas mal non plus ! Le groupe a pour ambition de réaliser 1,3 milliard de CA en 2026 (soit un doublement de l'actuel, ndr). Ça aussi c’est stimulant !