Crise du COVID-19 : La renégociation des contrats fournisseurs a-t-elle eu lieu ?

La crise liée à la pandémie aura fortement et durablement impacté le marché du voyage d’Affaires et ce, à tous les niveaux. En interne, certaines entreprises ont profité de cette période pour renégocier leurs contrats fournisseurs, lancer de nouveaux appels d’offres ou faire le choix de soutenir l’industrie tout en restant « vigilant ».

Depuis mars 2020, l’industrie du voyage d’Affaires tourne au ralenti et si une reprise semble s’amorcer peu à peu, cette dernière s’avère encore timide et fragile. Pour les entreprises, ce contexte (qui dure) a amené les Travel managers à revoir certains contrats liés aux déplacements des collaborateurs. Pour Saskia Chevallier, Global Travel Manager chez SBM Offshore, cette période a été remplie de doutes et de nouvelles priorités : « Chez SBM il a d’abord fallu se concentrer sur la rotation de nos marins puis, très rapidement définir les voyages essentiels et ceux qui ne l’étaient pas ». Pour elle, la renégociation des contrats n’a pas été une priorité : « Nous avons surtout été, comme beaucoup, en ‘apnée’ en attendant de voir comment la situation évoluait et de fait, les dépenses liées au voyage ont été drastiquement réduites.  En revanche, nous avons voyagé moins, certes, mais plus cher pour assurer une sécurité optimale ».

Temps disponible et période creuse

Du côté de Siemens, cette période « creuse » a été propice à la renégociation davantage portée par un gain de temps disponible que par soucis d’économie : « Nous avons par exemple renégocié la carte Corporate backup, dossier qui était sur la table depuis longtemps mais dont je n’avais pas eu le temps de m’occuper », explique Aurore Fondeur, Responsable Achats Travel et Communication chez Siemens. En parallèle, la priorité s’est portée sur la renégociation des hôtels, avec notamment un nouvel appel d’offres : « Nous avons favorisé certains hôtels afin d’avoir le meilleur tarif . Ces offres venaient déjà compléter l’inventaire d’HRS avec lequel nous travaillons. Nous avions en effet commencé à observer des baisses et des hausses de prix chez certains acteurs, selon les groupes », ajoute-t-elle. Pour Saskia Chevallier, habituée à travailler avec un agrégateur d’hôtels, la qualité de service n’a effectivement pas été la même que d’habitude mais, « les volumes étaient également au plus bas donc nous nous en sommes accommodés. Si une renégociation n’a pas eu lieu nos attentes, elles, ont évolué et notre priorité était d’avoir une confirmation rapide que les hôtels où étaient envoyés nos collaborateurs étaient bien ouverts et qu’ils répondaient à des normes sanitaires strictes ». Si le discours est aujourd’hui au « soutien des acteurs », la Travel manager affirme qu’il faut tout de même rester vigilant sur une possible hausse des prix.

Hausse des prix et risque de faillite 

Pour l’aérien, l’heure est également au soutien mais, « il ne va pas falloir que le COVID devienne une excuse pour tout, notamment sur une future hausse des prix d’ici à quelques mois », ajoute Saskia Chevallier. Pour Aurore Fondeur, la renégociation s’est avant tout portée sur une prolongation tarifaire, sur 6 mois seulement : « Lancer un appel d’offres dans ce contexte était trop compliqué au niveau logistique car les services concernés étaient moins disponibles avec la mise en place du chômage partiel. En revanche, la prise de décision du gouvernement de supprimer certaines lignes domestiques pour favoriser le train a été du véritable ‘pain bénie’ en interne pour inciter davantage nos collaborateurs à revoir leur façon de voyager ». Concernant la peur du risque de faillite, elles s’accordent à dire que cela ne concerne que quelques routes isolées mais que oui, ce risque existe et les professionnels du voyage en ont conscience. « Il se peut notamment que l’on perde de l’argent avec South Africa Airways par exemple qui est visiblement dans une très mauvaise posture mais cela reste un cas vraiment spécifique », déclare Saskia Chevallier.

La RSE comme priorité absolue 

Si le transport a été particulièrement touché par la pandémie, l’évènementiel, lui, a connu une crise sans précédent : « L’évènementiel a été particulièrement impacté et nous travaillions déjà avec des agences capables de s’adapter et de proposer des formats hybrides. Pour le coup, nous avons réellement privilégié les contrats à long terme et décidé de ne pas lancer d’appel d’offres sur ce secteur. Dans tous les cas, cela n’était pas possible puisque les chefs de projets étaient en chômage partiel et il fallait donc payer ou garantir le gain de l’appel auprès des agences. Une facturation au forfait a été mise en place et le secteur mérite aujourd’hui notre soutien », explique Aurore Fondeur.

A la question y a aura-t-il un avant et un post crise en interne ? La réponse est affirmative : « Notre travail est davantage porté sur la RSE et certaines tâches sont revenues en haut de la pile. Si notre Travel Policy reste pour le moment inchangée, l’enjeu RSE est devenu une vraie priorité », concède Saskia Chevallier. Pour Aurore Fondeur : « Cette crise a permis aux TM du groupe Siemens de travailler sur un nouveau programme davantage axé sur le développement durable. La RSE fait partie des priorités et cette ‘période creuse’ nous a donné la possibilité de travailler dessus. La Travel Policy sera prochainement modifiée et deviendra plus durable, notamment en matière de choix de véhicules rent car, d’hôtels et de transports ».