Tribune – Des voyages d’affaires éco-responsables, c’est possible ?

Vincent Bourbonnais, Product Leader – Head of Travel Neo chez American Express Global Business Travel (GBT), dans cette tribune libre publiée par DéplacementsPros.com, invite à mieux voyager, à construire des politiques voyages responsables, à investir dans des carburants durables, à dématérialiser, compenser et analyser les voyages par le biais du reporting.

Le défi climatique est plus que jamais au cœur des préoccupations des entreprises du voyage d’affaires qui œuvrent à réduire leurs émissions carbones, en adéquation avec les objectifs fixés par les Accords de Paris, au moins 40 % de réduction d’ici 2030. Les grands acteurs de l’industrie sont ainsi exhortés à repenser leurs stratégies de développement à long terme en engageant toutes les parties prenantes – collaborateurs, clients et partenaires – pour créer un voyage responsable, sûr et pérenne. Voici quelques conseils destinés aux Travel Managers pour redonner toute leur valeur aux déplacements professionnels.

Apprendre à voyager mieux
Le voyage d’affaires possède un rôle essentiel à plusieurs niveaux : il accroit les opportunités commerciales, favorise la rencontre des collaborateurs basés dans différents pays et renforce les liens avec les clients. Or, la pandémie de covid-19 nous a invités à repenser la manière dont nous voyageons, suggérant ainsi que chaque déplacement doit faire l’objet d’une réflexion rigoureuse en amont. Il existe aujourd’hui des fonctionnalités où l’on peut préciser les raisons de son voyage dès l’étape de la réservation, et ce, afin de juger de sa pertinence, conformément à la politique voyages de l’entreprise.

Il est également possible de travailler autrement grâce à des technologies telles que la visioconférence, sans pour autant abolir les rencontres physiques. Pour ce faire, les entreprises du voyage d’affaires pourront s’appuyer sur la data et la personnalisation afin d’identifier de manière précise où réside la valeur ajoutée dudit déplacement. Cet équilibre virtuel-présentiel est d’autant plus pertinent aujourd’hui que la dimension conseil du métier a pris une ampleur sans précédent, avec pour préoccupations majeures, la sécurité des voyageurs et la qualité des déplacements. La reprise est plus que jamais d’actualité puisque les voyages professionnels ont atteint 4/5ème du niveau de 2019 en avril-mai 20221.

Bâtir une politique voyages holistique
De nombreuses entreprises ont pris conscience de la nécessité de construire une politique voyages responsable qui dépasse le cadre de l’entreprise et se reflète jusque dans le choix des partenaires. Selon un rapport publié en avril 20222, déjà 20 % des entreprises interrogées exigent que leurs compagnies aériennes préférées aient une certification environnementale. Le voyage d’affaires est avant tout concerné par les émissions indirectes de niveau 3, c’est-à-dire celles liées au transport des collaborateurs ou à leur hébergement. Par exemple, les agences de voyages d’affaires recommandent à leurs clients de privilégier des vols directs afin de limiter le nombre de décollages, de détours et d’atterrissages ainsi que la cabine economy, au coût carbone par passager moins élevé. De même, pour des trajets courts et domestiques, elles peuvent suggérer l’alternative du train, qui permet de diviser son empreinte carbone par trois par rapport à l’avion. Enfin, les agences de voyages d’affaires et les clients ont la possibilité de négocier des prix avec des partenaires plus soucieux de l’environnement. Des outils de réservation à la pointe de la technologie permettent d’ajouter des filtres et de réserver des hôtels labelisés « durables » ou encore des voitures électriques ou hybrides.

Investir dans des carburants durables est fondamental
Les agences de voyages d’affaires et compagnies aériennes ont tout intérêt à investir dans des carburants plus respectueux de l’environnement, en passe de donner une nouvelle dimension au secteur aérien. En effet, le gouvernement français impose depuis le 1er janvier a minima 1 % de biocarburant dans les réservoirs des avions et 5 % à horizon 2030. Selon l’IATA3, l’utilisation d’éco-carburants permet de réduire considérablement les émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie par rapport aux combustibles fossiles, jusqu’à 80 % dans certains cas. Le Sustainable Aviation Fuel (SAF) est d’ailleurs l’un des plus plébiscités pour limiter son impact sur l’environnement. Et pour cause, le cycle de vie de ce biocarburant est intéressant car sa production repose sur le recyclage de déchets. Si ces carburants d’origine non-fossile sont encore peu utilisés, les initiatives pour développer leur usage se multiplient. D’autres pistes peuvent également être envisagées telles que l’éco-pilotage en utilisant des outils numériques qui aident les compagnies aériennes à faire de meilleurs choix et à utiliser moins de carburant.

Eduquer les voyageurs pour les sensibiliser aux enjeux environnementaux
a sensibilisation des voyageurs est un enjeu important pour les Travel Managers. En effet, une prise de conscience écologique sera possible seulement si les voyageurs d’affaires disposent d’informations tangibles pour les aider à passer de l’intention à l’action. Par exemple, au lieu d’afficher une volumétrie de CO2 dans les politiques voyages qui reste intangible pour de nombreux collaborateurs, il est plus judicieux de mettre l’accent sur les bonnes pratiques et de les guider vers les meilleurs choix. En effet, de nombreux collaborateurs n’ont pas conscience du niveau d’émission de CO2 lors d’un trajet ni des conséquences concrètes sur l’environnement. Ce type d’actions peut les amener à réévaluer leur propre empreinte et à réfléchir à la pertinence de chaque déplacement. Les Travel Managers doivent donc veiller à faire appliquer les conseils de la politique voyages afin qu’elle bénéficie à la fois à l’entreprise et aux voyageurs.

Ne pas négliger le post-voyage
L’organisation du voyage d’affaires ne s’arrête pas au retour du collaborateur et certaines actions peuvent être optimisées dans le sens de la durabilité. Les notes de frais relatives aux voyages peuvent ainsi être entièrement dématérialisées et intégrées dans le processus de réservation, grâce aux outils de réservation en ligne (SBT). Par ailleurs, le reporting est un outil efficace pour analyser les voyages passés et avoir une vue d’ensemble sur les actions liées aux déplacements. Il peut ainsi aider à la prise de décisions sur l’augmentation ou la réduction du nombre de voyages et le ciblage de certaines régions. Enfin, des agences de voyages d’affaires permettent à leurs clients de compenser leur empreinte carbone auprès d’organisations à but non lucratif telles que la Fondation Carbonfund.org et Carbon Footprint. Les entreprises peuvent choisir l’activité de compensation qu’elles souhaitent soutenir parmi une variété de projets, de prix et de lieux à travers le monde. C’est un moyen efficace et immédiat pour les entreprises d’atténuer leurs émissions à court terme tout en poursuivant des réductions à long terme.

La collaboration entre les différents acteurs de l’industrie est donc essentielle pour parvenir à compenser les émissions des déplacements des voyageurs d’affaires. Toute la chaine de valeur doit être mobilisée pour construire un modèle économique plus durable.

1 Données issues du Baromètre Amex GBT 2022, téléchargeable ici