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Duty of care : les voyageurs d'affaires particulièrement exposés aux aléas climatiques

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Margot Ladiray

Margot Ladiray

13 mars 20264 min de lecture

inondations
inondations© Adobe Stock

Tempêtes, inondations, vagues de chaleur historiques... Les événements météorologiques extrêmes s'imposent désormais comme une composante majeure de la sécurité au travail. Face à la vulnérabilité des collaborateurs en déplacement, International SOS rappelle dans son dernier livre blanc que l'anticipation s'impose désormais aux Travel Managers.

Au-delà des risques sécuritaires et du contexte géopolitique complexe, les catastrophes naturelles s'inscrivent désormais dans la réalité opérationnelle des entreprises, et ne relèvent plus de l'événement exceptionnel. Selon les données publiées par International SOS dans son dernier livre blanc, le nombre d'événements climatiques extrêmes est passé d'une centaine par an entre 1970 et 2000 à près de 500 annuellement lors des deux dernières décennies.

Les projections mondiales anticipent même 560 catastrophes d'ici 2030. Rien qu'en 2024, 45,8 millions de personnes ont été déplacées dans leur propre pays en raison de phénomènes météorologiques. Pour les dirigeants et les Travel Managers, cette évolution transforme radicalement la gestion des déplacements professionnels et la notion de devoir de protection. ISOS rappelle à ce titre un principe fondamental pour les directions des risques : « la fatalité est l'excuse de ceux qui ne sont pas préparés » et « l'impréparation est devenue une faute » .

Une vulnérabilité spécifique en déplacement

Les collaborateurs en déplacement professionnel sont particulièrement exposés à ces nouveaux risques. Contrairement aux équipes sédentaires, le voyageur d'affaires se retrouve souvent plongé de manière soudaine dans des environnements extrêmes auxquels son organisme n'a pas eu le temps de s'acclimater. Le docteur Philippe Guibert, Directeur Médical Global d'International SOS, insiste sur la nécessité de personnaliser l'analyse des risques en entreprise. Il précise qu'il faut « croiser les données climatiques avec les données RH. Ne pas regarder seulement où se trouvent les bureaux, mais qui fait quoi ». Il ajoute qu'« un cariste dans un entrepôt, un technicien de maintenance en extérieur ou un voyageur d'affaires en escale à Delhi pendant un pic de pollution n'ont pas la même vulnérabilité ». Une réalité qui impose, selon lui, de repenser la préparation des missions en amont.

Des conséquences physiologiques et psychologiques mesurables

L'impact de ces dérèglements sur la santé est avéré, la chaleur s'imposant comme le principal facteur de risque. En 2024, on apprend que chaque individu a été exposé en moyenne à 1.609 heures de "stress thermique", en hausse de 36% par rapport aux années 1990. Selon le rapport, l'effet sur les performances est direct puisqu'à partir de 32°C, la productivité baisse de 40%. Les conditions météorologiques peuvent également devenir critiques pour des organismes non préparés. À 34°C avec un taux d'humidité de 80%, la température ressentie atteint 54°C, un seuil de "dangerosité capable de transformer des pathologies silencieuses en urgences médicales", est-il précisé. 

Au-delà de la santé physique, l'aspect psychologique affecte durablement les collaborateurs exposés à ces événements. Le livre blanc rapporte qu'entre 20 et 50% des personnes ayant survécu à une catastrophe climatique développent des troubles anxieux ou des syndromes de stress post-traumatique. Pourtant, la prise en charge post-crise reste souvent négligée dans les politiques de ressources humaines et près de 40% des organisations n'offrent toujours aucun soutien psychologique à leurs équipes après un tel événement. Pour le docteur Guibert il s'agit d'une urgence et appelle à un « changement de logiciel : leur santé n'est plus un coût, c'est l'actif qui garantit la survie de l'entreprise ».

Vers une obligation de préparation et d'anticipation

Aujourd'hui, 26% des organisations reconnaissent être incapables de localiser précisément leurs employés en cas de crise majeure. Face à ces enjeux, le manque de préparation expose les entreprises à des risques juridiques et opérationnels critiques. Pour ISOS, la gestion logistique des déplacements doit inévitablement évoluer vers une véritable évaluation médicale. L'« aptitude au climat », recommandée par les experts de la santé, devrait désormais s'inscrire dans le suivi de la médecine du travail avant la validation d'une mission dans une zone à risque. Christophe Suptil, Directeur Stratégie d'International SOS France, abonde dans ce sens en rappelant que le changement climatique « n'est plus un risque lointain pour l'entreprise, il est désormais prévisible, considérez donc qu'il entre pleinement dans le devoir de protection de l'employeur ».

A titre d'exemples, Safran a mis en place des mesures précise après avoir cartographié ses expositions. Véronique Zerrouki, VP Santé, Sécurité et Bien-Être au Travail du groupe, indique : « Nous avons élaboré un standard santé-sécurité pour les enjeux climatiques, qui sera testé tout au long de l'année 2026 avant d'être intégré à notre système de management en 2027 ». De son côté, Michelin évalue la vulnérabilité de l'ensemble de ses sites et Francis Renault, expert en adaptation au changement climatique chez Michelin, assure que la protection des salariés face aux aléas climatiques se fait "à tous les niveaux décisionnels du groupe". Le docteur Guibert conclut : « Ne subissez pas. Passez d'une logique de réaction à une logique de résilience humaine. C'est le meilleur investissement que vous puissiez faire pour les dix prochaines années » .

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