Ce 1er avril, l'Europe va peut-être offrir une magnifique démonstration de ce qu'il ne faut pas faire en matière de transition écologique. Sous couvert de "simplification administrative", la loi Omnibus - si elle est adoptée (comme c’est attendu) par les parlementaires - s'apprête à vider la directive CSRD de sa substance, créant une RSE à géométrie variable qui risque de nous coûter cher. Très cher.
Reporter à 2028 les obligations de reporting extra-financier pour les entreprises de 500 à 1000 salariés n'est pas une simplification, c'est une capitulation. Exclure 80% des entreprises du périmètre obligatoire revient à tirer une balle dans le pied de la transition écologique. À l'heure où la transparence devrait être la règle, l'Europe choisirait, en cas d'adption, l'opacité.
Cerise sur le package législatif : l'abandon de l'obligation d'audit des rapports extra-financiers. Autant dire que nous passerions d'un reporting vérifié à un exercice de communication pure. Comment prendre au sérieux des données qui ne seraient plus contrôlées par des tiers indépendants ? C'est ouvrir grand la porte au greenwashing institutionnalisé.
Qui perd, perd
Les défenseurs de cette réforme mettent en avant la complexité du reporting, qui pénaliserait notamment les PME. Ce qui ne convainc pas Julien Etchanchu, spécialiste de la durabilité du cabinet Advito : “Les contraintes qu’exige la CSRD sont bien moindres que celles imposées par les rapports financiers !."
Les PME que l'on prétend "protéger" en les exemptant de ces obligations seraient les premières victimes de cette politique à courte vue. Dans un monde où la durabilité devient un critère de choix majeur pour les collaborateurs, les clients et les investisseurs, les exclure du reporting extra-financier revient à les condamner à une dévalorisation de leur crédibilité sur le marché international.
A contre-courant
À l'heure où les catastrophes climatiques se multiplient, où les investisseurs réclament plus de transparence, où les consommateurs exigent des engagements concrets, l'Europe choisirait de faire marche arrière. Un choix qui interrogerait sur notre capacité collective à affronter les défis du siècle.
En bradant sa crédibilité environnementale, l'Europe risquerait de perdre bien plus que quelques fractions de points de croissance à court terme. Elle pourrait perdre son âme et son leadership dans la transition écologique.
Nous risquons de nous retrouver dans quelques années à courir après des standards que d'autres nous imposeront. L'Histoire retiendra que c'est au moment où il fallait accélérer que nous avons choisi de freiner... À moins que le Parlement européen ne se réveille et ne corrige le tir. Réponse dans quelques heures.