Deloitte estime que les budgets de voyage d’affaires augmenteront en moyenne de 12% en 2026, puis de 10% en 2027. La hausse des dépenses progresse toutefois environ deux fois plus vite que le nombre de voyages. Le marché connaît donc une croissance en valeur, mais beaucoup plus limitée en volume. Selon l'étude, l’évolution des tarifs aériens explique une large part de cet écart : les billets représentent près de 30% du budget moyen de voyage des entreprises. D’après les données de réservations professionnelles utilisées par Deloitte et produites par Prime Numbers Technology, les tarifs domestiques ont augmenté de 18% et les tarifs internationaux de 13%. Les budgets supplémentaires servent ainsi largement à maintenir les déplacements existants dans un environnement plus coûteux.
La proportion de travel managers déclarant une hausse de budget atteint 85%, contre 74% en 2025. La part des entreprises réduisant leur budget tombe de 10% à 3%, et la reprise de la demande apparaît donc plus large, mais elle reste mesurée. Parmi les entreprises qui prévoient une hausse des volumes, 43% anticipent une progression comprise entre 1 et 5 %, et 34% une croissance comprise entre 6 et 20 %, et seuls 2% envisagent une baisse.
Des motifs de déplacement précisément sélectionnés
La hausse des coûts ne conduit pas les entreprises à réduire indistinctement leurs voyages, elle renforce plutôt la hiérarchisation des déplacements. Selon Deloitte, les budgets supplémentaires se dirigent en priorité vers les voyages commerciaux, les missions chez les clients, les projets et les visites sur site. Les conférences, la formation, les réunions de direction et les réunions d’équipe affichent des perspectives plus limitées. Les déplacements dont la contribution au chiffre d’affaires ou à la réalisation d’un contrat apparaît la plus directe bénéficient donc d’un traitement plus favorable.
Cette sélection se retrouve dans les données consacrées aux voyageurs puisque la proportion de collaborateurs réalisant entre 6 et 10 voyages par an passe de 14% à 22%. Dans le même temps, les grands voyageurs ne prévoient pas nécessairement d’augmenter leur fréquence. La reprise semble ainsi s’élargir à davantage de salariés, sans retour généralisé aux rythmes de déplacement les plus élevés. Le facteur de pression principal a également changé : en 2025, les attentes de confort des salariés arrivaient en tête, en 2026, la hausse des prix des billets et des chambres constitue la première cause d’augmentation des dépenses. Les coûts élevés de l’aérien et de l’hôtellerie sont également cités deux fois plus souvent parmi les raisons de réduire les voyages.
Réduire les coûts sans dégrader toute l’expérience
Les entreprises restent pourtant prudentes sur le confort des voyageurs : seuls 8% des travel managers déclarent réduire les indemnités journalières, contre 23% en 2025. Après plusieurs années de rationalisation des programmes, les organisations semblent hésiter à imposer une nouvelle dégradation générale des conditions de voyage. L’effort porte davantage sur la conformité et la négociation. Pour 60% des travel managers, le respect des règles de réservation constitue une priorité de réduction des coûts. Dans 44% des entreprises, les procédures d’approbation avant départ ont été renforcées. Côté aérien, la part des entreprises imposant des vols moins chers passe de 37% à 45%. À l’inverse, la proportion orientant les voyageurs vers des hébergements moins coûteux recule de 50% à 41%. Les entreprises semblent donc davantage disposées à agir sur le choix du vol qu’à dégrader uniformément l’ensemble du parcours.
La technologie comme réponse à la contrainte
Selon Deloitte, plus de 8 travel managers sur 10 déclarent des investissements récents ou en cours dans les technologies du voyage. La gestion des dépenses arrive parmi les premières priorités, devant notamment la gestion mobile des déplacements. Cela a un effet direct sur la satisfaction, et les voyageurs capables de modifier une réservation ou de gérer une perturbation depuis une application se déclarent plus satisfaits que ceux qui doivent appeler une agence ou s’adresser à un agent.
Les attentes liées à l’intelligence artificielle suivent cette logique opérationnelle. Le support courant et la gestion des perturbations arrivent en tête, avec 26% des réponses, devant la réservation et la planification du voyage (19%). Avec la gestion des dépenses, ces trois domaines représentent 63% des réponses, et l’IA est attendue moins comme un outil abstrait de transformation que comme un moyen de résoudre plus rapidement les problèmes rencontrés par les voyageurs et les équipes de gestion.
Une reprise qui oblige à mieux arbitrer
La reprise du voyage d’affaires s’inscrit toutefois dans un environnement marqué par la hausse des prix. Les entreprises continuent de financer les déplacements jugés indispensables à leur activité, tout en évaluant plus précisément leur utilité et leur contribution aux résultats. Elles cherchent ainsi à préserver les conditions de voyage, mais renforcent en parallèle le respect des politiques internes, les procédures d’approbation et le suivi des dépenses, résume Deloitte
Pour les fournisseurs, cette évolution dépasse la seule question tarifaire. Les acheteurs attendent désormais des conditions compétitives, mais aussi davantage de souplesse, de transparence et de visibilité sur la durée. Les compagnies aériennes semblent, sur ce point, bénéficier d’une perception plus favorable que les groupes hôteliers. Dans le même temps, les solutions capables d’accompagner directement le voyageur, notamment en cas de réservation modifiée ou de perturbation, prennent une place croissante dans les critères d’évaluation.